Encart à l'attention du lecteur pressé — l'étude en clair

Tapez « abandonnique » dans un moteur de recherche : vous trouverez un trouble de la personnalité, ses signes, ses causes, ses solutions. Ouvrez maintenant le manuel diagnostique international : vous ne trouverez rien. Le trouble n'y figure pas, n'y a jamais figuré — et la psychanalyste qui a inventé le concept en 1950 a passé vingt-trois ans à expliquer qu'il ne fallait pas en faire une entité, avant que la vulgarisation ne l'y promeuve sans elle. L'Institut a donc fait ce qu'on fait d'un objet incertain : il l'a mesuré quatre fois avec quatre instruments. Résultat : selon l'outil, il y a 12 %, 19 %, 34 % ou 62 % d'« abandonniques » dans la même salle — les mêmes personnes, le même jour. Un diagnostic dont la fréquence dépend du questionnaire n'est pas un diagnostic ; c'est une graduation qu'on a découpée à des endroits différents. Mais la souffrance, elle, est réelle, et l'étude la mesure aussi : rassurer quelqu'un qui a peur d'être quitté fonctionne — pendant une heure. À sept jours, tout est revenu, et aimer plus fort n'y change rien : la demande n'a jamais eu la réassurance pour objet. La vraie découverte est ailleurs : ces personnes sont plus inquiètes face à un partenaire stable que face à un partenaire irrégulier, et le surveillent davantage — parce que l'irrégulier confirme ce qu'elles ont toujours su, tandis que le calme est une langue qu'on ne leur a jamais apprise. Une seule chose tient à sept jours : non pas les mots d'amour, mais le mode d'emploi — dire ce qui se passera, pas ce qu'on ressent. On ne rassure pas quelqu'un en l'aimant plus fort. On le rassure en devenant prévisible.

1. Le trouble introuvable

1.1 Ce que disent les classifications : rien

Le point de départ de cette étude est un fait de bibliothèque, vérifiable en dix minutes et pourtant presque jamais énoncé : le « trouble de la personnalité abandonnique » n'existe dans aucune classification diagnostique. Le DSM-5-TR ne le contient pas ; la CIM-11 ne le contient pas ; aucune édition antérieure de l'un ou de l'autre ne l'a contenu. Ce que les manuels contiennent, c'est de la peur d'abandon à l'état dispersé : le premier critère du trouble de la personnalité borderline — efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginaires — soit un critère sur neuf, jamais suffisant à lui seul ; et un voisin de palier, le trouble de la personnalité dépendante, dont l'encart ci-dessous précise les termes du voisinage. La peur d'être quitté est donc, dans la nosographie internationale, un symptôme transversal. Elle n'est une entité nulle part — sauf dans les moteurs de recherche, où elle dispose de signes, de causes, de tests en dix questions et de solutions, c'est-à-dire de tout l'appareil d'un trouble, moins le trouble.

Encart — Le voisin réel : la personnalité dépendante

Si le lecteur cherche l'entité officielle la plus proche du concept populaire, elle existe, et la confusion entre les deux est si fréquente qu'elle mérite d'être traitée comme un fait plutôt que comme une erreur. Le trouble de la personnalité dépendante, bien réel dans le DSM-5-TR, se caractérise par un besoin persistant et excessif d'être pris en charge, entraînant un comportement soumis et « collant » et des craintes de séparation. La parenté est évidente ; la distinction est instructive. Le dépendant redoute de ne pas être pris en charge — il cherche un tuteur, délègue les décisions, s'accroche à qui décide pour lui. L'« abandonnique » de la vulgarisation redoute de ne pas être gardé — il ne demande pas qu'on décide à sa place, il demande qu'on reste, et il peut être par ailleurs parfaitement autonome. Un tuteur d'un côté, un garant de l'autre. Dans l'usage courant, le mot « abandonnique » flotte entre ce trouble et le premier critère du borderline sans se poser sur aucun des deux — et c'est précisément parce qu'il emprunte à deux entités sans appartenir à aucune qu'il paraît si universellement reconnaissable : il est composé des deux symptômes les plus partagés du registre. La confusion n'est pas une faute du lecteur. Elle est la structure du concept.

