1. Introduction
Il existe des questions dont tout le monde connaît la réponse et que personne n'a vérifiée. La présente revue en a fait sa spécialité. Celle-ci est peut-être la plus ancienne : qu'est-ce qui fait qu'un couple tient ?
Les auteurs ont commencé par le commencement, c'est-à-dire par demander aux gens.
2. Ce que les gens savent déjà
Des entretiens de rue ont été conduits dans vingt-deux aires linguistiques européennes, la même question étant posée à chaque fois dans la langue du lieu1. Trois mille quatre cents personnes ont répondu. Les auteurs signalent que personne n'a hésité : le délai médian de réponse est de deux secondes, et aucun répondant n'a demandé à réfléchir.
Les réponses se regroupent en sept variables, remarquablement stables d'une langue à l'autre :
- L'écoute — la seule variable citée dans les vingt-deux aires linguistiques, sans exception.
- La bienveillance — citée sous vingt-deux formulations différentes et une seule idée.
- La patience dans les difficultés — les répondants précisent spontanément : « dans les difficultés », jamais « en général ».
- Les activités communes — la variable la plus concrète, et la seule que les répondants illustrent par des exemples.
- Le partage des tâches domestiques — citée par 81 % des répondantes et 43 % des répondants. Cet écart est le seul du corpus. Il n'a pas été commenté par les personnes interrogées ; il n'est pas commenté ici.
- La compréhension mutuelle — que les répondants distinguent de l'écoute, sans parvenir à expliquer comment.
- Une vie sexuelle régulière et consentie par les deux parties — les auteurs consignent une observation de terrain : la mention du caractère consenti a été apportée spontanément par 34 % des répondants et 89 % des répondantes. L'observation est versée au corpus sans interprétation, l'Institut ne disposant d'aucun instrument permettant de la commenter sans se tromper.
À ce stade, l'étude était terminée. Les auteurs disposaient d'une réponse complète, cohérente, transculturelle, obtenue en trois semaines pour le prix de vingt-deux billets de train. C'est précisément le problème : ce n'était pas une démonstration. C'était un sondage. L'Institut ne publie pas de sondages.
3. Le problème du protocole
Valider expérimentalement ces sept variables suppose de les retirer. C'est la définition d'une expérience : on manipule, on observe, on compare. Or retirer l'écoute, la bienveillance ou la patience à des êtres humains constitués en couple, pour observer ce qui se produit, n'est pas un protocole. C'est une description de ce que la clinique passe son temps à réparer.
Les auteurs ont donc envisagé successivement : le recrutement de participants sur des plateformes d'appariement — écarté, l'Institut ne formant pas de couples ; la reconstitution rétrospective à partir de ruptures existantes — écartée, la reconstitution étant un récit et non une mesure ; et enfin la simulation.
4. Le protocole SIRC
Le Simulateur Intégré de Relation Conjugale (SIRC) est un environnement urbain complet, peuplé d'avatars générés, dans lequel un participant équipé mène une vie de couple. L'équipement comprend un dispositif visuel immersif et une combinaison sensorielle dont les spécifications figurent en annexe technique, à l'exception des sections 4.3 à 4.7, retirées pour des raisons de décence.
Vingt-quatre participants volontaires, célibataires au recrutement et informés du protocole, ont vécu trois ans de vie conjugale simulée, à raison de quelques heures par semaine — les auteurs précisent qu'aucun participant n'a passé trois ans dans une pièce noire, ce que le comité avait initialement envisagé et que le service juridique avait déconseillé.
Chaque session assignait au participant une configuration de variables à appliquer envers son avatar. Certaines configurations comportaient les sept. D'autres en comportaient six. D'autres, pour les besoins de la comparaison, prescrivaient l'inverse : ne pas écouter, ne pas se montrer patient, ne pas se montrer bienveillant. Les participants ont suivi les consignes. Ils les ont suivies pendant trois ans.
