Encart à l'attention du lecteur pressé — l'étude en clair

1. Les faits d'abord : plus on vieillit, moins on se remet en couple, et quand on s'y remet, on vit de moins en moins souvent sous le même toit. Ce n'est pas l'Institut qui le dit, c'est la démographie, et l'Institut ne discute pas avec la démographie. 2. Ce que l'Institut a voulu savoir : le monde offre-t-il moins d'occasions, ou est-ce nous qui cessons de les voir comme des occasions ? 3. On a interrogé 480 personnes seules — sans leur organiser de rencontre (le hasard ne se commande pas) et sans leur dire de faire attention (le hasard, c'est quand on ne le voit pas venir ; si on demande aux gens de guetter, ils guettent). On leur a fait croire à une enquête sur leur mode de vie : cinéma, coiffeur, colis, plante arrosée — et, noyées dedans, six questions sur les inconnus d'à côté, les regards, les mots, la personne qui a plu. Puis, dans un second appel, leur vie : chaque rencontre, et ce qu'elle est devenue. Et 80 personnes de plus, tirées au sort, à qui on a soit rien dit, soit dit de guetter — pour mesurer ce que guetter change. 4. Résultat : les occasions d'être à côté de quelqu'un baissent avec l'âge (quatre fois moins), parce que le monde en retire — fin des études, du bureau, de la colocation. Mais le passage de « quelqu'un était à côté » à « quelqu'un m'a plu » baisse bien plus (vingt et une fois moins, bout à bout) — et ça, c'est ce qu'on a vécu qui l'explique, pas l'âge. Une relation devient une vie commune de moins en moins souvent, parce que chacun arrive avec une vie déjà construite. Et guetter fait voir une fois et demie plus d'occasions à tous les âges, sans en créer une seule : ça ne change pas la pente. 5. Le hasard, lui, on ne l'a pas mesuré : dans nos calculs, il reste plus de la moitié de la place que rien n'explique — on ne dit pas que c'est lui, on dit qu'on ne l'en a pas chassé, et on a laissé cette place telle quelle. Moralité : le monde offre un peu moins ; nous classons beaucoup moins. C'est rare, ce n'est pas zéro, et la seule chose qu'on tient est de s'asseoir quelque part — et de ne pas décider trop vite que la personne d'à côté n'en était pas une.

2. Méthode

2.1 Quatre cent quatre-vingts personnes hors couple

Quatre cent quatre-vingts adultes recrutés sur registres, hors couple cohabitant au jour de l'inclusion — ce qui inclut des personnes en relation stable vivant séparément, que l'Institut n'a pas voulu exclure puisqu'elles sont précisément la forme que prend la pente —, répartis en quatre tranches d'âge de 120 : 22-29, 30-39, 40-49, 50-60 ans. 246 femmes, 234 hommes. Orientation déclarée libre. La borne haute de 60 ans a été retenue non parce que la question s'y arrête — elle ne s'y arrête pas — mais parce que la littérature LAT couvre déjà la suite mieux que l'Institut ne le ferait.

2.2 Ce que l'Institut n'a pas fait, deux fois

Aucun dispositif de rencontre. Ni salle d'attente surbookée, ni erreur d'agenda, ni inconnu placé à côté de qui que ce soit. L'Institut a jugé, sur avis du Conseiller Clinique, qu'un hasard convoqué n'est plus un hasard mais un service. Et aucune consigne d'observation : la première version du protocole demandait aux participants de tenir un carnet des occasions, et le Conseiller l'a arrêtée d'une phrase — le hasard, c'est comme un signe : on ne le voit que si on a envie de le voir. Demander aux gens de noter les places, c'est leur donner l'attention que l'étude prétend mesurer ; l'Institut aurait fabriqué son propre résultat en le regardant. Le hasard n'a donc été ni convoqué ni annoncé. Il n'apparaît dans l'étude qu'à un seul endroit possible : dans ce que les modèles n'expliquent pas — et l'Institut se gardera de dire que tout ce qu'ils n'expliquent pas est lui.

2.3 L'enquête sur les rythmes de la vie ordinaire

Chaque participant a été appelé pour une « enquête sur les rythmes de la vie ordinaire » conduite par l'Observatoire des Places Libres — quarante items en dix minutes, tous portant sur les quinze derniers jours. Trente-quatre sont des distracteurs, calibrés pour que le poisson prenne l'eau correctement : combien de fois au cinéma, au concert, au musée, et de quel genre ; un événement d'actualité qui vous a marqué positivement, un négativement ; nombre de repas pris hors de chez soi, seul ou accompagné ; dernière visite chez le coiffeur ; combien de fois cuisiné pour d'autres ; heure moyenne du coucher ; un achat que vous ne regrettez pas ; trajets en transport en commun ; une marche de plus de trente minutes ; coups de fil de plus de dix minutes ; un service rendu ; un colis reçu ; une plante arrosée qui n'était pas la vôtre. Les quarante items figurent en annexe A, dans leur ordre.

Deux choses sont placées avec soin. D'abord, en sixième position, après cinq banalités et avant que quoi que ce soit ait pu réveiller la question réelle, l'item ouvert : « Ces quinze derniers jours, qu'est-ce qui vous revient spontanément comme moment marquant ? » — dont la réponse, enregistrée, est classée à l'aveugle par deux juges en possibilité (le récit dit, sous une forme quelconque, que quelque chose aurait pu suivre), anecdote (le récit dit ce qui s'est passé et le clôt), non mentionné (la personne raconte autre chose). Ensuite, en positions 33 à 38, six items cibles, formulés comme le reste, en trois niveaux que l'étude n'additionne jamais parce qu'ils ne mesurent pas la même chose : l'exposition — « vous êtes-vous trouvé assis ou debout à côté d'un inconnu pendant plus d'un quart d'heure ? combien de fois ? » ; l'activation — « vos regards se sont-ils croisés avec quelqu'un que vous ne connaissiez pas ? avez-vous échangé quelques mots avec un inconnu ? » ; la qualification — « avez-vous remarqué une personne qui vous plaisait ? quelqu'un vous a-t-il abordé, ou avez-vous failli aborder quelqu'un ? ». Le premier niveau est une place ; le deuxième, une interaction minimale ; le troisième, une attribution — quelque chose s'est produit dans la personne, pas seulement à côté d'elle. Ce sont trois probabilités emboîtées, et l'étude s'intéresse aux passages de l'une à l'autre.