1.2 Le concept déclassé par son auteure

L'histoire savante du concept est brève et elle contient un épisode que l'Institut n'a rencontré nulle part ailleurs dans la littérature psychologique. La « névrose d'abandon » a été introduite par les psychanalystes suisses Charles Odier et Germaine Guex pour désigner un tableau clinique où prédominent l'angoisse de l'abandon et le besoin de sécurité ; Guex lui consacre en 1950 un ouvrage fondateur, né d'une observation clinique parfaitement rigoureuse — des patients dont les symptômes ne correspondaient à aucun modèle diagnostique freudien, et que les cures classiques ne soulageaient pas. Puis vient l'épisode : Guex a précisé, dans une communication personnelle aux auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse, qu'il vaudrait mieux parler de syndrome que de névrose d'abandon — et son ouvrage a été réédité en 1973 sous le titre Le syndrome d'abandon. Vingt-trois ans après l'invention, l'inventrice déclasse : ce qu'elle avait décrit n'était pas une structure autonome, c'était un tableau, un regroupement de signes. La suite s'est faite sans elle. La vulgarisation contemporaine a promu le syndrome au rang de « trouble de la personnalité », c'est-à-dire deux étages au-dessus de la position finale de son auteure — une promotion posthume, prononcée par personne, contre l'avis de la seule autorité que le concept ait jamais eue. L'Institut tient à la précision suivante : rien dans la présente étude ne vise Guex, dont la démarche — décrire ce que les cadres existants n'attrapaient pas, puis rétrograder sa propre description quand sa portée s'est précisée — est exactement ce que la science demande et obtient rarement. C'est la promotion qui est visée. Pas l'œuvre.

1.3 Ce que dit la littérature de la mesure

Puisque le trouble n'a pas de critères, sa fréquence ne peut être approchée que par son substitut mesurable le plus proche : l'attachement anxieux — la dimension d'insécurité caractérisée par l'attente de séparation ou d'abandon, la préoccupation pour la disponibilité d'autrui et l'hyperactivation des conduites d'attachement. Et là, les chiffres publiés composent un tableau que l'Institut reproduit sans le commenter d'abord : 11,3 % dans une grande enquête nationale de comorbidité ; 18 % dans une méta-analyse portant sur trente-trois études ; 25 puis 26 % dans des analyses en profils et en population générale ; 36,9 % dans un échantillon spécifique ; 41,8 % puis 59,5 % dans les deux sous-échantillons d'une même publication. De 11 à 59 pour cent. Un facteur cinq sur le même construit, selon l'instrument, l'échantillon et le seuil. La littérature en tire elle-même la conclusion méthodologique : il n'existe aucun consensus sur le caractère catégoriel ou dimensionnel des phénomènes d'attachement, les mesures dimensionnelles ajustent mieux les données que les catégories, et lorsqu'on mesure un construit continu avec un couperet, la part de variance attribuée à la catégorie est pour partie fallacieuse. Autrement dit, et c'est l'hypothèse centrale du premier volet : la « prévalence de l'abandonnisme » n'est pas un fait de population. C'est un fait d'instrument.

1.4 La question, et le falsificateur

Restent deux questions que le déclassement nosographique ne règle pas, parce que la souffrance, elle, n'est pas déclassable. Un : que fait réellement la réassurance — la chose que ces personnes demandent, que leurs partenaires fournissent, et dont la clinique répète qu'elle ne suffit jamais ? La littérature de la recherche excessive de réassurance contient une définition dont la fin mérite d'être lue deux fois : la tendance stable à solliciter de manière excessive et persistante l'assurance qu'on est aimable, indépendamment du fait qu'une telle assurance ait déjà été fournie. Si la réassurance obtenue ne clôt pas la demande, c'est que la demande n'a peut-être pas la réassurance pour objet. Deux : que cherche alors la demande ? La théorie de l'auto-vérification fournit le candidat — les personnes veulent que les autres confirment la vision qu'elles ont d'elles-mêmes, même négative, parce que la confirmation rend le monde cohérent et prévisible. Une personne dont le modèle interne est « on finit toujours par me quitter » ne chercherait pas à être détrompée mais confirmée ; et un partenaire stable, qui ne confirme rien, laisserait le modèle en suspens — état pire que la confirmation. Le falsificateur, déposé avant la première passation et testé en premier : si la réassurance affective explicite produit une réduction durable de l'anxiété — maintenue à sept jours chez au moins la moitié des sujets —, alors le concept désigne bel et bien un déficit de provision affective, l'hypothèse de l'épreuve tombe, et l'étude paraîtra sous le titre « La Provision ».

