1. Introduction

Deux explications se partagent le terrain de l'attraction, et elles ont en commun de décevoir.

La première est le hasard. On se serait rencontrés par accident, un train manqué, une place assise laissée libre ; l'attirance serait la mise en récit rétrospective d'une coïncidence. La seconde est le marché. Chacun disposerait d'une valeur — statut, beauté, ressources — et l'appariement réaliserait un équilibre entre offres comparables. L'Institut a consacré une étude antérieure à cette seconde hypothèse et à ses mécanismes cumulatifs.

Aucune des deux ne rend compte d'une expérience pourtant banale : celle de sentir, en quelques minutes et sans avoir rien décidé, qu'on est « sur la même longueur d'onde » que quelqu'un — ou qu'on ne l'est pas, malgré tous les critères objectifs réunis. Cette expérience a un vocabulaire populaire abondant — le courant qui passe, l'alchimie, les atomes crochus — et aucune traduction mesurable. La présente étude tente cette traduction, en écartant d'emblée le registre dans lequel ce vocabulaire glisse volontiers.

Il ne sera pas question ici de fréquences de l'âme ni de reconnaissance entre destinées. L'hypothèse est plus sèche : ce que l'on nomme longueur d'onde serait une proximité de traitement — deux personnes qui appréhendent le monde à la même vitesse, avec le même grain de sensibilité, se repèrent l'une l'autre à des signaux qu'elles n'émettent pas volontairement. Le mystère n'est pas dissous. Il est seulement soustrait au hasard.

2. Cadre conceptuel

2.1 Traiter, non préférer

La psychologie de l'attraction a longtemps travaillé sur la similarité des attitudes et des goûts : on s'attirerait entre semblables, partageant opinions, loisirs, références. Les résultats de ce courant sont réels mais modestes, et l'expérience quotidienne les contredit souvent — on peut partager tous les goûts de quelqu'un et n'éprouver aucune attirance, ou l'inverse.

L'hypothèse retenue ici déplace l'objet. Ce qui rapprocherait deux personnes ne serait pas ce qu'elles aiment, mais la manière dont elles le traitent : la vitesse à laquelle elles passent d'une idée à l'autre, leur seuil de tolérance au bruit et à la stimulation, leur rapport au tempo d'une conversation, la façon dont elles occupent un silence. Deux personnes peuvent aimer la même musique et l'écouter de manière opposée — l'une comme un fond, l'autre comme un événement. Deux personnes peuvent aimer des musiques différentes et entretenir avec l'écoute le même rapport. C'est la seconde configuration, non la première, que l'hypothèse prédit associée à l'attraction.

Encart — ce que « traitement » désigne, et ce qu'il ne désigne pas

Par traitement, on entend la forme d'une activité mentale, indépendamment de son contenu. Deux lecteurs traitent différemment un même livre si l'un l'avale en une nuit et l'autre le tient trois semaines ; ils le traitent semblablement, quel que soit le livre, s'ils ont le même rapport à l'acte de lire.

Ce n'est pas une hiérarchie. Traiter vite n'est pas mieux que traiter lentement, un seuil sensoriel bas n'est pas supérieur à un seuil haut. L'étude ne mesure aucune qualité ; elle mesure une compatibilité de forme, qui n'a de valeur que relationnelle et n'en a aucune en soi.

2.2 La lisibilité comme signal

Comment une proximité de traitement, qui est intérieure, se transmettrait-elle entre deux personnes qui viennent de se rencontrer ? L'hypothèse fait intervenir une notion de lisibilité. Le traitement d'une personne se donne à voir dans des signaux qu'elle ne contrôle guère : le timbre et le débit de la voix, la direction et la qualité du regard, le rythme des gestes, la manière dont la posture répond à celle de l'interlocuteur.

Une personne est dite lisible lorsque ces signaux sont congruents entre eux — lorsque sa voix, son regard et son rythme disent la même chose. La lisibilité n'est pas la beauté, ni l'expressivité, ni le charme au sens habituel. C'est une cohérence de l'émission. Et l'hypothèse centrale de l'étude est que l'attraction réciproque naît moins de ce que chacun émet que de ce que chacun parvient à lire chez l'autre : deux personnes mutuellement lisibles se calent l'une sur l'autre, quand deux personnes également séduisantes mais mutuellement opaques ne le font pas.

