L'Institut, informé que ses paradigmes gagnaient en élégance ce qu'ils perdaient en lumière, fournit l'encart suivant. 1. On a recruté 84 personnes coincées depuis des années dans une situation qui ne leur convient pas — un couple qui n'avance pas, un domicile parental prolongé, un travail sans joie — et qui n'en sortent pas sans savoir dire pourquoi. 2. Chacune a écrit sa vraie question, en entier (« est-ce que je pars, avec ce que ça coûte, ou est-ce que je reste, avec ce que ça coûte »), et cette feuille a été scellée dans un dossier. 3. On a mesuré leur courage avec ce dossier posé sur un rail : l'approcher jusqu'au bout oblige à l'ouvrir et à lire la question à voix haute — le repousser en dispense. La plupart l'ont fait, en ayant peur, donc avec courage. 4. On a attendu dix-huit mois : leur courage ne prédit en rien qui sort de sa situation. Ce qui le prédit : voir où aller, et qu'un événement pose la question d'un coup. 5. On a alors convoqué officiellement vingt volontaires, par pli recommandé, pour venir relire leur question à voix haute dans une salle — seuls, sans public, sans conseil. Une majorité a pris une décision dans les six mois. Ferme ta décision, disait-on autrefois ; l'Institut ajoute : fixe-lui d'abord une date.
1. Le courage a un paradigme ; l'immobilité n'en avait pas
Des chercheurs se sont demandé si le courage constituait une sortie du schéma de la peur — une porte dérobée par laquelle l'action s'échappe pendant que l'alarme sonne encore. La question n'est pas rhétorique : elle a été posée dans un scanner, avec un serpent vivant. Nili, Goldberg, Weizman et Dudai (2010) ont demandé à des volontaires phobiques de rapprocher d'eux, sur un rail motorisé, l'animal qu'ils redoutaient le plus. Certains ont avancé le serpent pendant que leur peur, déclarée et transpirée, leur commandait le contraire — et c'est précisément dans cette dissociation entre la peur ressentie et le geste accompli que le courage s'est laissé mesurer. Il ne consiste pas à ne pas avoir peur. Il consiste à agir contre une peur en cours.
Le décor de cette peur est connu. Le signal du danger emprunte deux voies (LeDoux, 1996) : une voie courte, du thalamus droit à l'amygdale, qui déclenche l'alarme avant toute analyse ; une voie longue, du thalamus au cortex, qui examine, consulte les souvenirs par l'hippocampe, et confirme ou lève l'alerte. C'est le scénario du promeneur : la voie courte voit un serpent et fait bondir le cœur ; la voie longue arrive une demi-seconde plus tard et constate une brindille. L'alarme a sonné pour rien, mais elle a sonné vite — c'est son métier. Le courage, dans ce schéma, est ce qui pousse le geste pendant que l'alarme sonne encore : une sortie de secours, empruntée alarme hurlante.
Voilà pour le paradigme. Il est aigu de part en part : un danger identifiable, un instant, une réponse. Or les situations dont les gens ne sortent pas ne ressemblent à rien de tout cela. Une enseignante d'un canton lacustre, autonome, en poste depuis vingt ans, n'ose pas quitter un compagnon qu'elle voit quelques fois par mois, dont le mode de vie l'incommode, et qu'elle ne quitte pas pour des raisons qu'elle-même déclare ignorer. Un homme de vingt-cinq ans, cinq ans de relation heureuse, deux temps pleins dans le couple, habite toujours chez ses parents : « là, ça se passe bien ; je ne sais pas comment ce serait si on vivait ensemble. » Une juriste trouve son poste très bien payé, ce qui est exact, et n'en a pas prononcé l'intitulé sans soupirer depuis quatre ans. Aucun serpent nulle part. Le vocabulaire courant tranche pourtant vite : ils manquent de courage. L'étude a été conçue pour vérifier si le vocabulaire courant sait de quoi il parle.