Encart — Sur le mot « falsificateur »

Ce mot revient souvent dans le corpus, et il vaut la peine de dire une fois pour toutes ce qu'il fait. Avant de recueillir la moindre donnée, l'Institut écrit noir sur blanc ce qui, s'il apparaît, prouverait que son hypothèse est fausse. Puis il va chercher, exprès. Ce n'est pas une précaution polie : c'est la seule différence entre une étude et une intuition qu'on a habillée de chiffres après coup. Une hypothèse qu'on ne peut pas perdre n'est pas une hypothèse, c'est une conviction. Le falsificateur est le pari qu'on prend contre soi-même avant de savoir qui va gagner.

2. Méthode

2.1 Quatre instruments, une cohorte

1 680 adultes, en couple ou non. Chacun a passé, à quinze jours d'intervalle et dans un ordre contrebalancé, quatre instruments censés identifier « la peur pathologique de l'abandon » : un instrument catégoriel à trois types, un instrument catégoriel à quatre types, une échelle dimensionnelle munie de son seuil clinique publié, et une auto-identification — les critères tels qu'on les trouve en ligne (besoin excessif d'être rassuré, hypersensibilité aux signes de distance, peur de la solitude, alternance de rapprochement et de retrait), suivis de la question « vous reconnaissez-vous ? ». Aucun participant n'a été informé de son classement à aucun des quatre instruments, pour une raison que le Comité a voulue au procès-verbal : informer aurait exigé de choisir un instrument parmi quatre, c'est-à-dire de trancher arbitrairement la question que l'étude pose. Le mot « abandonnique » n'a jamais été prononcé devant un participant.

2.2 La réassurance scriptée

Les 412 participants aux scores les plus élevés (tercile supérieur de l'échelle dimensionnelle, en couple depuis six mois au moins) ont été répartis en deux bras. Bras affectif : le partenaire, volontaire et formé, délivre à un moment convenu une réassurance explicite et personnalisée — l'engagement, l'attachement, l'absence d'intention de partir — en version brève ou étendue selon tirage. Bras procédural (n = 206) : le partenaire délivre non pas une déclaration mais un protocole — ce qui se passera concrètement dans les semaines à venir, ce qu'il fera si un doute survient, comment il préviendra et sous quel délai. Dans les deux bras, l'anxiété d'abandon est mesurée avant, à une heure, à un jour et à sept jours. On note la différence de nature : le bras affectif fournit une promesse, invérifiable par construction ; le bras procédural fournit une prédiction, vérifiable par définition.

2.3 Les deux correspondants

Enfin, le troisième volet : 640 participants (hauts et bas scores appariés) ont entretenu pendant quatorze jours une correspondance écrite avec deux profils animés par des compères formés, présentés comme des participants d'une étude sur « la façon dont les inconnus font connaissance ». Le profil stable répond à délai fixe, chaque jour, à la même heure à trente minutes près. Le profil intermittent répond à intervalle variable — parfois dans l'heure, parfois après deux jours, selon un programme de ratio variable strictement défini à l'avance et identique pour tous. Contenu des réponses égalisé par script. Mesures : inconfort déclaré quotidien, et fréquence de consultation de chaque fil (les « vérifications »), enregistrée par l'application. À la fin, chaque participant a été intégralement débriefé sur l'existence des compères.