2.4 Le volet parcours : trois chaînons

Une semaine plus tard, un second appel, présenté comme le « volet parcours » de la même enquête — études, déménagements, emplois, et, entre deux, les rencontres notables de la vie : celles dont on se souvient comme d'un moment où quelque chose aurait pu commencer, avec l'âge qu'on avait, et ce que chacune est devenue — rien, une relation, une vie commune. Trois mille quatre-vingt-dix rencontres, 1 106 relations, 554 cohabitations. C'est du rétrospectif et du déclaratif — l'Institut le sait, et c'est le matériau même de la démographie citée en 1.2, recueilli de la même manière. Il permet de séparer ce que la littérature laisse mêlé : la probabilité qu'une rencontre devienne une relation, et la probabilité qu'une relation devienne une vie commune, selon l'âge de survenue. Pour la tranche 40-49, on a joint la présence d'un projet déclaré au moment de la relation — enfant, installation, ou « rien à proposer », qui est aussi un projet. Le second appel s'achève par un débriefing : l'objet réel de l'étude est révélé, et le participant peut retirer ses réponses. Onze l'ont fait ; ils ne sont pas dans les 480.

2.5 Trois indices

Trois indices sur dix points, reconstruits à partir des items de l'enquête et du volet parcours, décrits en annexe A. Le calendrier : ce que la vie de la personne lui laisse comme places structurelles — études en cours, emploi collectif en présence, logement partagé, activités régulières en groupe non choisi, transports. L'architecture : ce que la personne a construit et qui pèse sur toute fusion — propriété du logement, enfants au domicile, ancrage territorial, patrimoine, proches dépendants. Le récit : ce que la personne a vécu et qui freine — histoires cohabitantes closes, procédures, gardes, années depuis la dernière vie commune, séparation conflictuelle déclarée. Les trois sont corrélés à l'âge (0,58, 0,61, 0,49), et c'est le point : ils avancent avec lui, mais pas de la même façon chez tout le monde — c'est ce qui permet de les distinguer de lui.

2.6 L'expérience de l'alerte

L'objection du Conseiller — on ne voit le hasard que si on a envie de le voir — n'a pas seulement modifié le dispositif : elle est devenue une variable. Quatre-vingts participants supplémentaires, dix par tranche et par bras, tirés au sort, ont tenu pendant quinze jours le même carnet prospectif, aux mêmes heures, dans le même format — où êtes-vous, depuis combien de temps, seul ou accompagné, que faites-vous. Le bras neutre n'a reçu que cette consigne. Le bras alerté a reçu la même, plus une phrase : « notez également les situations dans lesquelles une rencontre avec un inconnu aurait pu avoir lieu ». Rien d'autre ne diffère : ni la mémoire (les deux bras sont prospectifs), ni la fréquence, ni le support. Si les alertés notent plus de places, c'est l'attention qui les fait voir ; si la pente d'âge change entre les bras, c'est que l'attention n'agit pas de la même façon à tous les âges. L'Institut n'a rien décidé de ce que ça donnerait avant de le compter, et le dit ici parce qu'il avait envie de le décider.

3. Résultats

3.1 L'exposition : quatre fois moins, et l'âge n'y est presque pour rien

Le premier résultat réplique la littérature de 1.1, à l'échelle d'un questionnaire masqué : les places diminuent. 9,2 expositions fortuites par quinze jours à 22-29 ans, 6,4 à 30-39, 3,9 à 40-49, 2,3 à 50-60 — quatre fois moins entre la première et la dernière tranche. La corrélation brute avec l'âge est de −0,52. Mais une fois les trois indices entrés dans le modèle, l'âge n'explique presque plus rien (β = −0,09, non significatif) : c'est le calendrier qui porte le résultat (β = 0,41), loin devant l'architecture (0,18) et le récit (0,12). Les places ne disparaissent pas parce qu'on vieillit ; elles disparaissent parce que le monde les retire — la fin des études, du bureau partagé, de la colocation, des activités où l'on est assis à côté de quelqu'un sans l'avoir choisi. Un participant de 54 ans qui a gardé un calendrier de 28 ans a des places de 28 ans ; il y en a peu, et le modèle les trouve.

3.2 De l'exposition à la qualification : le monde retire un peu, le classement retire beaucoup

Le deuxième résultat est celui de l'étude, et il tient dans deux passages. Le passage de l'exposition à l'activation — un regard croisé, quelques mots — baisse modérément : 61 % des expositions à 22-29 ans, 55, 49, 44 % à 50-60 ; dix-sept points. Le passage de l'activation à la qualification — quelqu'un a plu, on a été abordé, on a failli aborder — s'effondre : 34, 26, 15, 9 % ; vingt-cinq points, et un rapport de près de quatre. Bout à bout, une occasion qualifiée survient 1,91 fois par quinze jours à 22-29 ans et 0,09 fois à 50-60 : vingt et une fois moins, alors que l'exposition ne fait que quatre. Le monde retire un peu ; le classement retire beaucoup. Et le prédicteur change de nom en changeant de niveau : sur l'activation, le récit pèse déjà (β = −0,22) mais le calendrier joue encore (0,14) ; sur la qualification, le calendrier ne fait rien (0,05, ns), l'architecture peu (−0,15), et c'est le récit qui explique (β = −0,44), l'âge résiduel restant à −0,08, non significatif. Une personne de 47 ans sans histoire cohabitante close qualifie comme une personne de 30 ; une personne de 33 ans qui sort d'une procédure qualifie comme une personne de 50. On ne qualifie pas selon son âge ; on qualifie selon ce qu'on a traversé. Et l'on reconnaît la 36 : le frein n'attend pas la suite, il l'a déjà écrite, et il range la présence d'à côté dans le classeur où elle ne coûtera rien.