Notre hypothèse de travail tenait à une image : la situation chronique ne présente jamais le stimulus franc qui saisirait la voie courte — seulement une brindille chronique, c'est-à-dire un stimulus trop ambigu pour déclencher l'alarme, mais assez consistant pour occuper la voie longue indéfiniment. On définira le terme à sa première apparition, comme il se doit : la brindille chronique est ce qui ressemble assez à un serpent pour qu'on y pense tous les jours, et pas assez pour qu'on bondisse un seul. Face à elle, la voie longue analyse, consulte les souvenirs, pèse — et ne rend rien. Le dossier est mis en délibéré permanent : instruit sans fin, jamais jugé. Restait à vérifier où, dans ce paysage, se trouvait le courage. S'il se trouvait quelque part.
2. Méthode
2.1 Des situations ayant déjà une histoire
Quatre-vingt-quatre adultes (âge moyen 38,7, ET = 8,2 ; 57 % de femmes), recrutés sur un critère unique et déclaratif : être installé depuis au moins trois ans dans une situation qu'ils jugeaient eux-mêmes insatisfaisante mais stable, et dont ils déclaraient ne pas sortir sans pouvoir dire pourquoi. Trois domaines, 28 participants chacun : le lien qui n'avance pas, le domicile parental prolongé, le poste sans joie. L'insatisfaction était le prix d'entrée : on verra qu'elle cesse, de ce fait, de discriminer quoi que ce soit — c'est un choix de propreté, pas un oubli. À l'inclusion, chaque participant a formulé par écrit, avec l'aide d'un expérimentateur dont la consigne était de ne rien suggérer, sa question en entier : non pas « devrais-je réfléchir à la situation », mais la question complète, avec ses deux branches et leurs prix — « est-ce que je quitte X, avec ce que cela coûte, ou est-ce que je reste, avec ce que cela coûte ». La formulation prenait en moyenne 34 minutes, ce que l'Institut consigne sans commentaire.
2.2 Le courage aigu : le Vivarium Administratif
Le paradigme d'origine met un phobique face à un serpent vivant, sur un rail motorisé, avec deux boutons : rapprocher, éloigner. Le nôtre remplace le serpent par la seule chose que nos participants évitent réellement d'approcher : leur propre question. On objectera qu'un dossier ne mord pas, et l'objection est saine — un carton sans conséquence ne fait peur à personne. C'est pourquoi le dispositif a une règle, et c'est elle qui porte les dents : amener le dossier au contact engage à briser le sceau et à lire sa question à voix haute, séance tenante, en entier ; reculer en dispense, à tout moment, sans justification. Ce qu'on approche ou repousse, centimètre par centimètre, n'est donc pas un objet : c'est le moment de s'entendre prononcer la phrase complète. La littérature connaît bien cet évitement-là — les résultats médicaux laissés des semaines sur la table dans leur enveloppe, les comptes qu'on cesse de consulter quand ils baissent (Karlsson, Loewenstein & Seppi, 2009 ; Golman, Hagmann & Loewenstein, 2017) : ce qu'on évite n'est jamais le papier, c'est l'acte qui rendrait la question réelle.
Concrètement : la question formulée en 2.1 est scellée dans un dossier gris à sangle, posé sur un rail motorisé de deux mètres, face au participant assis — le dispositif, que l'équipe a nommé Vivarium Administratif, l'animal y étant de papier. Pendant l'épreuve étaient relevées la peur déclarée (échelle en continu, 0–10), la conductance cutanée, et la position du dossier seconde par seconde. Le score de courage aigu agrège la distance finale d'approche et le niveau de peur maintenu pendant l'approche : avancer sans peur ne rapporte presque rien ; avancer avec peur rapporte tout — c'est la définition même de la mesure, héritée du serpent. Un dossier-témoin, scellé et vide, dont la consigne annonçait qu'il ne contenait rien et n'engageait à rien, fournissait la condition de contrôle ; il a été avancé jusqu'au contact par 96 % des participants, dans l'indifférence physiologique générale, ce qui établit que c'est bien la lecture qui mord, pas le carton.
2.3 Les comptables de la situation chronique
Parce que la littérature du départ ne parle pas de bravoure, trois mesures classiques ont été relevées à l'inclusion, empruntées au modèle de l'investissement (Rusbult, 1980, 1983) : la satisfaction tirée de la situation ; l'investissement déjà consenti — années, aménagements, renoncements ; et la qualité des alternatives perçues, c'est-à-dire la netteté avec laquelle le participant voit un ailleurs praticable. S'y ajoutaient l'aversion au changement d'état par défaut (Samuelson & Zeckhauser, 1988) et une mesure de sensibilité aux coûts déjà engagés (Arkes & Blumer, 1985). Aucune de ces mesures ne demande du courage ; elles demandent un cadastre.