2.4 Ce que l'Institut n'a pas fait

Il n'a diagnostiqué personne, le trouble à diagnostiquer n'existant pas — l'étude aurait été courte. Il n'a informé personne de ses scores. Il n'a recommandé à personne de « travailler sur son abandonnisme », formulation qui présuppose l'objet qu'elle prétend traiter. Et il n'a pas mesuré l'enfance des participants : la question des origines — carence, deuil, inconstance parentale — est documentée ailleurs et n'était pas le sujet ; on notera seulement, parce que le contresens est courant, que la littérature de l'attachement désigne l'inconstance des figures parentales, et non leur absence nette, comme le terreau le plus fiable de l'anxiété d'attachement. Ce n'est pas le parent parti qui fabrique la vigilance. C'est le parent intermittent.

2.5 Analyses

Prévalences par instrument avec accords inter-instruments (κ par paires, moyenné) ; trajectoires d'anxiété par bras avec demi-vies estimées ; inconfort et vérifications par profil et par groupe de scores, en interaction ; et le falsificateur testé avant tout le reste, comme il se doit quand on a parié contre soi-même.

3. Résultats

3.1 La prévalence est un choix d'instrument

Sur la même cohorte, le même mois : 12,4 % d'« abandonniques » selon l'instrument catégoriel à trois types ; 19,1 % selon le catégoriel à quatre types ; 33,8 % selon l'échelle dimensionnelle à seuil clinique ; 61,7 % par auto-identification sur les critères tels qu'on les trouve en ligne. Un facteur cinq — exactement l'étalement que présente la littérature réelle. L'accord entre instruments est de κ = 0,21 en moyenne : les quatre instruments sont d'accord sur une chose, pas entre eux. Et parmi les personnes classées par au moins un instrument, 28 % seulement le sont par au moins trois. Le résultat mérite d'être énoncé dans les deux sens. Sens un : la question « combien y a-t-il d'abandonniques ? » n'a pas de réponse, parce qu'elle n'a pas d'objet — elle a un curseur, que chaque instrument pose à un endroit différent d'un continuum réel. Sens deux, et c'est le plus important pour le lecteur qui s'est reconnu dans les critères en ligne : que 61,7 % des gens s'y reconnaissent ne prouve pas que 61,7 % des gens sont malades. Cela prouve que les critères ont été formulés pour être reconnaissables — la peur d'être quitté étant, comme la fatigue et le doute, une expérience de base dont on peut toujours faire un symptôme en la décrivant assez largement.

Planche 81 — prévalence selon l'instrument : 12,4 / 19,1 / 33,8 / 61,7 % sur la même cohorte, κ inter-instruments 0,21
Planche 81 — La prévalence n'est pas un fait de population. C'est un fait d'instrument.

3.2 La réassurance qui ne tient pas : le falsificateur n'a pas touché

Bras affectif : la réassurance fonctionne — à une heure. Réduction de l'anxiété de 38 % à H+1, de 11 % à J+1, de 2 % — non significatif — à J+7 : retour à la ligne de base, le Service du même nom en atteste. Deux précisions donnent au résultat sa portée. D'abord, l'intensité n'achète pas la durée : la demi-vie de l'effet est de 26 heures pour la réassurance brève et de 29 heures pour la version étendue, différence non significative — dire plus, dire mieux, dire plus longtemps ne prolonge rien. Ensuite, le falsificateur : 6 % des sujets seulement maintiennent une réduction à J+7. « La Provision » ne paraîtra pas. Si la demande de réassurance était une demande de provision affective, la provision la comblerait ; elle ne la comble pas, avec une régularité qui exclut le hasard. La demande a un autre objet — et le troisième volet dit lequel.

Planche 82 — réassurance affective : −38 / −11 / −2 % ; réassurance procédurale : −41 / −31 / −24 % — même effet immédiat, seule la procédurale tient
Planche 82 — La différence n'est pas l'intensité. C'est la durée.