3. Méthode

3.1 Le dispositif prétexte

Les participants ont été conviés à une « évaluation des compétences collaboratives en milieu contraint ». La tâche, volontairement absurde, consistait à ériger la plus haute structure possible en pailles et ruban adhésif, en quarante-cinq minutes, par groupes de six. Cette couverture avait une double fonction : fournir un motif d'interaction qui ne soit pas la rencontre elle-même, et détourner l'attention de l'objet réel de l'étude, qui n'a été révélé qu'au débriefing.

Aucun participant n'a été informé que l'on mesurait l'attraction. Le consentement, complet sur les modalités d'enregistrement et le traitement des données, était partiel sur la finalité — un différé approuvé par le protocole et levé immédiatement après recueil du choix.

3.2 Constitution des groupes et matrice de choix

Les cent vingt participants ont été répartis au hasard en vingt groupes de six, chacun composé de trois hommes et trois femmes. Le tirage au sort neutralisait les affinités de placement et garantissait qu'aucune préférence antérieure n'oriente la composition.

Le point méthodologique décisif porte sur le choix final. Chacun désignait la personne de l'autre sexe avec qui il souhaitait prolonger l'échange, parmi l'ensemble des soixante participants de l'autre sexe, et non parmi les seuls membres de son groupe. Ce détail est ce qui distingue une mesure d'attraction d'une simple mesure de temps de contact. Si le choix avait été confiné au groupe de six, un appariement fréquent n'aurait rien prouvé d'autre que la proximité imposée par la tâche. En ouvrant la matrice à l'ensemble, on rend le choix coûteux et informatif : préférer quelqu'un qu'on a peu côtoyé à quelqu'un avec qui l'on vient de bâtir une tour est une donnée, non un artefact.

Encore fallait-il que chacun ait effectivement pu voir chacun. Une matrice ouverte sur des participants qui ne se seraient pas croisés produirait un choix par défaut, restreint aux quelques personnes rencontrées, et la réciprocité mesurée n'en serait que l'artefact. Le protocole a donc garanti l'exposition mutuelle.

3.3 La ronde des présentations

Entre la tâche et le choix, une phase de circulation a été intercalée. Chaque groupe présentait sa structure à chacun des dix-neuf autres, successivement, en exposant brièvement sa manière de procéder — deux minutes par rencontre. Vingt groupes, dix-neuf présentations chacun, deux minutes : trente-huit minutes au total.

La durée n'est pas un compromis logistique, elle est un choix de mesure. Deux minutes ne suffisent pas à faire connaissance ; c'est précisément l'intérêt. Elles ne laissent le temps ni de se présenter vraiment, ni de construire une conversation, ni même que les six membres d'un groupe prennent tous la parole. Ce qu'elles exposent, en revanche, est exactement ce que l'étude cherche à capter : qui prend l'initiative de parler et qui laisse parler, qui répond et qui regarde répondre, quels regards se croisent et lesquels s'évitent, quels sourires s'échangent sans calcul. Une fenêtre brève et identique pour tous, où la manière d'être en présence se donne à lire avant que le contenu n'ait le temps de s'installer.

Cette phase remplit deux fonctions. Elle garantit que chaque participant a été exposé, dans des conditions standardisées, à l'ensemble des autres — condition sans laquelle la matrice ouverte n'aurait pas de sens. Et elle constitue la fenêtre d'observation où la synchronie et la lisibilité ont été codées : un cadre bref, contraint et rigoureusement égal, préférable à l'inégalité incontrôlée des temps de contact qu'aurait produite une circulation libre.

Un temps commun non structuré a suivi, sans consigne, avant le recueil individuel du choix.

3.4 Neutralisation du statut par homogénéité

Le principal facteur susceptible de contaminer une étude d'appariement est le statut social. Si les participants proviennent de milieux variés, tout appariement peut être attribué à une homophilie de classe plutôt qu'à une résonance interpersonnelle, et les deux deviennent indémêlables.

L'étude a donc fait le choix inverse de la diversité. Les participants ont été recrutés dans une population socio-culturellement homogène — même tranche d'âge, niveau d'études comparable, même bassin universitaire —, au sein de laquelle ils ne se connaissaient pas, provenant de facultés et de services sans contact entre eux. Cette homogénéité n'est pas une limite de l'échantillon ; elle est l'instrument de la démonstration. Lorsque le statut est tenu constant pour tous, il ne peut plus expliquer aucun appariement, et ce qui subsiste pour rendre compte des choix se trouve dégagé de son principal concurrent. Le dispositif a délibérément neutralisé le statut pour que seule la résonance puisse parler.