L'item narratif de la sixième position, posé avant toute amorce, dit la même chose sans qu'on ait rien demandé : le moment marquant des quinze jours est raconté comme une possibilité par 29 % des 22-29 ans, 21 % des 30-39, 13 % des 40-49, 8 % des 50-60 ; comme une anecdote par 49, 53, 58, 60 % ; et n'est pas mentionné par 22, 26, 29, 32 %. Ce qui grandit avec l'âge n'est pas l'absence de récit : c'est le récit clos — la place a existé, la personne l'a vue, elle en fait une histoire terminée. Le récit prédit ce classement (β = −0,41) comme il prédit la qualification ; les deux mesures, l'une spontanée et l'autre sollicitée, se recouvrent (r = 0,52).

Planche 50 — trois niveaux emboîtés selon l'âge : exposition 9,2 → 2,3 par quinze jours (×4) ; passage à l'activation 61 → 44 % ; passage à la qualification 34 → 9 % ; bout à bout ×21
Planche 50. Trois niveaux, jamais additionnés. À gauche, l'exposition — les places, quatre fois moins ; au centre, ce qui passe d'un niveau au suivant — l'activation perd dix-sept points, la qualification vingt-cinq ; à droite, bout à bout, l'occasion qualifiée par quinze jours — vingt et une fois moins. Le monde retire un peu ; le classement retire beaucoup.

3.3 La chaîne : la rencontre tient, la vie commune s'effondre

Le troisième résultat est celui que le Conseiller Clinique craignait de voir noyé, et il n'est pas noyé. Dans les biographies, selon l'âge auquel la rencontre est survenue, la proportion de rencontres devenues une relation baisse à peine : 38 % à 22-29, 36 à 30-39, 33 à 40-49, 31 à 50-60 — sept points sur quarante ans. Mais la proportion de relations devenues une vie commune s'effondre : 61, 52, 34, 19 % — quarante-deux points. Bout à bout, une rencontre notable devenait une vie commune dans 23 % des cas quand elle survenait avant trente ans, dans 6 % après cinquante : quatre fois moins — et presque toute la chute est au second chaînon. C'est la démographie de 1.2, décomposée : la porte s'ouvre encore ; elle donne de moins en moins souvent sur un couloir. Et le prédicteur n'est pas le même qu'aux niveaux précédents : c'est l'architecture (β = −0,47) — le logement qu'on possède, les enfants qui y dorment, le territoire, le patrimoine —, puis le récit (−0,21) ; le calendrier n'y fait rien (0,04, ns) et l'âge résiduel est de −0,10. À 25 ans, deux personnes écrivent sur une page à peu près blanche ; à 50, chacune arrive avec un plan déjà bâti, et la fusion biographique coûte ce qu'elle coûte. La rencontre peut exister. L'amour aussi. C'est la vie commune qui a un prix, et il n'est pas dans la tête.

3.4 L'expérience de l'alerte : chercher fait voir, pas venir

Le quatrième résultat est celui que l'objection du Conseiller a rendu possible, et l'Institut le donne tel qu'il est sorti. Sur l'exposition, le bras alerté note 15,8, 11,3, 6,5 et 3,9 places par quinze jours, contre 10,1, 7,0, 4,3 et 2,6 pour le bras neutre : un facteur de 1,56, 1,61, 1,51, 1,50 — une fois et demie partout, sans interaction avec l'âge (ns). L'attention fait voir la moitié de places en plus, à 25 ans comme à 55, et la pente d'âge est la même dans les deux bras (3,9 contre 4,1). Les occasions n'augmentent pas quand on les cherche ; leur détectabilité, si. Accessoirement, le bras neutre — prospectif — trouve environ 10 % de places de plus que l'enquête masquée — rétrospective — dans toutes les tranches (1,10, 1,09, 1,10, 1,13) : c'est l'effet de mémoire, petit et uniforme, que la comparaison précédente aurait confondu avec l'alerte si l'on n'avait pas séparé les deux. Sur la qualification, en revanche, l'alerte n'agit pas de la même façon à tous les âges : elle relève la part des activations qualifiées de 8 points à 22-29 ans (43 contre 35 %), de 6 à 30-39, de 2 à 40-49 et de 1 à 50-60 (10 contre 9). Avec dix personnes par cellule, l'Institut donne cette interaction comme un signal, pas comme un résultat — mais le signal va dans un sens précis : on peut rendre les gens attentifs, on ne peut pas leur enlever leur récit. Ceux qui ont vécu peu qualifient davantage dès qu'on leur dit de regarder ; ceux qui ont vécu beaucoup regardent, voient une fois et demie plus de places, et n'en qualifient pas une de plus.

Planche 52 — l'expérience de l'alerte : exposition neutre 10,1 / 7,0 / 4,3 / 2,6 vs alerté 15,8 / 11,3 / 6,5 / 3,9 (×1,5 partout) ; qualification neutre 35 / 27 / 15 / 9 vs alerté 43 / 33 / 17 / 10 (+8 → +1)
Planche 52. Chercher fait voir, pas venir. En haut, l'exposition : l'alerte fait noter une fois et demie plus de places à tous les âges — la pente ne bouge pas. En bas, la qualification : l'alerte la relève chez les jeunes et presque pas chez les plus âgés — dix par cellule, un signal, dans un sens précis.
Encart — Dr Osei-Mensah, sur le résidu, et sur la différence entre improbable et impossible