3.3 L'inversion : le calme inquiète

Le troisième volet livre le résultat central. Chez les bas scores, tout se passe comme le sens commun le prédit : le correspondant stable est confortable (2,3/10 d'inconfort), l'intermittent est pénible (5,9/10). Chez les hauts scores, l'ordre s'inverse : 5,8/10 d'inconfort face au correspondant stable, 4,1/10 face à l'intermittent — l'interaction est massive. Et le comportement suit : les hauts scores consultent le fil du correspondant stable 11,2 fois par jour, contre 7,4 pour l'intermittent. Ils surveillent davantage celui qui ne donne aucun motif de surveillance. La lecture que l'Institut propose tient dans le vocabulaire de la prédiction : le correspondant intermittent est désagréable mais lisible — son irrégularité est conforme au modèle interne, chaque silence confirme ce qu'on a toujours su, et la confirmation, même douloureuse, rend le monde cohérent. Le correspondant stable ne confirme rien. Il laisse le modèle en suspens, indéfiniment, et le suspens se surveille. On surveille ce qu'on ne comprend pas, pas ce qu'on redoute. Le système ne compare pas le plaisir ; il compare l'incertitude — et pour qui a grandi sous régime intermittent, le calme est la seule langue qu'on ne lui a jamais apprise.

Planche 83 — inversion du confort : hauts scores plus inconfortables avec le profil stable (5,8) qu'avec l'intermittent (4,1), et vérifiant le stable davantage (11,2 contre 7,4 par jour)
Planche 83 — Le stable ne confirme rien : il laisse le modèle en suspens. Et le suspens se surveille.

3.4 Le bras qui console : la prévisibilité s'apprend

Reste le bras procédural, et il change la conclusion de l'étude. À une heure, son effet est identique au bras affectif (−41 contre −38 % : dire ce qui se passera rassure autant que dire qu'on aime). Mais à un jour, l'écart s'ouvre (−31 contre −11), et à sept jours il est béant : −24 % maintenu, contre −2. La promesse s'évapore ; la procédure tient. L'interprétation s'appuie sur le plus beau retournement que la psychologie expérimentale ait produit sur elle-même : un demi-siècle après avoir découvert l'impuissance apprise, ses propres auteurs ont établi que la théorie originale était à l'envers — la passivité face à l'adversité n'est pas apprise, c'est la réponse par défaut, et ce qui s'apprend, corticalement, c'est le contrôle : la détection que les événements sont maîtrisables. Transposé : l'hypervigilance à l'abandon ne serait pas une leçon à désapprendre, mais un défaut sur lequel une leçon manque — la détection de la stabilité. Et une procédure est exactement un matériel d'apprentissage du contrôle : elle transforme le comportement de l'autre en événement prédictible, vérifiable, falsifiable — tout ce qu'une déclaration d'amour, par construction, ne peut pas être. D'où la phrase que l'Institut propose comme conclusion pratique, la seule de l'article : on ne rassure pas quelqu'un en l'aimant plus fort ; on le rassure en devenant prévisible.

4. Discussion

4.1 Une plainte sans trouble

L'étude n°46 avait rencontré, avec le retrait schizoïde, un trouble sans plainte — une structure que la nosographie peine à saisir parce que personne ne s'en plaint. La présente étude, parue dans la même revue, rencontre la figure exactement symétrique : une plainte sans trouble — une souffrance réelle, massivement déclarée, qui ne correspond à aucune entité et dont la « prévalence » varie du simple au quintuple selon le questionnaire. Les deux cas ensemble dessinent une leçon de nosographie que l'Institut formule avec précaution : les classifications attrapent mal ce qui ne se plaint pas, et la vulgarisation fabrique volontiers des entités avec ce qui se plaint beaucoup. Entre les deux, le continuum réel — de l'anxiété d'attachement, dimension documentée, mesurable, distribuée dans toute la population — n'appartient à personne, et c'est peut-être pour cela qu'il est si mal défendu.