3.5 Mesures

Homophilie de traitement (HTV-18). Échelle passée en aveugle avant l'interaction, portant sur la vitesse de traitement, le seuil sensoriel, le rapport au tempo et à l'occupation du silence. Elle est reproduite en Annexe A. La proximité entre deux participants est calculée comme l'inverse de la distance entre leurs profils.

Lisibilité des signaux. À partir des enregistrements, des codeurs indépendants ont évalué la congruence entre canaux (voix, regard, rythme, posture) pour chaque participant, sans connaître les hypothèses.

Micro-synchronie. Alignement postural et prosodique entre deux personnes, codé sur les séquences de la ronde de présentations où elles se trouvaient en interaction directe.

Attractivité physique. Codée par un panel de juges tiers à partir de photographies neutres, sans accès aux enregistrements ni aux échelles, comme variable de contrôle.

Les trois mesures observationnelles — lisibilité, synchronie, attractivité — reposent sur un codage dont la procédure complète, les critères et l'accord inter-juges sont détaillés en Annexe B.

4. Résultats

4.1 Ce qui ne prédit pas le choix

Deux résultats négatifs ouvrent la section, car ils écartent les deux explications concurrentes.

L'attractivité physique, codée par des juges indépendants, ne prédit pas le choix réciproque (r = 0,08 ; p = 0,34). Les participants les plus fréquemment désignés ne sont pas les plus séduisants au sens des juges. Cette absence de lien est l'un des résultats les plus robustes de l'étude, et le plus contre-intuitif au regard du sens commun.

Le statut, quant à lui, n'apparaît pas dans les analyses, pour la raison exposée en méthode : il a été tenu constant. Son absence n'est pas un oubli mais une condition du dispositif.

Les personnes les plus choisies ne sont pas les plus séduisantes. Elles sont les plus lisibles.

Étude n°49 — Institut du Constat Fondamental

4.2 Ce qui prédit le choix

Prédicteur du choix réciproqueCorrélationEffet
Proximité de traitement (HTV-18)r = 0,64 ; p < 0,001Fort
Lisibilité des signaux (congruence)r = 0,58 ; p < 0,001Fort
Micro-synchronie (ronde de présentations)r = 0,51 ; p < 0,001Modéré
Similarité des goûts déclarésr = 0,19 ; p = 0,04Faible
Attractivité physique (juges tiers)r = 0,08 ; p = 0,34Nul
Tableau 1. Prédicteurs du choix réciproque. La proximité de traitement et la lisibilité dominent ; l'attractivité physique n'a pas d'effet détectable.

Les trois prédicteurs liés au traitement et à sa transmission — proximité, lisibilité, synchronie — forment une hiérarchie cohérente et se détachent nettement des variables de contenu et d'apparence. On est choisi non pour ce qu'on montre, mais pour ce qu'on laisse lire.

4.3 Le traitement contre le goût

Un contraste mérite d'être isolé, car il tranche entre deux lectures possibles de l'homophilie. La similarité des goûts musicaux déclarés — les mêmes artistes, les mêmes genres — ne prédit le choix que faiblement (r = 0,19). En revanche, la similarité du rapport à la musique — l'écouter comme un fond ou comme un événement, la chercher ou la subir — le prédit fortement (r = 0,57).

Ce n'est donc pas d'aimer les mêmes choses qui rapproche, mais de les traiter de la même façon. Deux personnes qui n'ont aucun artiste en commun mais entretiennent le même rapport à l'écoute s'apparient davantage que deux personnes aux bibliothèques identiques mais aux usages opposés. Le résultat vaut, au-delà de la musique, comme illustration de la thèse générale : l'objet partagé compte moins que la forme partagée du rapport à l'objet.

4.4 La réciprocité

Le résultat central concerne la structure des choix, et non plus leurs déterminants. Sur les soixante dyades désignées, 62 % sont réciproques : lorsqu'une personne en choisit une autre, cette autre l'a choisie en retour dans près de deux cas sur trois.

Il faut mesurer l'improbabilité de ce chiffre. Si les choix étaient indépendants, chacun tiré parmi soixante candidats possibles, l'espérance de réciprocité serait inférieure à deux pour cent. Le taux observé la dépasse d'un facteur supérieur à trente. Et cette réciprocité s'établit sans qu'aucun signal explicite de séduction n'ait été échangé : les participants, interrogés, ne rapportent pas avoir « dragué » ni perçu qu'on les draguait. Le calage s'est produit sous le seuil de la stratégie consciente.