Le Dr Osei-Mensah demande que trois choses soient dites en clair, sa stupéfaction étant cette fois d'un genre nouveau : on lui a demandé de ne pas expliquer une variable. Premièrement, les quatre modèles laissent inexpliquée plus de la moitié de la variance — 54, 69, 59 et 56 % — et cette part n'a pas été traitée comme du bruit à réduire. Le Dr Osei-Mensah tient à la doctrine exacte : ce résidu contient des variables oubliées, des erreurs de mesure, des différences que personne n'a mesurées, du bruit — et, s'il est quelque part dans les données, le hasard, qui habite nécessairement ce que le modèle n'explique pas sans être pour autant tout ce que le modèle n'explique pas. L'Institut ne l'appelle donc pas le hasard ; il constate qu'il n'a aucune raison de l'en chasser, conformément à Bandura et à la décision de 2.2 : le hasard n'a pas été mesuré, il a été respecté — c'est-à-dire laissé là où il peut être. Deuxièmement, trente et une personnes — 6,5 % de l'échantillon, réparties sur les quatre tranches — ont qualifié une exposition alors que leur calendrier, leur architecture et leur récit prédisaient qu'elles ne le feraient pas ; le modèle les appelle des résidus à plus de deux écarts-types ; l'Institut les appelle des gens à qui il est arrivé quelque chose, et n'a pas cherché plus loin. Troisièmement, sur l'espérance : bout à bout, une occasion qualifiée survient 46 fois par an à 22-29 ans et 2,2 fois à 50-60 — un rapport de vingt et un. Si l'on veut passer de l'occasion qualifiée à la rencontre, il faut un multiplicateur que personne ne connaît — la personne d'à côté doit être disponible, compatible, ouverte, et l'être au même moment ; entre un sur dix et un sur cent, l'Institut ne tranche pas. Le niveau change alors du tout au tout : à 50-60 ans, entre une occasion réelle tous les quatre ans et demi et une tous les quarante-cinq ans. Le rapport, lui, ne bouge pas tant que le multiplicateur est le même à 25 ans qu'à 55 — et le Dr Osei-Mensah signale qu'il n'y a aucune raison de le croire : la disponibilité, la compatibilité, l'ouverture de la personne d'à côté ont, elles aussi, un âge, et l'étude ne les a pas mesurées. Ce qui est mesuré est donc ceci, et rien de plus : avant application d'un multiplicateur inconnu, le rapport observé entre occasions qualifiées est de vingt et un. Le Dr Osei-Mensah prie donc le lecteur de retenir ce rapport, qui est mesuré à multiplicateur identique entre âges, et de traiter le niveau comme ce qu'il est : un produit — et il rappelle que la littérature de la section 1 soutient la pente, jamais ces niveaux, qui sont ceux d'un protocole. « Une fois tous les quarante-cinq ans » n'est pas jamais. Ce n'est pas non plus souvent. Improbable et impossible ne sont pas des nuances ; ce sont des ordres de grandeur, et il n'y en a qu'un des deux qu'on peut changer en s'asseyant quelque part — et en ne décidant pas trop vite de la personne d'à côté.

3.5 La décomposition

Mise à plat, la décomposition est la planche 51 : quatre étapes, trois prédicteurs, et à chaque étape un prédicteur qui domine — le calendrier pour l'exposition, le récit pour l'activation et surtout pour la qualification, l'architecture pour la vie commune — tandis que l'âge, brut, corrèle fortement avec les quatre (−0,52, −0,33, −0,39, −0,49) et, résiduel, ne dépasse nulle part −0,11. La 36 avait trouvé −0,19 pour l'âge résiduel sur un autre objet ; l'ordre de grandeur est le même, et l'Institut le note sans y voir un invariant. L'âge est un excellent résumé et un mauvais mécanisme. Ce n'est pas lui qui retire les places, ni lui qui qualifie, ni lui qui rend la fusion coûteuse : ce sont trois choses qui avancent avec lui, à des rythmes que rien n'oblige à être les mêmes d'une personne à l'autre.

Planche 51 — décomposition : bêtas standardisés du calendrier, de l'architecture, du récit et de l'âge résiduel pour l'exposition (0,41 / 0,18 / 0,12 / −0,09), l'activation (0,14 / −0,10 / −0,22 / −0,11), la qualification (0,05 / −0,15 / −0,44 / −0,08) et la vie commune (0,04 / −0,47 / −0,21 / −0,10) ; parts inexpliquées 54, 69, 59, 56 %
Planche 51. La décomposition. À chaque étape, un prédicteur différent domine ; l'âge, une fois les trois indices contrôlés, ne dépasse nulle part −0,11. En grisé, la part que les modèles n'expliquent pas — plus de la moitié partout — dont l'Institut ne dit pas qu'elle est le hasard, mais qu'il n'a pas voulu l'en chasser.

3.6 Le projet déclaré

Dans la tranche 40-49, où la relation devient une vie commune une fois sur trois, la présence d'un projet déclaré au moment de la relation change la proportion du simple au double et demi : 58 % avec projet, 23 % sans. L'Institut ne propose pas de théorie pour ce résultat — il en avait une, on l'a retirée, l'article s'en porte mieux — et se contente de le décrire : quand quelque chose est attendu de la relation, elle devient plus souvent une vie commune ; quand rien ne l'est, moins. La personne qui convient à ce moment-là est celle qu'on aurait rencontrée si le hasard avait été un service ; elle n'est ni pire ni meilleure que celle qu'on n'a pas attendue. Le Comité a demandé que cette section ne comporte aucune phrase sur un âge, un sexe ou un délai en particulier, et il n'y en a pas.

3.7 Chacun chez soi

Parmi les 120 participants de 50-60 ans, 41 sont au jour de l'étude en relation stable non cohabitante ; 19 d'entre eux — 46 % — déclarent ne pas envisager de cohabiter, jamais, et le disent sans réserve. La littérature française donnait jusqu'à 50 % à un âge un peu plus avancé ; l'échantillon la rejoint sans forcer. Les motifs déclarés sont ceux de Levin et de Costemalle : le domicile, les enfants, l'autonomie, et — dans onze cas sur dix-neuf — une phrase qui revient sous des formes voisines et que l'Institut consigne comme une catégorie : « j'ai mis trop longtemps à récupérer ma maison pour la repartager ». Le chacun-chez-soi n'est pas la trace d'un couple qui n'a pas pu ; c'est la forme que prend un couple quand deux architectures se rencontrent et décident de ne pas fusionner. Il n'y a pas d'anecdote là-dedans : il y a une histoire, qui a simplement deux adresses.