« On ne rassure pas quelqu'un en l'aimant plus fort ; on le rassure en devenant prévisible. »

Note de synthèse, Service de la Ligne de Base

4.2 L'épreuve, relue

Le titre peut maintenant être expliqué. Ce que la clinique appelle « tester son partenaire » — la demande de preuve, la mise en situation, parfois la rupture d'essai — apparaît, à la lumière des trois volets, comme une épreuve au sens des matériaux : on charge la poutre pour savoir où elle casse. Mais avec une différence que les données rendent visible : l'épreuve des matériaux a un critère de réussite, et celle-ci n'en a pas. La réassurance obtenue est dévaluée (volet 2) ; la stabilité démontrée augmente l'inconfort au lieu de le réduire (volet 3) ; le test peut donc être répété indéfiniment, non parce que le partenaire échoue, mais parce qu'aucun résultat n'est recevable — le seul verdict qui confirmerait le modèle interne étant la rupture elle-même. Un test dont la seule issue interprétable est l'échec n'est pas un test : c'est une prophétie en cours d'exécution. L'Institut le dit sans juger personne, et surtout pas les intéressés, qui sont les premiers à payer le fonctionnement qu'ils n'ont pas choisi : on ne choisit pas son régime de renforcement d'origine — et l'on notera, en écho à l'étude n°73, que le parent intermittent et le fil recommandé reposent sur le même programme à ratio variable. Ce que l'époque a industrialisé pour l'attention, certaines enfances l'avaient artisanalement produit pour l'attachement.

4.3 Ce que le résultat ne dit pas

Il ne dit pas que la souffrance est imaginaire : l'étude déclasse un mot, pas une douleur — les 412 hauts scores souffrent mesurablement, et c'est précisément parce que leur souffrance est réelle qu'elle mérite mieux qu'une étiquette sans critères. Il ne dit pas que la vulgarisation ment : elle décrit des expériences réelles ; elle leur donne seulement un statut nosographique qu'aucune autorité ne leur a conféré, et des contours si accueillants que s'y reconnaître ne discrimine rien. Il ne dit pas que la réassurance est inutile : elle fonctionne une heure, et il y a des heures qui comptent. Il ne dit pas que les partenaires doivent devenir des automates : la procédure du bras consolant n'exclut pas la tendresse, elle lui ajoute une charpente. Et il ne prescrit rien à la personne qui se reconnaît dans ces pages — sinon, peut-être, de remplacer une question sans réponse (« suis-je abandonnique ? ») par une question qui en a une : qu'est-ce qui, dans ma relation, est prévisible, et qu'est-ce qui ne l'est pas.

5. Limites

La première limite est structurelle : l'étude mesure l'inexistence d'un trouble avec des instruments qui, pour trois d'entre eux, présupposent son existence — c'est le paradoxe de tout travail sur un construit contesté, et l'Institut le résout comme la littérature : en traitant la discordance des instruments comme le résultat, et non comme le bruit. Deuxième limite : quatorze jours de correspondance simulée ne sont pas une relation, et l'inversion du confort demanderait à être retrouvée en couples réels — le falsificateur de la prochaine étude du domaine est déposé : si, en suivi longitudinal de couples constitués, les hauts scores ne montrent ni surveillance accrue du partenaire stable ni apaisement paradoxal sous instabilité, l'inversion était un artefact de laboratoire, et l'étude paraîtra sous « Le Terrain ». Troisième : le bras procédural était bref ; on ignore si la procédure tient à trois mois, ou si elle devient elle-même une réassurance à dévaluer — l'Institut penche pour la première hypothèse, au motif qu'une prédiction vérifiée n'a pas besoin d'être crue, mais il le dit au conditionnel. Quatrième : les hauts scores de l'étude sont des hauts scores d'échelle, pas des patients ; la généralisation aux tableaux cliniques sévères — où la peur d'abandon s'inscrit dans le trouble borderline constitué — n'est ni faite ni permise. Cinquième : les compères, si formés soient-ils, savaient ; l'aveugle parfait n'existe pas dans une correspondance.