Encart méthodologique — Dr. K. Osei-Mensah, Responsable Statistiques & Analyses

Je dois tempérer l'enthousiasme que ces chiffres suscitent, y compris le mien.

Une réciprocité à trente fois le hasard et des corrélations dépassant 0,60 sont des effets considérables pour un objet réputé insaisissable. Ils demandent, pour cette raison même, la plus grande prudence. L'échantillon est de cent vingt personnes, issu d'un seul bassin homogène ; ce qui fait la force de la démonstration — la neutralisation du statut — en fait aussi la limite, car rien ne garantit que le mécanisme survive à l'hétérogénéité sociale du monde réel.

Je tiens par ailleurs à distinguer ce que ces corrélations établissent de ce qu'elles suggèrent. Elles établissent que le choix suit la proximité de traitement. Elles ne prouvent pas que la proximité de traitement cause l'attraction : il reste possible qu'une troisième disposition produise à la fois le traitement semblable et le choix. Je recommande la réplication avant toute célébration.

5. Discussion

5.1 Ni hasard ni marché

Les deux explications ordinaires de l'attraction sortent affaiblies. Le hasard est démenti par la réciprocité : on ne se choisit pas mutuellement à trente fois le taux du hasard par accident. Le marché est démenti par l'attractivité physique sans effet et par la neutralisation du statut, qui laisse pourtant les choix parfaitement structurés.

Ce que l'étude met à la place n'est ni plus romantique ni plus froid : une homophilie de forme. Les personnes se repèrent sur leur manière commune de traiter le monde, transmise par des signaux qu'elles n'émettent pas exprès et captée par une lecture qu'elles ne font pas exprès. C'est un mécanisme, et il laisse intact ce qu'il ne mesure pas — le contenu d'une histoire, sa durée, ce qu'il en advient. L'étude décrit une porte d'entrée, non une destinée.

5.2 Sur ce que l'on appelle la beauté

Le résultat le plus discuté au sein de l'équipe fut l'absence d'effet de l'attractivité physique. Il contredit une intuition tenace, et il mérite une précision.

L'étude ne montre pas que l'apparence est indifférente. Elle montre que l'attractivité codée par des tiers, à partir d'images fixes et neutres, ne prédit pas le choix. Or ce que les participants, interrogés au débriefing, décrivent comme la beauté de la personne qu'ils ont choisie ne coïncide pas avec cette attractivité de photographie : ils évoquent une manière de regarder, une voix, une présence, une façon d'être là — c'est-à-dire précisément les signaux que l'étude range sous la lisibilité. Ce que l'on nomme beauté, après coup, semble désigner moins ce que l'œil enregistre à la première seconde que ce que la personne s'est révélée émettre au fil de l'échange. L'attractivité de l'image et la beauté vécue ne sont pas la même variable, et seule la seconde prédit le choix.

5.3 Le cadre restreint

L'étude n'a testé qu'une configuration d'appariement, entre hommes et femmes, pour une raison strictement méthodologique : une matrice de choix à deux ensembles disjoints est lisible et analysable simplement, quand une matrice ouverte à toutes les configurations exige un tout autre traitement et un tout autre échantillon. Ce choix de dispositif ne présume rien de la portée du mécanisme. Rien dans les résultats n'indique que la proximité de traitement, la lisibilité ou la synchronie seraient propres à cette seule configuration ; l'hypothèse par défaut est qu'elles ne le sont pas, mais l'étude ne l'a pas établi et ne le prétend pas.

6. Limites

La première est l'effectif et l'origine unique de l'échantillon, déjà soulignés par le responsable des analyses. Cent vingt personnes d'un même bassin ne fondent pas une loi générale.

La deuxième est le revers de la neutralisation du statut. En tenant constant le milieu social pour isoler la résonance, l'étude s'interdit de dire ce qui se produit lorsque statut et résonance s'opposent — configuration pourtant fréquente dans la vie ordinaire.

La troisième est causale. La proximité de traitement prédit le choix, mais l'étude transversale ne permet pas d'exclure qu'une disposition antérieure commune produise les deux.

La quatrième tient au différé de consentement. Les participants ignoraient la finalité réelle ; le procédé, courant en psychologie sociale et approuvé, réduit néanmoins la portée du consentement initial, et l'Institut le mentionne sans le minimiser.