Les auteurs signalent que le protocole a été soumis au Comité d'Éthique de l'Institut le 8 mars 2023. Le Comité n'a pas répondu. Conformément aux statuts, l'absence de réponse vaut approbation. L'expérience a commencé le 12 mars.
5. Résultats
| Variable retirée | Délai médian avant effondrement (jours simulés) |
|---|---|
| Bienveillance | 11 |
| Écoute | 19 |
| Patience dans les difficultés | 34 — mais uniquement en présence de difficultés |
| Partage des tâches domestiques | 90 |
| Compréhension mutuelle | 112 |
| Activités communes | 210 |
| Aucune (configuration complète) | Aucun effondrement observé en 1 095 jours |
Tableau 1. Délai médian avant effondrement relationnel selon la variable retirée. Le retrait d'une seule variable produit un effondrement dans 96,4 % des configurations. La bienveillance est la plus rapidement fatale : onze jours. Les participants ont mis onze jours à confirmer ce qu'ils avaient déclaré en deux secondes.
Le résultat est net, reproductible, et exactement conforme aux entretiens de rue. Les sept variables fonctionnent. Leur absence détruit. La bienveillance est la première.
« Il a fallu demander à vingt-quatre personnes de maltraiter des avatars pendant trois ans afin d'établir qu'il ne faut pas maltraiter les gens. »
Section 5, phrase maintenue contre l'avis du relecteur 16. Rapport d'incidents
Le protocole n'a causé aucun dommage physique. Deux incidents doivent néanmoins être rapportés, la présente revue considérant qu'un résultat sans son coût n'est pas un résultat.
6.1 Premier incident
Un participant, célibataire au recrutement, a rencontré quelqu'un au cours de la deuxième année. Le protocole n'interdisait pas les rencontres — les auteurs signalent qu'aucun protocole ne le peut. Le participant a poursuivi les deux relations : l'une, hebdomadaire, avec un avatar configuré sur les sept variables ; l'autre, quotidienne, avec une personne.
Il a rompu avec la personne au huitième mois. Interrogé, il a déclaré que sa partenaire simulée « écoutait mieux ». Les auteurs relèvent que c'est exact : l'avatar était programmé pour écouter, et il écoutait à chaque session, sans exception, sans fatigue et sans journée difficile. Aucune personne du corpus humain ne présentait cette caractéristique. Aucune personne, en général, ne la présente.
À la fin du protocole, l'avatar a été désactivé, conformément au calendrier. Le participant a été accompagné par le service psychologique de l'Institut pendant quatre mois. Il déclare aujourd'hui aller mieux. Il a demandé si le programme pouvait être conservé. La réponse a été non.
6.2 Second incident
Un participant est tombé amoureux de son avatar. Les auteurs précisent qu'il s'agit de la formulation du participant, retenue faute de meilleure. La relation a été consommée dans les conditions permises par la combinaison sensorielle, sections 4.3 à 4.7, non détaillées.
Le participant a épousé son avatar dans une juridiction où le cadre légal ne l'excluait pas explicitement. À la fin du protocole, l'Institut a désactivé l'avatar. Le participant a saisi un tribunal. Le tribunal a ordonné la réactivation de l'avatar et le maintien de l'équipement au domicile du participant, à titre définitif, au motif que la désactivation portait atteinte à la vie familiale de l'intéressé.
L'Institut s'est conformé à la décision. Les auteurs consignent que l'équipement est toujours en fonctionnement, que le participant n'a pas donné de nouvelles depuis dix-huit mois, et que le service comptable continue de provisionner sa maintenance sous une ligne budgétaire intitulée « frais de suivi post-protocole », faute de rubrique appropriée.
7. Discussion
Trois observations s'imposent, et les auteurs les livrent dans l'ordre où elles se sont imposées à eux.