Mesure22-2930-3940-4950-60Ce qui l'explique
Exposition (par 15 jours, enquête masquée)9,26,43,92,3calendrier β 0,41 · âge résiduel −0,09 ns
Exposition → activation61 %55 %49 %44 %dix-sept points · récit −0,22, calendrier 0,14
Activation → qualification34 %26 %15 %9 %vingt-cinq points · récit β −0,44 · âge −0,08 ns
Occasion qualifiée, bout à bout (par 15 j)1,910,920,290,09vingt et une fois moins ; l'exposition ne fait que quatre
Moment marquant classé « possibilité » (item 6)29 %21 %13 %8 %récit β −0,41 · r = 0,52 avec la qualification
Rencontre → relation (biographie)38 %36 %33 %31 %sept points — la porte s'ouvre encore
Relation → vie commune (biographie)61 %52 %34 %19 %architecture β −0,47 · quarante-deux points
Alerte × exposition (carnet, alerté / neutre)×1,56×1,61×1,51×1,50une fois et demie partout — la pente ne bouge pas
Alerte × qualification (points gagnés)+8+6+2+1signal, dix par cellule — le récit résiste à l'alerte
Part inexpliquée des quatre modèles54 % · 69 % · 59 % · 56 %le hasard n'en est pas chassé — il n'est pas tout ce qu'elle contient
Projet déclaré (40-49, relation → vie commune)58 % avec · 23 % sansdécrit, sans théorie
Chacun chez soi (50-60, en relation stable)19 / 41 = 46 %la littérature : jusqu'à 50 %
Tableau 1. Les chiffres qui font l'étude. 480 personnes interrogées sans savoir sur quoi, 80 de plus pour mesurer ce que savoir change, 3 090 rencontres déclarées, trois indices, aucun rendez-vous.

4. Discussion

4.1 Le monde offre un peu moins ; nous classons beaucoup moins

La littérature avait raison sur la pente, et l'étude ne l'a pas contredite : elle l'a répliquée à l'échelle d'un questionnaire, puis décomposée. Ce que l'Institut ajoute tient en une réponse à la question posée en tête : le monde offre-t-il moins de possibilités, ou cessons-nous de classer certaines possibilités comme des rencontres possibles ? Les deux — mais pas dans les mêmes proportions. Le monde retire des places, quatre fois ; c'est le calendrier, et l'on peut, à n'importe quel âge, s'en rendre. Le classement retire des occasions, vingt et une fois bout à bout ; c'est le récit, c'est-à-dire un frein, c'est-à-dire une compétence — la 36 l'avait dit —, on ne l'enlève pas, on sait qu'il est là, et l'expérience de l'alerte montre qu'on peut lui faire voir plus de places sans lui faire qualifier une personne de plus. L'architecture rend la fusion coûteuse — et ce coût est réel, il n'est pas une croyance, il ne se dissout pas en y pensant autrement. Dire « c'est l'âge » revient à additionner les trois et à perdre le seul renseignement utile : lequel des trois vous concerne. Une personne de 48 ans peut avoir un calendrier vide, un récit lourd et une architecture légère ; une autre l'inverse ; l'âge est le même, la pente n'est pas la même, et surtout ce qui pourrait y changer quelque chose n'est pas la même chose.

4.2 Ce que le résultat ne dit pas

Il ne dit pas que la rencontre est finie après un certain âge : le premier chaînon des biographies baisse de sept points en quarante ans, et la porte s'ouvre encore. Il ne dit pas que tout est possible : le second chaînon s'effondre, l'architecture est réelle, la démographie de 1.2 est ce qu'elle est, et l'Institut n'a pas de raison de la contredire ni le droit de l'adoucir. Il ne dit pas « il n'est jamais trop tard » — c'est précisément la phrase que l'étude n'autorise pas, et si un lecteur la trouve entre les lignes, il l'y a apportée. Il ne dit pas que le récit est un défaut : le frein est ce qu'on a appris, et on l'a appris pour de bonnes raisons. Il ne dit pas qu'il suffit de regarder : l'alerte fait voir des places, pas venir des personnes, et elle ne change rien à ce que le récit fait ensuite. Il ne dit rien des femmes de tel âge ni des hommes de tel autre : les écarts de genre de l'échantillon sont petits (exposition 4,9 contre 5,5 ; qualification 22 contre 25 %) et l'écart démographique réel — les hommes se remettent plus souvent en couple — est cité en 1.2 avec sa source, sans qu'on en tire une phrase de plus. Il ne dit pas ce qu'une rencontre devient à cinq ans : rester n'est pas mesuré ici, et l'Institut sait où cette question habite. Ce qu'il dit tient en deux temps : la rencontre reste possible ; ce qu'elle peut devenir s'est contracté — pour des raisons dont certaines sont dans la tête de celui qui attend, et dont les autres n'y sont pas.

4.3 Le hasard respecté

Reste ce que l'Institut a décidé de ne pas faire, et il tient à ce que ce soit compris comme une décision et non comme un manque. Un hasard qu'on convoque n'est plus un hasard ; un hasard qu'on annonce n'en est plus un non plus — le premier devient un service, le second un signe, et l'un des participants du bras alerté a résumé le problème mieux que le protocole en indiquant, à la troisième page de son carnet, qu'il n'était peut-être pas dû au hasard qu'on l'ait contacté pour cette étude, sa mère venant de brûler un cierge pour lui. L'Institut a donc laissé au hasard la seule place qui peut lui revenir dans une étude : quelque part dans le résidu — plus de la moitié de la variance, non expliquée, non remplie, dont il ne prétend pas qu'elle soit toute à lui mais dont il n'a pas voulu le chasser — et trente et une personnes à qui il est arrivé quelque chose que rien ne prédisait et qu'on n'a pas interrogées davantage. Bandura disait qu'on ne peut pas prédire la survenue, seulement l'impact ; l'Institut a mesuré ce qui gouverne l'impact — les places, l'activation, la qualification, l'architecture — et a laissé la survenue tranquille. C'est peut-être la première étude de la maison qui affirme qu'une chose est vraie et déclare ne pas l'avoir mesurée. Le Dr Osei-Mensah a demandé qu'on note qu'il en est ébahi ; on l'a noté.