7. Conclusion

On dit volontiers d'un couple qu'il s'est trouvé par hasard, ou qu'il forme un bel assortiment. Les deux formules manquent ce que cette étude donne à voir : entre le hasard et l'assortiment, il y a la lecture.

Dans un dispositif où le hasard du placement était contrôlé et le statut tenu constant, les participants se sont choisis mutuellement avec une régularité que ni l'accident ni la valeur n'expliquent. Ils se sont choisis sur une proximité de traitement, transmise par des signaux qu'ils n'émettaient pas exprès, et cette proximité s'est révélée réciproque bien au-delà de ce que le hasard autorise.

L'Institut se garde de conclure que chacun rencontre qui il devait rencontrer ; il n'a mesuré aucune nécessité, et le mot ne convient pas à ce qu'il a observé. Il conclut plus modestement, et peut-être plus justement : on ne s'apparie pas à qui l'on doit, on s'apparie à qui l'on parvient à lire, et qui nous lit en retour. Le reste — ce qui naît de cette lecture, ce qu'il en demeure — n'était pas l'objet de l'étude, et l'Institut est soulagé de n'avoir pas eu à le mesurer.

La situation est stable. Elle résonne.

Annexe A — Échelle d'Homophilie de Traitement (HTV-18)

Passée en aveugle avant l'interaction. Format Likert à cinq points. Quatre sous-dimensions : vitesse de traitement, seuil sensoriel, rapport au tempo, occupation du silence. La proximité entre deux profils est l'inverse de leur distance euclidienne standardisée. Cohérence interne : α = 0,86. Extrait représentatif :

ItemSous-dimension
3Je passe rapidement d'un sujet à un autre au cours d'une conversation.Vitesse
6Un environnement bruyant m'épuise plus vite que la moyenne des gens.Seuil sensoriel
9Les silences dans un échange me sont confortables plutôt que gênants.Occupation du silence
12J'écoute la musique comme un événement, non comme un fond.Rapport au tempo
15J'ai besoin de temps pour formuler une réponse qui me satisfasse.Vitesse
Tableau A1. Cinq des dix-huit items de la HTV-18. L'échelle porte sur la forme du traitement, jamais sur son contenu ni sur une préférence.

Annexe B — Mesures observationnelles et accord inter-juges

Trois des variables de l'étude ne sont pas auto-rapportées mais codées à partir des enregistrements de la ronde de présentations. Leur validité repose entièrement sur la fiabilité du codage, que cette annexe détaille. Une quatrième, l'attractivité physique, a été mesurée séparément et par un dispositif distinct, décrit en fin d'annexe.

B.1 Lisibilité des signaux

La lisibilité désigne la congruence entre les canaux d'expression d'un même participant : la mesure dans laquelle son timbre, son regard, son débit et sa posture concordent plutôt que de se contredire. Trois codeurs, formés sur un corpus d'entraînement puis tenus à l'aveugle des hypothèses de l'étude, ont noté chaque participant sur une échelle de congruence en sept points, à partir de ses séquences de parole durant la ronde.

Un exemple fixe le construit. Une personne dont la voix est chaleureuse, le regard soutenu et la posture ouverte, les trois convergeant, obtient une note haute — ses signaux sont lisibles, on sait « où elle en est ». Une personne dont la voix est enjouée mais le regard fuyant et la posture fermée obtient une note basse : ses canaux se contredisent, et l'interlocuteur ne parvient pas à la lire. La note ne juge ni la beauté ni la sympathie ; elle mesure une cohérence d'émission.

La note retenue est la moyenne des trois codeurs. L'accord inter-juges, évalué par le kappa de Fleiss, s'établit à κ = 0,76.

B.2 Micro-synchronie

La micro-synchronie mesure l'alignement corporel et vocal entre deux personnes en interaction : la reprise d'une posture par l'autre dans les secondes qui suivent, le calage progressif du rythme de parole, la coordination des mouvements. Le codage a été réalisé image par image sur les séquences où deux participants se trouvaient en interaction directe pendant la ronde. Un second codeur a traité un sous-échantillon de vingt pour cent des séquences pour l'estimation de fiabilité ; l'accord y atteint κ = 0,71.

La synchronie n'est pas l'imitation. Deux personnes qui adoptent la même posture sur consigne ne sont pas synchrones ; deux personnes dont les rythmes se calent sans qu'elles le décident le sont. Le codage portait sur les ajustements non sollicités, à l'exclusion des postures induites par la tâche.