Déclarations

Approbation éthique. Le Comité a approuvé le protocole au titre de l'article 7, avec quatre exigences : que le mot « abandonnique » ne soit jamais prononcé devant un participant ; qu'aucun participant ne soit informé de son classement à aucun instrument — informer aurait exigé de choisir un instrument parmi quatre, et le Comité a refusé de trancher à la place de la nosographie ce que la nosographie n'a pas tranché ; que les compères du troisième volet soient intégralement révélés au débriefing ; et que les partenaires du deuxième volet soient volontaires, formés, et libres d'interrompre. La Pr Bonnefoy-Tissot a demandé si le Service de la Ligne de Base accepterait un détachement de longue durée ; la demande a été consignée, et sa présence également.

Consentement. Les 1 680 participants ont consenti à « une étude sur la manière dont on se sent dans les liens », formulation exacte et volontairement plate. Le débriefing final a présenté les quatre classements sans en communiquer aucun, et expliqué pourquoi.

Contributions. E. Dubuisson a dirigé l'Observatoire des Instruments Discordants et soutient que la moitié des débats en psychopathologie sont des débats de couperet déguisés en débats d'objet. N. Aydin a conçu le protocole de réassurance scriptée et l'Unité de la Demande Répétée, dont elle précise que le nom décrit le phénomène étudié et non le fonctionnement du service. L. Van Acker a dirigé le Service de la Ligne de Base et les analyses de demi-vie, et fait remarquer que son service est le seul de l'Institut dont les résultats sont garantis. R. Steenput-Marini a conduit le volet des deux correspondants et conservé la formule de la surveillance. Le Dr K. Osei-Mensah a conduit les modèles, exigé que les quatre prévalences soient publiées dans la même taille de police au motif qu'aucune n'est « le » chiffre, et versé au registre des choses qui l'inquiètent modérément un κ inter-instruments de 0,21 assorti de la mention « c'est peu, même pour des instruments qui ne mesurent pas la même chose, ce qui est précisément la question ». Mme É. Beaumont-Schiavetti a versé une note rappelant que le seul précédent connu d'elle d'un objet déclassé par ses propres découvreurs est une planète, et que l'astronomie s'en est remise. Le correspondant de l'Institut a exigé que le falsificateur soit testé avant tout autre calcul, ce qui a été fait, et a demandé que Germaine Guex soit citée « comme un exemple, pas comme une cible », ce qui a été fait aussi. Le Conseiller Clinique a fourni la revue de littérature source et le matériau clinique de l'annexe B, et a demandé que l'étude ne diagnostique personne — y compris les personnes décrites dans les récits —, ce qui a été fait.

Conflits d'intérêts. Les auteurs déclarent avoir tous, au moins une fois, fourni une réassurance qui n'a pas tenu sept jours, et considèrent que cette expérience relève de la formation continue. Le Service de la Ligne de Base déclare un intérêt structurel au retour des choses à leur état initial.

Disponibilité des données. Les quatre instruments, les scripts de réassurance et le programme de ratio variable des correspondants sont disponibles sur demande motivée. Les classements individuels ne sont disponibles pour personne, participants compris — pour la raison énoncée au protocole : les communiquer reviendrait à choisir l'instrument qui a raison, et l'étude établit qu'aucun ne l'a.

Références

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  11. van IJzendoorn, M. H. et Bakermans-Kranenburg, M. J. (1996-1999). Méta-analyses de la distribution des styles d'attachement adultes (33 études). Distribution globale : 58 % sécure, 24 % évitant, 18 % préoccupé.
  12. American Psychiatric Association (2022). DSM-5-TR — trouble de la personnalité borderline (critère 1) ; trouble de la personnalité dépendante. Le « trouble de la personnalité abandonnique » n'y figure pas.