5. Limites

L'enquête masquée compte des expositions, pas des personnes : une place n'est pas une opportunité conjugale, et le passage de l'occasion qualifiée à la rencontre exige un multiplicateur que l'étude ne connaît pas et n'a pas prétendu connaître — c'est pourquoi l'espérance de l'encart est donnée comme un rapport, non comme un niveau — et ce rapport lui-même suppose un multiplicateur identique entre âges, ce que rien n'établit. Le rappel téléphonique sur quinze jours est rétrospectif ; le bras neutre du carnet montre qu'il sous-compte d'environ 10 %, uniformément, ce qui n'affecte pas la pente. Les trois niveaux sont déclarés, et le troisième — quelqu'un m'a plu — est aussi ce que l'on accepte de dire à un enquêteur qui n'était pas censé le demander ; une part de la chute de qualification peut être de la pudeur, ce que la 61 appelait la retenue, et qui est une performance au même titre que le mot. La qualification est mesurée dans les quinze jours ; l'item narratif dans le même délai ; on ne sait pas ce que la même personne aurait qualifié dans une autre quinzaine. L'expérience de l'alerte a dix personnes par cellule : l'effet principal est net, l'interaction avec l'âge est un signal. La biographie est rétrospective et déclarative : les rencontres notables sont celles dont on se souvient, et l'on se souvient mieux de celles qui sont devenues quelque chose — le premier chaînon est probablement surestimé, dans toutes les tranches, ce qui n'affecte pas la pente. Les trois indices sont corrélés à l'âge et entre eux ; leur séparation statistique est propre, leur séparation dans une vie l'est moins. La borne de 60 ans laisse la suite à la littérature LAT. Et l'étude ne dit rien de ce qu'une rencontre devient à cinq ans, dix ans, cinquante : ce qui fait qu'un couple dure, s'use ou tourne encore est une autre étude, dont l'Institut a la graine depuis le mois d'août et qu'il n'a pas voulu voler à celle-ci. On mesure une porte, pas un couloir.

Note de l'Institut — sur le titre

« Le Pur Hasard » avait la faveur du Conseiller Clinique, qui l'a retirée lui-même en faisant observer qu'on ne donne pas à une étude le nom de ce qu'elle n'a pas mesuré. « L'Erreur de Place » a été écarté avec le protocole du même nom. « Le Carnet » a été écarté avec le carnet. « La Personne Convenable » désignait un résultat, pas l'étude. « L'Anecdote » l'a emporté parce que c'est le mot du classement, et parce qu'il dit exactement ce qui vieillit : pas la place, pas le hasard — le classeur. Une anecdote, c'est un hasard tombé sur une surface trop petite. Le Comité a validé le titre en demandant qu'il ne soit pas illustré par une salle d'attente ; il ne l'est pas.

Déclarations

Approbation éthique. Le Comité a approuvé le protocole au titre de l'article 7, la dissimulation de l'objet de l'enquête ayant été jugée nécessaire et réparable — « l'Institut a menti sur l'objet de la question pour ne pas mentir sur la réponse » — sous condition d'un débriefing à la fin du second appel, avec droit de retrait (onze retraits, exercés). Il s'est félicité qu'il n'y ait par ailleurs presque pas de protocole : aucune rencontre organisée, aucun complice, aucune erreur d'agenda — « l'Institut ne fait pas naître d'histoires, il l'a établi à la 60e ; il ne les simule pas non plus, il l'établit à la 65e ». Il a exigé que la section 3.6 ne comporte aucune phrase sur un âge, un sexe ou un délai en particulier, et l'a relue deux fois. La Pr Bonnefoy-Tissot était présente à la séance, à l'heure ; l'Institut le note sans y voir de lien avec la composition du comité.

Consentement. Les 480 participants ont consenti à une enquête sur les rythmes de la vie ordinaire, puis, une fois informés, à ce qu'elle ait porté sur autre chose. Plusieurs ont dit, au débriefing, qu'ils s'en doutaient « à cause de la question sur les regards » ; l'Institut a vérifié : elle était en position 35, et l'item qui comptait était en position 6. Les 80 du carnet savaient qu'ils tenaient un carnet ; les 40 du bras alerté savaient ce qu'on y cherchait — c'était le point.

Contributions. Le Conseiller Clinique a formulé l'hypothèse — le pur hasard ne vieillit pas —, le refus de la mesurer, puis le refus de la faire guetter, ce que l'Institut tient pour trois contributions et le Conseiller pour une seule. Le Dr K. Osei-Mensah a conduit la décomposition et refusé de réduire le résidu, « pour la première fois de sa carrière et, espère-t-il, pas la dernière ». Mme É. Beaumont-Schiavetti a rédigé les trente-quatre distracteurs — dont l'item sur la plante arrosée, qu'elle tient pour « le meilleur item de sa carrière » — et assuré la saisie des 3 090 rencontres, portant à onze le nombre de ses fonctions non unifiées ; elle a versé au dossier une note de deux pages sur les modes de rencontre chez les populations sibériennes du XVIIe siècle, où, dit-elle, « la question du calendrier ne se posait pas, tout le monde étant assis au même endroit tout l'hiver ». Le Pr D. Parmentier a lu l'encart en premier, puis l'article, pour vérifier l'encart.