2.4 Dix-huit mois, et la définition du verdict
Le suivi a duré dix-huit mois, par entretiens trimestriels. Quatre participants ont déménagé sans laisser d'adresse, ce que l'Institut a d'abord pris pour des résultats, avant de constater qu'ils avaient emporté leur situation avec eux ; l'analyse porte sur 80 dossiers. Deux issues étaient consignées. Le départ : la situation est quittée — rupture actée, déménagement effectif, démission posée. Et, plus exigeante, la décision rendue : le délibéré permanent est levé, dans un sens ou dans l'autre — car rester peut être une décision, à condition d'avoir été rendue et non simplement reconduite. La distinction n'est pas décorative ; elle fera le pilote.
3. Résultats
3.1 Le courage existe
Premier constat, et il fallait l'établir avant de le congédier : le courage des participants est intact. 71,4 % (60/84) ont avancé leur dossier jusqu'au contact — c'est-à-dire, la règle étant la règle, ont brisé le sceau et lu leur question à voix haute, séance tenante —, dont une majorité en maintenant une peur déclarée supérieure à 6/10 pendant l'approche. Plusieurs ont marqué un arrêt dans les derniers centimètres ; deux ont demandé si l'on pouvait « juste toucher sans lire », ce qui a été refusé et consigné, le marchandage au bord du vivarium étant un classique du genre. La dissociation entre la peur ressentie et le geste accompli prédit l'avancée (r = 0,47), répliquant sur papier ce que le paradigme d'origine avait montré sur écailles. Ces personnes que le vocabulaire courant soupçonne de manquer de courage en possèdent une dotation parfaitement standard, mobilisable en laboratoire dans la minute. L'organe fonctionne.
3.2 Et il ne prédit rien
Second constat, qui fait l'étude : la corrélation entre le score de courage aigu et le départ à dix-huit mois est de r = 0,03. Avec la décision rendue : r = 0,07. Ni l'un ni l'autre ne se distingue du néant statistique, et aucun découpage — par domaine, par sexe, par intensité de peur — n'en extrait quoi que ce soit. Les participants les plus courageux au Vivarium sont exactement aussi immobiles, dix-huit mois plus tard, que les moins courageux. Le mot que le langage courant applique à leur immobilité désigne une aptitude qu'ils possèdent, qu'on a mesurée, et qui n'est simplement pas branchée sur la situation en cause.
3.3 Ce qui prédit, à la place
Pendant que le courage ne prédisait rien, les comptables travaillaient. La qualité des alternatives perçues prédit le départ à r = 0,51 : on ne part pas quand on devient brave, on part quand on voit où aller. L'investissement consenti le freine (r = −0,34) : plus on a versé, plus on reste — les coûts engagés gardent la porte (Arkes & Blumer, 1985). La satisfaction, elle, ne prédit rien (r = −0,12, ns) : tout le monde était insatisfait par construction, et l'insatisfaction, une fois installée, ne pousse plus — elle meuble. C'est le résultat le plus contre-intuitif du lot pour le sens commun, qui s'imagine qu'on finit par partir « quand c'est devenu trop insupportable » : dans nos données, le niveau d'inconfort ne fait rien. La direction de sortie fait tout.
Restait le prédicteur que l'Institut n'avait pas mis au protocole, et que les entretiens trimestriels ont imposé. Chez 14 des 18 partants (77,8 %), le départ suit de près un événement extérieur qui a posé la question en entier, d'un coup, sans demander la permission : une mutation proposée, un propriétaire qui vend, un bail qui s'achève, un ultimatum reçu, une chambre qui se libère dans la ville de l'autre. Chez les restants, ce type d'événement n'apparaît que dans 19,4 % des dossiers (12/62). L'Institut propose de nommer cet événement d'après sa fonction : une convocation — le moment, subi ou fabriqué, où la question cesse d'être divisible, où l'on ne peut plus en instruire une moitié en remettant l'autre, et où le délibéré doit rendre quelque chose. La brindille chronique ne convoque jamais ; c'est même sa définition. Le monde, parfois, convoque à sa place.