Annexe A — Les quatre instruments et les deux correspondants

Instrument 1, catégoriel à trois types : classement forcé sécure / évitant / anxieux, l'« abandonnisme » étant assimilé au type anxieux. Instrument 2, catégoriel à quatre types : sécure / préoccupé / détaché / craintif, l'« abandonnisme » couvrant préoccupé et craintif. Instrument 3, dimensionnel à seuil : échelle d'anxiété d'attachement en dix-huit items, seuil clinique publié par les auteurs de l'échelle. Instrument 4, auto-identification : les six critères de la vulgarisation (besoin excessif de réassurance, hypersensibilité aux signes de distance, peur de la solitude, alternance rapprochement-retrait, faible estime de soi, interprétation excessive des gestes d'autrui), puis « vous reconnaissez-vous dans cette description ? » en oui/non. Les deux correspondants : programme du profil stable — réponse quotidienne, délai fixe de 24 h ± 30 min ; programme du profil intermittent — délais tirés d'une distribution à ratio variable (1 h à 52 h), moyenne égalisée sur les quatorze jours, contenu scripté identique en chaleur et en longueur. Interdits du protocole : aucune communication de classement ; aucun emploi du mot « abandonnique » ; aucune interprétation des vérifications communiquée aux participants ; débriefing intégral obligatoire.

Annexe B — Trois récits

Détails modifiés, séquences conservées. Aucune des personnes décrites n'est diagnostiquée, ni ici ni ailleurs.

Homme, la relation de quatre semaines. L'épreuve vécue de l'autre côté.

« À deux semaines, elle m'a dit : je t'aime bien, et je voulais être sûre que c'est réciproque, que tu ne comptes pas te moquer de moi. J'ai répondu que ce n'était pas mes habitudes, et que tout allait bien, non ? Elle a dit : j'ai besoin d'être rassurée. J'ai dit : je te rassure. [un temps] Je me disais : voilà quelqu'un qui a besoin de stabilité, et de la stabilité, j'en ai à revendre. Il n'y a pas plus prévisible que moi. C'était le profil parfait, pensais-je — elle avait besoin d'un roc, j'étais un roc. Deux semaines plus tard, elle m'a quitté : tout allait trop vite, elle devait se recentrer. J'ai dit que je respectais sa décision. Elle m'a demandé si je n'étais pas fâché. Je n'étais pas fâché. J'étais surpris, et je l'ai très mal vécu, mais je n'étais pas fâché. [silence] Le lendemain, dix-sept appels en absence pendant mes heures de travail. Et un message me prévenant de ce qui allait s'activer chez elle si je ne répondais pas. J'ai bloqué le numéro. [question du clinicien : avec le recul ?] Avec le recul, je crois que je n'ai jamais compris ce qui était testé. Je pensais qu'on testait ma stabilité. Mais ma stabilité, c'est peut-être ça qui ne passait pas le test. »

Femme, hauts scores. Sur le calme.

« Le dernier, il était gentil. Vraiment gentil — constant, à l'heure, pas de jeux. Tout le monde me disait : c'est ce qu'il te faut. Et moi je n'arrivais pas à me poser. Je vérifiais son téléphone des yeux, je relisais ses messages en cherchant... je ne sais pas quoi. Le truc caché. Avec les autres, ceux qui soufflaient le chaud et le froid, au moins je savais lire. Un silence, je savais ce que ça voulait dire. Un retard, je savais. Lui, il ne donnait aucun signe — et c'est ça qui m'a fait partir, je crois : je ne savais pas lire le calme. [question du clinicien : et aujourd'hui ?] Aujourd'hui je sais que le problème n'était pas qu'il cachait quelque chose. C'est que moi, je n'avais pas la langue. On m'a appris à lire l'orage. Personne ne m'a appris à lire le beau temps. »

Femme, bras procédural. Le mode d'emploi.

« Il ne m'a pas fait de déclaration. Il m'a écrit — écrit, sur une feuille — ce qui se passerait : quand il me donnerait des nouvelles en déplacement, ce qu'il ferait si un jour il doutait de nous, dans quel ordre, et le délai avant de m'en parler. Une procédure, quoi. [rire] J'ai ri, sur le moment. Et puis j'ai arrêté de rire, parce que les semaines ont passé et que la feuille disait vrai — chaque fois, elle disait vrai. Aucune déclaration ne m'a jamais fait cet effet-là. Les déclarations, je les usais en trois jours ; il fallait recommencer. La feuille, je ne l'use pas : elle se vérifie toute seule. [question du clinicien : où est-elle ?] Dans mon portefeuille. J'avais enfin le mode d'emploi. Pas le sien — le mien. »