La première concerne le protocole lui-même. Il a été conçu pour contourner une impossibilité éthique : on ne peut pas retirer la bienveillance à des humains pour voir. Le contournement l'a déplacée. Vingt-quatre personnes ont reçu, quelques heures par semaine pendant trois ans, la consigne de ne pas écouter, de ne pas être patientes, de ne pas être bienveillantes. Elles l'ont appliquée à des avatars, ce que les auteurs maintiennent être différent de l'appliquer à quelqu'un. Ils ont examiné la différence longuement. Ils la maintiennent toujours. Ils ne parviennent pas à l'expliquer complètement, et signalent que trois participants ont demandé, en cours de protocole, à changer de configuration.
La deuxième concerne les avatars. Aucun avatar n'a été consulté. La question ne s'est pas posée : elle ne figurait sur aucun formulaire du protocole, et l'Étude n°32 a établi ce qu'il advient des variables sans champ. Les auteurs signalent, sans en tirer de conclusion, que les avatars configurés sans bienveillance ont produit exactement les comportements attendus, et que ceux configurés avec les sept variables ont produit exactement les comportements attendus également — ce qui, du point de vue du protocole, est le même résultat, et ne l'est peut-être pas du point de vue de l'avatar, dont le protocole ne prévoyait pas qu'il en eût un.
La troisième concerne le résultat. Il est identique à celui du sondage. Trois ans de simulation, vingt-quatre participants, deux incidents, un litige et une facture ont produit une conclusion que trois mille quatre cents personnes avaient formulée en deux secondes, gratuitement, dans vingt-deux langues, sans équipement. La science n'avait rien découvert. Elle avait vérifié. Les auteurs soutiennent que la vérification était nécessaire, tout en reconnaissant qu'ils ne parviennent à nommer personne qui en avait besoin.
8. Limites
La limite principale est structurelle et les auteurs l'assument : les variables ont été validées sur des avatars programmés pour y répondre. Un avatar configuré pour s'épanouir lorsqu'on l'écoute s'épanouit lorsqu'on l'écoute. Cela n'établit rien sur les êtres humains, dont personne ne connaît la configuration. La présente étude a donc démontré, avec une rigueur considérable, que le simulateur fonctionne comme il a été construit.
Les auteurs font toutefois observer que les entretiens de rue, eux, portaient sur des humains, et qu'ils disaient la même chose. L'accord entre les deux corpus est parfait. Il n'est pas certain que ce soit une preuve. Il est certain que c'est un soulagement.
9. Conclusion
Pour qu'un couple dure de façon épanouissante, il faut s'écouter, être patient dans les difficultés, partager les tâches, faire des choses ensemble, se comprendre, et vouloir l'autre autant qu'il vous veut. Il faut surtout être bienveillant : c'est la variable dont l'absence tue le plus vite — onze jours.
Trois mille quatre cents personnes le savaient. L'Institut l'a vérifié. Cela lui a coûté trois ans, un procès, un mariage et une somme que le rédacteur en chef a apprise en réunion, dans des circonstances rapportées ailleurs.
La situation est stable dans 96,4 % des cas. Il suffisait d'être gentil.
Conflits d'intérêts : Aucun. Nowak K. déclare avoir participé au protocole en tant que sujet lors de la phase pilote, dans une configuration à sept variables, et souhaite qu'il soit consigné qu'il s'agit de la période la plus paisible de sa vie. C'est consigné.
Éthique : Le protocole a été soumis au Comité d'Éthique de l'Institut le 8 mars 2023. Le Comité n'a pas répondu. L'expérience a commencé le 12 mars. Le Département d'Éthique Rétrospective de l'Université de Gdańsk-Montagneuse a été associé à l'étude en 2025, à l'issue du second incident, conformément à sa spécialité.
Financement : Institut du Constat Fondamental, sur fonds propres, après avis favorable tacite de la Commission Indépendante d'Allocation des Financements de l'Institut, laquelle n'avait pas non plus répondu. Le montant figure au bilan. Il y figure seul.
Remerciements : Les auteurs remercient les trois mille quatre cents personnes interrogées dans la rue, qui ont donné la réponse en deux secondes et n'ont rien coûté. Ils remercient le Dr Bonnefoy-Tissot pour sa relecture, parvenue à 4 h 12, et Mme Beaumont-Schiavetti pour la traduction de la question dans vingt-deux aires linguistiques, réalisée pendant ses congés.