B.3 Attractivité physique

Cette mesure a fait l'objet d'un dispositif volontairement isolé du reste, car c'est de son isolement que dépend l'interprétation du résultat principal. Un panel de juges tiers, sans aucun accès aux enregistrements, aux échelles ni aux choix, a évalué l'attractivité de chaque participant à partir d'une photographie standardisée : cadrage identique, éclairage neutre, expression au repos, fond uniforme. Les juges ne voyaient donc ni le mouvement, ni la voix, ni le regard en interaction — rien de ce que l'étude range sous la lisibilité.

Ce cloisonnement est ce qui autorise la conclusion de la section 4.1. Si l'attractivité avait été codée sur les mêmes enregistrements que la lisibilité, les deux variables se seraient contaminées, et l'absence d'effet de la première n'aurait rien signifié. En la mesurant sur une image fixe et muette, on s'assure que ce qu'elle capte est bien l'apparence seule, et que son absence de lien avec le choix est un résultat, non un artefact de mesure.

Encart méthodologique — Dr. K. Osei-Mensah, Responsable Statistiques & Analyses

Un mot sur le kappa, puisque cette annexe en dépend. Lorsqu'on demande à plusieurs personnes de coter une même chose, une part de leur accord survient par simple chance : à deviner au hasard, deux juges tombent parfois d'accord. Le kappa mesure l'accord qui subsiste une fois cette chance retranchée. Un kappa de zéro signifie que les juges ne s'accordent pas plus que le hasard ne le prédit ; un kappa de un, qu'ils s'accordent parfaitement. Les valeurs situées entre 0,70 et 0,80, comme celles rapportées ici, sont conventionnellement tenues pour bonnes.

Je précise ceci parce que la lisibilité fut la variable la plus coûteuse à coder de l'histoire de l'Institut, et que ses trois juges se sont accordés plus souvent que je ne l'aurais cru raisonnable pour un objet aussi difficile à nommer. J'ai vérifié le calcul. Il tient. Je le signale néanmoins, car un accord élevé sur une notion floue mérite qu'on s'en étonne au moins une fois.

Déclarations

Financement. Institut du Constat Fondamental, sur fonds propres. Les pailles et le ruban adhésif figurent au bilan de l'exercice, à une ligne que le service comptable a intitulée « matériel structurel ».

Conflits d'intérêts. Aucun déclaré. Les auteurs précisent qu'aucun d'entre eux ne s'est apparié à un autre au cours du protocole, l'équipe se connaissant déjà, ce qui la rendait inéligible à sa propre étude.

Approbation éthique. Le différé de consentement a été soumis au Comité d'Éthique de l'Institut, qui n'a pas répondu, ce qui valait approbation selon les statuts. Le débriefing intégral a été assuré pour l'ensemble des participants.

Note de la rédaction. Le Prof. Parmentier, informé du protocole, a demandé si les participants s'étaient mariés depuis. Apprenant que le suivi n'était pas prévu, il a fait observer que si les gens s'obstinent à s'apparier avec ceux qui leur ressemblent dans le traitement, l'Institut pourrait cesser d'organiser des ateliers et se contenter de les laisser faire. Il a ensuite demandé le coût des pailles, l'a jugé « supportable », et a quitté la réunion sans autre commentaire.

Remerciements. Aux cent vingt participants, et à la tour la plus haute de la journée, qui mesurait un mètre douze avant de s'effondrer, et dont les constructeurs ne se sont pas choisis.

Références

  1. Colombo, M.-G. et Ferrari, L. (2025). Sincronia posturale e prossimità di elaborazione : un quadro esplorativo. Rivista di Psicologia dell'Interazione e dei Processi Diadici, 6(2), 133–158.
  2. Institut du Constat Fondamental (2026). L'Intérêt Composé du Capital Humain sur le marché de l'appariement : les atouts ne s'additionnent pas, ils se multiplient. Étude n°38.
  3. Institut du Constat Fondamental (2026). Le Coût de Régulation du Lien : solitude, axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et charge allostatique. Étude n°39.
  4. Institut du Constat Fondamental (2026). Le Gradient de Contrôle : présence de l'IA, degré de reprise humaine et détectabilité de la production numérique. Tijdschrift voor Digitale Cultuur en Authenticiteitsperceptie, Étude n°48.
  5. De Santis, A. (2024). Leggibilità dei segnali e attrazione interpersonale : una rassegna. Bollettino di Psicologia Applicata Diadica, 71(3), 44–69.