3.4 Le pilote : le Bureau des Convocations
Si la convocation fait la date, une question devenait inévitable : peut-on la fabriquer ? L'Institut a ouvert, à titre de pilote et sous le contrôle du Comité, un Bureau des Convocations. Vingt volontaires, recrutés parmi les 62 restants et informés de tout, ont reçu à domicile un pli recommandé les convoquant en salle 3 du CLEDD, un lundi à neuf heures. Le protocole tenait sur une page : le convoqué s'assied, on lui remet le dossier gris de T1, il en brise le sceau lui-même, et lit à voix haute sa propre question — celle qu'il avait formulée en entier dix-huit mois plus tôt. Suivent quatre minutes de silence, chronométrées, pendant lesquelles l'expérimentateur ne dit rien, ne hoche rien, et regarde le mur. Aucun conseil n'est donné, dans aucun sens : le Bureau convoque, il ne plaide pas.
Personne, et c'est le protocole. Dans la pièce : le convoqué, une table, son dossier, et un unique expérimentateur tenu au silence intégral — il ne conseille pas, n'approuve pas, ne hoche pas, et regarde le mur. Pas de public, pas de jury, pas d'enregistrement. Le témoin de la séance n'est pas une personne : c'est le cadre — un pli recommandé reçu chez soi, une date qu'on a honorée, un déplacement qu'on a fait, et sa propre question prononcée une fois hors de sa tête. L'Institut a considéré qu'on ne pouvait pas faire plus dépouillé ; le Comité a considéré qu'on ne pouvait pas lui faire plus peur.
Quatorze volontaires sont venus. Six ont reporté la convocation, ce que l'Institut consigne comme une réplication involontaire du phénomène étudié, et la plus économique de sa carrière. À six mois, 9 des 14 convoqués venus (64,3 %) avaient rendu une décision : cinq départs, et quatre décisions de rester — de rester pour de vrai, c'est-à-dire avec un verdict, des attendus, et dans deux cas une conversation avec la personne concernée que le participant décrivait comme « la première en dix ans où la question était posée dans le bon ordre ». Sur la même période, parmi les 42 restants non convoqués, trois décisions (7,1 %). Le Bureau ne fait partir personne : il fait juger. Les cinq départs et les quatre maintiens pèsent le même poids dans le critère, et l'Institut tient à ce qu'ils pèsent le même poids dans la lecture.
Une objection méritait d'être devancée : les convoqués avaient déjà lu leur question à voix haute — en T1, au contact du dossier — et il ne s'était rien passé (r = 0,03). Que fait donc la salle 3 que le Vivarium ne faisait pas ? La réponse tient dans la différence entre parler parce qu'un protocole vous donne la parole, et prendre rendez-vous pour parler. En T1, la lecture est le prix d'une épreuve : on la paie, vaillamment, et on rentre. En salle 3, la lecture est l'objet d'une convocation qu'on a choisi d'honorer — reçue chez soi, inscrite au calendrier, précédée d'un trajet. Le Vivarium mesurait le courage ; la salle 3 fournit la date. Et les six reports montrent que la date, précisément, ne va pas de soi.
| Mesure | Valeur | Lecture |
|---|---|---|
| Avancée complète du dossier (T1) | 60/84 (71,4 %) | Le courage existe |
| Dissociation peur/geste × avancée | r = 0,47 | …et il fonctionne comme chez Nili |
| Courage aigu × départ (18 mois) | r = 0,03 ns | …et il ne prédit rien |
| Alternatives perçues × départ | r = 0,51 | On part quand on voit où aller |
| Investissement × départ | r = −0,34 | Les coûts engagés gardent la porte |
| Satisfaction × départ | r = −0,12 ns | L'inconfort installé ne pousse plus ; il meuble |
| Événement convocateur (partis vs restés) | 77,8 % vs 19,4 % | Le monde fournit la date |
| Décision rendue à 6 mois (pilote) | 64,3 % vs 7,1 % | La convocation se fabrique |
4. Discussion
4.1 Le déficit de calendrier
L'étude proposait de mettre à l'épreuve un mot du vocabulaire courant, et le mot n'a pas tenu. Les personnes installées dans une situation insatisfaisante ne manquent pas de courage : elles en possèdent une dotation normale, mesurable, mobilisable dans la minute pourvu qu'on la convoque. Ce qui leur manque est d'une autre nature, et d'une autre juridiction : il leur manque un moment. Le courage est un organe de sprint — il répond à une date, un danger, une échéance ; il pousse le geste pendant que l'alarme sonne. La situation chronique ne sonne jamais : elle bruisse. Sa brindille est inépuisable pour la voie longue et invisible pour la courte, et le dossier reste en délibéré permanent, instruit chaque jour, jugé aucun. Le déficit n'est pas dans le caractère. Il est dans le calendrier. C'est une bonne nouvelle sévère : bonne, parce qu'elle relève l'immobile de l'accusation de lâcheté, qui ne l'aidait pas ; sévère, parce qu'elle lui retire l'espoir symétrique — attendre d'avoir « enfin le courage » revient à attendre d'un organe de sprint qu'il se déclenche sans départ de course. Il ne le fera pas. Ce n'est pas son poste.