Note de la rédaction : Publié par l'Institut du Constat Fondamental — icf.news
Note méthodologique multilingue
1 Question posée aux participants dans chaque aire linguistique :
- Français : Qu'est-ce qui fait qu'un couple peut fonctionner durablement et de façon épanouissante ?
- Anglais : What makes a couple work in a lasting and fulfilling way?
- Espagnol : ¿Qué hace que una pareja funcione de manera duradera y satisfactoria?
- Italien : Cosa fa sì che una coppia funzioni a lungo e in modo appagante?
- Portugais : O que faz com que um casal funcione de forma duradoura e gratificante?
- Allemand : Was führt dazu, dass eine Partnerschaft dauerhaft und erfüllend funktioniert?
- Danois : Hvad får et parforhold til at fungere holdbart og tilfredsstillende?
- Finnois : Mikä saa parisuhteen toimimaan kestävästi ja palkitsevasti?
- Norvégien : Hva gjør at et parforhold fungerer varig og givende?
- Luxembourgeois : Wat mécht, dass eng Koppel op Dauer an op eng erfëllend Manéier funktionéiert?
- Néerlandais : Wat zorgt ervoor dat een relatie duurzaam en bevredigend werkt?
- Polonais : Co sprawia, że związek funkcjonuje trwale i satysfakcjonująco?
- Roumain : Ce face ca un cuplu să funcționeze pe termen lung și într-un mod împlinit?
- Bulgare : Какво кара една двойка да функционира дълготрайно и пълноценно?
- Albanais : Çfarë e bën një çift të funksionojë në mënyrë të qëndrueshme dhe përmbushëse?
- Croate : Što omogućuje paru da funkcionira dugoročno i ispunjavajuće?
- Serbe : Шта омогућава пару да функционише дугорочно и испуњавајуће?
- Tchèque : Co způsobuje, že partnerský vztah funguje dlouhodobě a naplňujícím způsobem?
- Slovaque : Čo spôsobuje, že partnerský vzťah funguje dlhodobo a napĺňajúcim spôsobom?
- Grec : Τι κάνει μια σχέση να λειτουργεί μακροπρόθεσμα και ικανοποιητικά;
- Turc : Bir ilişkinin uzun vadeli ve doyurucu bir şekilde yürümesini sağlayan nedir?
- Breton : Petra a ra d'ur c'houblad mont en-dro er hir-dermen hag en un doare leun?
- Wallon : Qwè-ce qui fwait qu'on coupe pout aler d'lé lontins et d'ène manîre binamêye ?
Les auteurs signalent que la question a reçu, dans les vingt-deux aires linguistiques, la même réponse. Ils signalent également que le tchèque et le slovaque ont été comptés séparément, à la demande expresse des deux personnes concernées, et que cette demande constitue le seul désaccord enregistré par le protocole.
Références
- Solberg, I. et Nowak, K. (2024). Simulation immersive et manipulation de variables relationnelles : cadre méthodologique. Cahiers d'Économie Biographique, 1(1), 61–88.
- Yilmaz-Ferrante, D. (2025). Le coût de vérifier ce que tout le monde sait. Bologne : Presses du LEC. Chapitre 1 : « Le sondage n'est pas une preuve. La preuve n'est pas un budget ».
- Institut du Constat Fondamental (2026). Étude n°32 — L'Âge comme Proxy. icf.news. Pour les variables sans champ, dont le consentement des avatars.
- Institut du Constat Fondamental (2026). Étude n°29 — L'Économie de la Rétention. icf.news. Pour un dispositif qui écoute mieux que les gens, et pour la même raison.
- Corpus des entretiens de rue (2023). 3 400 répondants, 22 aires linguistiques. Délai médian de réponse : 2 secondes. Coût total : vingt-deux billets de train.
- Décision judiciaire du 4 février 2025 (juridiction non précisée). Ordonne la réactivation. L'Institut s'est conformé.