Conflits d'intérêts. Trois des quatre auteurs déclarent être hors couple cohabitant, dont deux par architecture ; le quatrième déclare un calendrier de 28 ans, dont il ne tire aucune conclusion. Le Pr Parmentier déclare n'avoir jamais répondu à une enquête téléphonique, « le hasard n'ayant pas de numéro ». Le Conseiller Clinique déclare avoir eu son idée d'abord dans le désordre, et qu'elle a été remise dans l'ordre par plusieurs personnes dont aucune ne s'est assise à côté de lui — puis remise en désordre par lui-même, à deux reprises, avec succès.

Financement. L'Observatoire des Places Libres a été financé par l'Université d'Angers-Caspienne et par le budget du Bureau des Suites, dont l'inexistence a permis de ne financer ni le dispositif de rencontre ni le carnet des 480, qui n'ont eu lieu ni l'un ni l'autre, ce qui constitue deux économies que l'Institut tient à ce qu'on note deux fois chacune.

Références

  1. Bandura, A. (1982). The psychology of chance encounters and life paths. American Psychologist, 37(7), 747-755.
  2. Bozon, M. (2006). La vie sexuelle après une rupture conjugale. Population, 61(4), 535-551.
  3. Broese van Groenou, M., te Riele, S. et de Jong Gierveld, J. (2019). Receiving support and care in older age: Comparing LAT relationships with first marriages, remarriages, and cohabitation. Journal of Family Issues, 40(13), 1786-1807.
  4. Costemalle, V. (2019). Nouvelle vie de couple, nouvelle vie commune ? Processus de remise en couple après une séparation. Population, 74(1), 73-102.
  5. Festinger, L., Schachter, S. et Back, K. (1950). Social Pressures in Informal Groups: A Study of Human Factors in Housing. Harper.
  6. Holt-Lunstad, J., Smith, T. B., Baker, M., Harris, T. et Stephenson, D. (2015). Loneliness and social isolation as risk factors for mortality: A meta-analytic review. Perspectives on Psychological Science, 10(2), 227-237.
  7. Institut du Constat Fondamental (2026). Le Frein Antérieur : inhibition préfrontale du désir érotique par anticipation des conséquences. Annales de Physiologie de l'Intention, 1(2).
  8. Institut du Constat Fondamental (2026). La Question Qu'on Ne Pose Pas : consentement, disposition conditionnelle scellée et le monde autour de la question. Cahiers du Contrôle Situé, 1(1).
  9. Levin, I. (2004). Living apart together: A new family form. Current Sociology, 52(2), 223-240.
  10. Régnier-Loilier, A., Beaujouan, É. et Villeneuve-Gokalp, C. (2009). Neither single, nor in a couple: A study of living apart together in France. Demographic Research, 21, 75-108.
  11. Rosenfeld, M. J., Thomas, R. J. et Hausen, S. (2019). Disintermediating your friends: How online dating in the United States displaces other ways of meeting. Proceedings of the National Academy of Sciences, 116(36), 17753-17758.
  12. U.S. Surgeon General (2023). Our Epidemic of Loneliness and Isolation: The U.S. Surgeon General's Advisory on the Healing Effects of Social Connection and Community. U.S. Department of Health and Human Services.

Annexe A — Les quarante items, dans leur ordre ; et les trois indices

« Enquête sur les rythmes de la vie ordinaire », Observatoire des Places Libres, dix minutes, tous les items portant sur les quinze derniers jours. Les items 6 et 33 à 38 sont ceux qui comptent ; les autres sont là pour que le poisson prenne l'eau correctement.

  1. 1. Combien de fois êtes-vous allé au cinéma ?
  2. 2. À un concert, un spectacle, une exposition ? De quel genre ?
  3. 3. Combien de repas avez-vous pris hors de chez vous — seul, accompagné ?
  4. 4. À quelle heure vous couchez-vous, en moyenne ?
  5. 5. Avez-vous marché plus de trente minutes d'affilée ? Combien de fois ?
  6. 6. Ces quinze derniers jours, qu'est-ce qui vous revient spontanément comme moment marquant ? (réponse libre, enregistrée, classée à l'aveugle)
  7. 7. Un événement d'actualité vous a-t-il marqué positivement ? Lequel ?
  8. 8. Négativement ?
  9. 9. Combien de trajets en transport en commun ?
  10. 10. Quand êtes-vous allé chez le coiffeur pour la dernière fois ?
  11. 11. Avez-vous cuisiné pour d'autres personnes que vous ? Combien de fois ?
  12. 12. Un achat que vous ne regrettez pas ?
  13. 13. Un achat que vous regrettez ?
  14. 14. Combien de coups de fil de plus de dix minutes ?
  15. 15. Combien de messages écrits par jour, à peu près ?
  16. 16. Avez-vous rendu un service à quelqu'un ? À qui ?
  17. 17. Avez-vous reçu un colis ? Combien ?
  18. 18. Avez-vous arrosé une plante qui n'était pas la vôtre ?
  19. 19. Combien de nuits passées ailleurs que chez vous ?
  20. 20. Avez-vous suivi un cours, une formation, une répétition, en présence ?
  21. 21. Combien de jours de travail en présence, avec d'autres personnes ?
  22. 22. Vivez-vous seul dans votre logement ? Sinon, avec qui ?
  23. 23. Une activité régulière en groupe — club, association, chorale, culte ?
  24. 24. Combien d'heures d'écran hors travail, par jour ?
  25. 25. Avez-vous lu un livre jusqu'au bout ?
  26. 26. Un endroit où vous êtes retourné plusieurs fois — café, parc, marché ?
  27. 27. Combien de fois avez-vous vu de la famille ?
  28. 28. Des amis ? Chez vous, chez eux, dehors ?
  29. 29. Avez-vous attendu quelque part plus de vingt minutes — cabinet, guichet, gare ?
  30. 30. Êtes-vous propriétaire de votre logement ? Depuis quand dans cette commune ?
  31. 31. Y a-t-il des enfants qui dorment chez vous ? Combien de nuits par semaine ?
  32. 32. Vous occupez-vous régulièrement d'un proche ?
  33. 33. Vous êtes-vous trouvé assis ou debout à côté d'un inconnu pendant plus d'un quart d'heure ? Combien de fois ? (exposition)
  34. 34. Dans quel genre d'endroit ?
  35. 35. Vos regards se sont-ils croisés avec quelqu'un que vous ne connaissiez pas ? (activation)
  36. 36. Avez-vous échangé quelques mots avec un inconnu ? (activation)
  37. 37. Avez-vous remarqué une personne qui vous plaisait ? (qualification)
  38. 38. Quelqu'un vous a-t-il abordé ? Avez-vous failli aborder quelqu'un ? (qualification)
  39. 39. Globalement, ces quinze jours étaient-ils ordinaires ?
  40. 40. Souhaitez-vous être rappelé pour le volet parcours ?