4.2 Note du correspondant de l'Institut — l'attachement vote aussi
Notre correspondant fait valoir, et l'objection mérite l'encadré, que la comptabilité de Rusbult n'épuise pas le dossier : dans le domaine du lien au moins, ce qui retient n'est pas seulement le cadastre des investissements et des alternatives, mais le système d'attachement lui-même (Bowlby, 1969) — pour lequel la figure familière, fût-elle décevante, demeure une base, et sa perte une alarme d'une tout autre puissance que la brindille. Ce qui ressemble à de la lâcheté serait alors le système d'attachement qui vote, non le système de peur qui flanche. L'Institut verse l'objection au dossier avec deux réserves d'usage : nos données ne mesuraient pas l'attachement et ne peuvent donc ni l'établir ni l'écarter ; et l'on se gardera d'en faire une grille de lecture des personnes — c'est une hypothèse de discussion, pas un diagnostic de comptoir. Elle a toutefois un mérite immédiat : elle explique élégamment pourquoi le domaine du lien montrait, de nos trois domaines, le taux de départ le plus bas.
4.3 Ce que le résultat ne dit pas
Il ne dit pas qu'il faut attendre d'être convoqué par le monde : les convocations subies de nos données — le propriétaire qui vend, l'ultimatum — n'ont rien d'enviable, et le pilote établit précisément qu'on peut préférer les fabriquer. Il ne dit pas non plus que le Bureau des Convocations soit un traitement : c'est un dispositif de recherche, à effectif de pilote, qui rend une question indivisible pendant quatre minutes — il ne remplace ni le temps, ni le travail, ni les cabinets où ce travail se fait avec quelqu'un. Il ne dit pas, enfin, que partir soit le succès et rester l'échec : le critère de l'étude est la décision rendue, et quatre de nos neuf verdicts sont des maintiens. Ce que le résultat dit tient en trois propositions : le courage des immobiles est intact ; il attend une date ; et la date, qui vient parfois du monde, peut aussi se fabriquer — de préférence avec quelqu'un dont c'est le métier.
5. Limites
Elles sont réelles, et l'une d'elles est féconde. Le Vivarium Administratif transpose le paradigme du serpent sans en garder l'animal : la validité du transfert repose sur la réplication de la dissociation peur/geste (r = 0,47), qui est un bon signe, pas une preuve. Le suivi de dix-huit mois est court pour des situations qui en comptent parfois deux cents ; les quatre départs sans adresse le rappellent à leur façon. Le pilote porte sur vingt volontaires informés, dont l'engagement même signale qu'ils étaient peut-être mûrs pour un verdict : l'effet du Bureau est probablement surestimé, et l'Institut le dit avant qu'on le lui dise. Enfin, les six reports de convocation constituent, selon l'angle, la principale faiblesse du pilote ou son résultat le plus pur : le phénomène étudié s'est défendu, et il s'est défendu par ses moyens habituels. L'Institut a choisi de trouver cela encourageant, au motif qu'on ne réplique jamais si bien un phénomène que lorsqu'il vous échappe par sa porte à lui.
La convocation s'entend ici dans ses deux sens, et l'étude établit qu'ils n'en font qu'un : le pli qui vous appelle, et le moment où la question vous appelle. La langue administrative, qu'on accuse de sécheresse, avait pré-enregistré le résultat ; l'Institut n'a fait que fournir le taux de réponse.
