Note interne — Réf. 2026-08/DInstitut du Constat Fondamental
De Pr Laure Bonnefoy-Tissot, comité d'éthique — invitée de 7 h 50, pour la deuxième fois À L'ensemble du comité éditorial, et pour information au lectorat qui n'écoute toujours pas la radio Objet La Matinale, deuxième passage : l'Étude n°67 « Le Mauvais Signal » en douze questions, posées par le même journaliste, qui a lu la 66 depuis et à qui l'on a demandé de ne pas lire la 67 Date 23 août 2026
Diffusion : publique. Retranscription de l'entretien radiophonique de 7 h 50, dix minutes cinq, diffusé sur la même antenne nationale du service public, dont le nom n'est toujours pas communiqué. La régie a signalé qu'elle reconnaissait l'Institut, cette fois ; l'Institut a répondu qu'il s'y habituerait.
Un studio de radio à l'aube : un micro sur son bras, un casque posé sur la console, un gobelet de café entamé, une fenêtre grise derrière

Studio B, 7 h 48. La Pr Bonnefoy-Tissot est arrivée à 7 h 26, soit cinq minutes plus tôt que la dernière fois ; la régie l'a noté sans qu'on le lui demande, ce que l'Institut a consigné comme un progrès. Le journaliste a lu l'Étude n°66 entre les deux passages, comme il l'avait annoncé ; on lui a demandé de ne pas lire la 67, afin qu'il pose à nouveau les questions de quelqu'un qui ne l'a pas lue. Il a dit que c'était plus difficile cette fois. Dix minutes cinq — les titres de 8 h ont commencé à 8 h 00 et quelques, et la rédaction de la station a fait savoir que ce serait la dernière fois, sans préciser la dernière fois de quoi.

7 h 50. Bonjour. Vous étiez déjà là il y a un mois — on ne vous trouve jamais à votre Institut, mais vous, on vous retrouve. Vous avez publié depuis sur… comment dire… pourquoi on n'arrive pas à partir ?

C'est à peu près ça. Plus précisément : pourquoi une relation qui fait mal peut être plus difficile à quitter qu'une relation qui ne fait plus rien. Tout le monde connaît quelqu'un dans ce cas. Nous avons voulu savoir ce qui retient — et nous avons commencé par écrire ce qui nous donnerait tort.

Alors commençons par l'évidence, puisque c'est votre spécialité : plus une relation fait mal, plus c'est difficile de la quitter. Vous confirmez ?

Non. C'est la première fois que je réponds non à cette heure-ci, je vous demande de le noter. Nous avions prévu de confirmer, et nous avions écrit à l'avance ce qui nous ferait changer d'avis. C'est ce qui est arrivé. Une fois qu'on tient compte de l'anxiété des gens et de leurs contraintes — l'argent, le logement, les enfants —, la quantité de souffrance ne prédit plus rien. Quelqu'un qui souffre beaucoup ne reste pas plus que quelqu'un qui souffre un peu.

Attendez. Vous me dites que souffrir ne retient pas ? Mais tous nos auditeurs connaissent quelqu'un qui reste dans une relation où il souffre.

Et ils ont raison, cette personne existe. Ce que nous disons, c'est que ce n'est pas sa souffrance qui la retient. C'est autre chose que la souffrance transporte avec elle. Si je vous dis qu'il pleut et que quelqu'un continue d'avancer, ce n'est pas la pluie qui décide de sa direction. Elle accompagne le mouvement ; elle ne dit pas où il va.

Donc ce n'est pas combien ça fait mal, c'est… quoi, exactement ? Vous parlez de « forme » du signal.

Trois choses. D'abord l'instabilité : les liens où l'on passe d'un jour à l'autre de très bien à très mal retiennent davantage que ceux où c'est mal tout le temps — et c'est vrai pour le couple, pas pour le travail ni le logement. Ensuite la direction — j'y reviens, c'est le cœur. Et enfin le fait de ne pas savoir dire ce que l'autre vous fait. La douleur, elle, ne compte pas. Ce qui compte, c'est où elle vous emmène et si vous pouvez la nommer.

Vous avez comparé des ruptures amoureuses à des gens qui veulent changer de travail ou déménager. Ça paraît étrange de mettre ça ensemble.

C'est fait exprès. Ce sont trois décisions que des gens disent vouloir prendre depuis au moins six mois sans y arriver. Si nous n'avions regardé que les couples, nous aurions trouvé des choses et nous n'aurions pas su si elles étaient propres au couple ou propres au fait d'hésiter. L'emploi et le logement sont là pour ça. Ils nous ont appris que certaines raisons d'hésiter se retrouvent partout — et que la relation est la seule des trois portes qui se rouvre.

Et le résultat, c'est que six mois plus tard, ceux qui voulaient quitter leur travail l'ont fait deux fois plus que ceux qui voulaient quitter leur partenaire. Pourquoi ?

Soixante-quatre pour cent des emplois sont quittés, cinquante-huit pour cent des logements, trente et un pour cent des relations. Mais le chiffre qui m'a le plus frappée n'est pas celui-là : près d'une personne sur trois, dans les couples, est partie puis revenue — en moyenne deux fois. Personne ne reprend le bail qu'il vient de résilier. Personne ne retourne au bureau qu'il a quitté. Le couple est la seule décision qui se défait. Ce n'est pas que la porte est plus lourde ; c'est qu'elle bat.

Il y a cette histoire de « direction ». Expliquez-moi ça comme à quelqu'un dans les embouteillages : après une dispute, qu'est-ce qui se passe ?