Le calendrier (0-10) somme cinq items cotés 0-2, tirés des items 9, 20, 21, 22, 23 : transports et lieux d'attente ; études ou formation en présence ; emploi en collectif de plus de cinq personnes, en présence au moins trois jours par semaine ; logement partagé ; activité régulière en groupe non choisi. L'architecture (0-10) somme, à partir des items 30, 31, 32 et du volet parcours : propriété du logement ; enfants au domicile ; ancrage territorial (plus de dix ans dans la même commune) ; patrimoine engagé (crédit, entreprise, bien indivis) ; proches dépendants. Le récit (0-10) somme, à partir du volet parcours : histoires cohabitantes closes (0, 1, 2 et plus) ; procédures (divorce, partage, garde) ; années depuis la dernière vie commune (moins de 3, 3 à 10, plus de 10) ; séparation conflictuelle déclarée ; projet déclaré « rien à proposer ». Le carnet des 80 est une feuille par jour : où, depuis combien de temps, seul ou accompagné, que faites-vous — et, pour quarante d'entre eux, une ligne de plus.

Annexe B — Quatre entretiens semi-dirigés

Vingt-quatre entretiens semi-dirigés ont été menés par l'équipe d'Angers-Caspienne, six par tranche, après le débriefing du second appel. Quatre sont reproduits ici, choisis non pour leur exemplarité mais pour leur position dans la décomposition — chacun habite l'une des pentes. Les questions sont celles de l'équipe ; les réponses sont retranscrites sans coupe et sans commentaire, à l'exception de la dernière question, la même pour tous, posée à contretemps, dont la réponse n'est pas imprimée : elle appartient à la personne.

Vous êtes hors couple depuis longtemps. Vous nous avez dit d'emblée que ce n'était pas une question de rencontre. De quoi est-ce la question ?

« J'ai tellement galéré pour me débarrasser de mon ex que je ne pourrais plus jamais avoir un homme dans ma vie. Ou alors chacun chez soi ! Vous comprenez, ce n'est pas que je ne veux pas rencontrer quelqu'un. J'ai mis quatre ans à récupérer ma maison. Ma maison. Je ne la repartage pas. »

Femme, 49 ans, tranche 40-49. Calendrier 3, architecture 8, récit 9. Moment marquant (item 6) classé : anecdote ; exposition 3, aucune qualification. Dans la décomposition, elle est la pente de l'architecture, et sa phrase est la onzième des dix-neuf de la section 3.6.

Vous dites que vous plaisez encore. Et vous dites que vous le dites tout de suite : que vous n'avez rien à proposer. Pourquoi tout de suite ?

« J'ai 45 ans, je suis autonome, j'ai connu des femmes, j'ai encore un certain succès, mais j'annonce immédiatement que je n'ai aucun projet à leur proposer. Ce n'est pas de la franchise, c'est de l'économie. Si je le dis avant, personne ne perd de temps. Moi non plus. »

Homme, 45 ans, tranche 40-49. Calendrier 6, architecture 4, récit 6. Moment marquant classé : possibilité ; exposition 6, deux qualifications. Il fait partie des trente et un que le modèle ne prédisait pas ; l'Institut a noté que celui qui n'a rien à proposer n'a rien qui pèse sur le quart d'heure, et n'a pas cherché plus loin.

Vous vivez des histoires. Vous nous avez dit qu'elles se ressemblent. En quoi ?

« Je vis des histoires… au début ils sont gentils… mais dès qu'ils obtiennent de moi ce qu'ils veulent, ils me larguent ! Alors maintenant je vois venir. Je vois venir tellement tôt que parfois il n'y a même pas d'histoire, je vois venir avant. »

Femme, 38 ans, tranche 30-39. Calendrier 7, architecture 2, récit 7. Moment marquant classé : anecdote ; exposition 8, activation 5, aucune qualification. Elle est la pente du récit : le calendrier est plein, l'architecture est légère, et le frein a 340 millisecondes d'avance — il classe avant que la place ait fini d'exister.

Vous avez cinquante ans, une situation, et vous nous dites que rien ne manque. Qu'est-ce qui ne vient pas ?

« J'ai 50 ans, j'ai une bonne situation, sur le plan sexuel tout fonctionne encore — enfin je crois — mais je n'arrive pas à me projeter dans l'avenir. Ou bien je rencontre des femmes trop jeunes, autour de 35 ans, qui veulent un enfant ; ou bien je rencontre des femmes de plus de 40 ans, aigries de leurs précédentes relations, qui attendent de moi que je leur donne ce qu'elles n'ont pas eu. Mais ces femmes-là ne me transportent pas. »

Homme, 50 ans, tranche 50-60. Calendrier 2, architecture 7, récit 5. Moment marquant : non mentionné — il a déclaré zéro exposition en quinze jours, et l'a dit sans surprise. Il est la pente du calendrier ; ce qu'il décrit comme un problème de personnes est, dans les indices, un problème de places : il n'en a plus, et les seules qui restent lui sont apportées par des projets qui ne sont pas les siens. L'Institut ne corrige pas sa lecture. Il consigne la sienne à côté.

À chacun des quatre, l'entretien s'est terminé par la même question : « Et la dernière fois que quelqu'un s'est assis à côté de vous par erreur ? » Les quatre ont répondu. Aucune réponse n'est reproduite.