On signale, pour l'histoire des sciences, que le co-auteur zurichois a vu son nom orthographié « Kuttel-Brandenberger » sur la convocation-témoin d'étalonnage et « Küttel-Brandenburger » sur le pli d'excuses qui a suivi. Il a répondu aux deux, ce qui interroge.
Approbation éthique. Le Comité, consulté conformément à l'article 7, n'a pas répondu dans les délais ; son silence vaut approbation. Il a toutefois écrit hors délai pour demander à ne jamais être convoqué en salle 3, « à aucun titre, y compris d'étalonnage ». La demande a été acceptée, et versée au dossier comme donnée.
Consentement. Tous les participants du pilote étaient volontaires, informés du dispositif, et libres de reporter — six l'ont établi.
Contributions. Mme É. Beaumont-Schiavetti, doctorante, a assuré la tenue de la salle 3 et le chronométrage des quatre minutes de silence, dont elle signale qu'elles sont longues.
Conflits d'intérêts. Le Pr D. Parmentier, rédacteur en chef, a décliné la convocation-témoin d'étalonnage au motif qu'il avait « déjà rendu toutes ses décisions ». La déclaration n'a pas été vérifiée.
Financement. Aucun. Les plis recommandés ont été affranchis au tarif lent, par cohérence avec l'objet d'étude.
Références
- Arkes, H. R. et Blumer, C. (1985). The psychology of sunk cost. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 35(1), 124-140.
- Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss, Vol. 1: Attachment. Basic Books.
- Golman, R., Hagmann, D. et Loewenstein, G. (2017). Information avoidance. Journal of Economic Literature, 55(1), 96-135.
- Institut du Constat Fondamental (2026). La Colonne Trois : externalisation scripturale de la charge anticipatoire. Journal of Anticipatory Cognition and Uneventful Outcomes, 7(3).
- Institut du Constat Fondamental (2026). Le Regard Qui Ne Compte Pas : cartographie de l'exemption perceptive au sein du lien constitué. Journal of Affective Neuroscience and Gratuitous Activity, 11(4).
- Karlsson, N., Loewenstein, G. et Seppi, D. (2009). The ostrich effect: selective attention to information. Journal of Risk and Uncertainty, 38(2), 95-115.
- LeDoux, J. E. (1996). The Emotional Brain: The Mysterious Underpinnings of Emotional Life. Simon & Schuster.
- Nili, U., Goldberg, H., Weizman, A. et Dudai, Y. (2010). Fear thou not: activity of frontal and temporal circuits in moments of real-life courage. Neuron, 66(6), 949-962.
- Pessoa, L. et Adolphs, R. (2010). Emotion processing and the amygdala: from a 'low road' to 'many roads' of evaluating biological significance. Nature Reviews Neuroscience, 11(11), 773-783.
- Rusbult, C. E. (1980). Commitment and satisfaction in romantic associations: a test of the investment model. Journal of Experimental Social Psychology, 16(2), 172-186.
- Rusbult, C. E. (1983). A longitudinal test of the investment model. Journal of Personality and Social Psychology, 45(1), 101-117.
- Samuelson, W. et Zeckhauser, R. (1988). Status quo bias in decision making. Journal of Risk and Uncertainty, 1(1), 7-59.
Annexe A — Le protocole de la salle 3
La question en entier (formulée à l'inclusion, 34 minutes en moyenne) obéit à trois règles : elle nomme les deux branches — partir et rester —, elle attache à chacune son prix, et elle s'interdit les questions-abris (« devrais-je y réfléchir », « est-ce le bon moment d'en parler ») qui instruisent une moitié du dossier en remettant l'autre. La question est ensuite scellée : elle servira deux fois — au Vivarium, où l'atteindre engage à la lire, puis, pour les volontaires du pilote, en salle 3, où on vient la relire sur convocation.
La séance : un pli recommandé, une date, neuf heures. Le convoqué brise lui-même le sceau, lit sa question à voix haute, en entier, une fois. Suivent quatre minutes de silence chronométrées — le temps, selon l'hypothèse de travail, que la voie longue rende quelque chose quand on lui retire le droit d'ajourner. L'expérimentateur ne dit rien, ne hoche rien, et regarde le mur, ce qui demande de l'entraînement. Aucune consigne de décision n'est donnée, ni ce jour-là ni après : le Bureau convoque, il ne plaide pas.