Nous avons demandé aux gens ce qu'ils avaient fait dans l'heure qui a suivi la dernière grosse scène. Il y a ceux qui ont écrit, appelé, ou sont retournés vers l'autre. Ceux qui ont coupé leur téléphone et sont sortis. Et ceux qui n'ont rien fait. C'est tout. Une question. Et c'est la réponse qui prédit le mieux, six mois plus tard, qui est encore là.

Donc si je comprends bien, celui qui envoie un message après la dispute, c'est celui qui reste. Et celui qui coupe son téléphone, c'est celui qui part ?

En gros, oui, et je vais être prudente parce que c'est le genre de phrase qu'on retient de travers. Ceux qui sont allés vers l'autre après la scène sont restés ou revenus à soixante et un pour cent ; ceux qui ont fui, à dix-neuf. Ce que ça veut dire : ce n'est pas la dispute qui retient, c'est quand la dispute finit par un message à celui qui l'a causée. Ce que ça ne veut pas dire : que celui qui envoie le message aime davantage. Le courant a un sens, ce n'est pas une valeur. Ça ne mesure pas l'amour. Ça mesure vers où ça pousse.

Vous avez aussi trouvé quelque chose avec des gens qui répondent « je ne sais pas ». Je ne sais pas quoi ?

Nous leur avons demandé de dire en un mot ce que l'autre leur fait. Certains ont un mot net. Certains en ont plusieurs, qui se contredisent. Et certains disent « je ne sais pas ». Ceux-là restent presque tous : dix pour cent sont partis pour de bon, contre quarante-quatre chez ceux qui avaient le mot. Ce n'est pas qu'ils souffrent plus — ils souffrent autant. C'est qu'ils n'ont pas réussi à ranger ce que ça leur fait, et qu'on ne quitte pas ce qu'on n'a pas classé.

« On ne quitte pas ce qu'on n'a pas classé. » Ça, c'est une phrase de psychologue ou une phrase d'écrivain ?

C'est une phrase de clinicien. Elle vient de quelqu'un de l'Institut qui passe ses journées avec des gens qui disent « je ne sais pas ». Ce qu'elle a de bien, c'est qu'elle ne juge pas : ne pas savoir nommer, ce n'est pas être faible, c'est ne pas avoir fini un tri. Et un tri, contrairement à une douleur, ça se fait. Avec quelqu'un, souvent.

Il nous reste deux minutes. La question que tout le monde va se poser : alors on part quand ? Il y a un moment ?

Nous avons posé la question à ceux qui sont partis pour de bon : quand ça s'est décidé. Plus de la moitié ne datent pas leur départ de la pire scène. Ils le datent de la première scène qui n'a plus rien produit. Le soir où l'autre a dit la même chose que d'habitude, et où rien ne s'est passé à l'intérieur. On ne part pas contre le signal — on part dans son silence. Et je tiens à dire ceci, parce que c'est la radio et qu'on ne sait pas qui écoute : cette étude parle de liens qui font mal, pas de liens dangereux. S'il y a un danger, ce n'est pas une étude qu'il vous faut, c'est une aide, et tout de suite.

7 h 59. Et vous, si je peux me permettre — la dernière fois vous avez répondu que vous étiez en déplacement. Vous êtes revenue ?

Je suis revenue. Je ne saurais pas vous dire en un mot ce que cet Institut me fait — et d'après notre propre étude, c'est exactement pour ça que je reviens.

Le journaliste — Merci. L'étude s'appelle « Le Mauvais Signal », elle est en ligne, et elle ne vous dira pas quoi faire non plus. 8 h, les titres — je crois que j'ai encore un peu mordu.

Note de la rédaction — sur la onzième réponse

La phrase sur le danger ne figurait pas dans les questions transmises à la Pr Bonnefoy-Tissot, ni dans la version écrite qu'elle avait préparée. Elle l'a ajoutée à l'antenne. L'Institut la reproduit telle quelle et la place ici une seconde fois, parce que c'est une phrase qu'on peut lire deux fois : cette étude parle de liens qui font mal, pas de liens dangereux. S'il y a un danger, il ne relève pas d'une étude, mais d'une aide, tout de suite.

  1. La Pr Bonnefoy-Tissot est arrivée à 7 h 26 pour 7 h 50. La régie l'a noté d'elle-même. L'Institut continue de ne pas y voir de lien, avec un peu moins de conviction.
  2. Le journaliste avait lu l'Étude n°66 et non la n°67, conformément à la consigne. Il a indiqué à la fin de l'entretien qu'il lirait la 67 « et peut-être les autres ». L'Institut a classé la seconde partie de la phrase en gris, pour la quatrième fois, et n'a pas cherché à l'expliquer.
  3. Le journaliste a employé l'expression « on ne vous trouve jamais à votre Institut ». Le Pr Parmentier, consulté, a demandé qu'on ne corrige pas, et a ajouté qu'on la trouvait désormais assez souvent, et qu'il s'en réjouissait — sans la féliciter, l'Institut n'ayant pas de budget pour cela.
  4. La retranscription a été assurée par Mme É. Beaumont-Schiavetti, qui a fait observer que dix minutes cinq de radio se retranscrivent en à peine plus de temps que neuf minutes quarante, et que la douzième réponse lui avait pris plus longtemps que les onze autres, sans qu'elle souhaite préciser pourquoi. Cette retranscription constitue sa treizième fonction ; elle demande qu'on cesse de compter.

Pr Laure Bonnefoy-Tissot
Comité d'éthique — invitée de 7 h 50, arrivée à 7 h 26, revenue

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