Le service de veille verse au dossier la transcription d'un extrait diffusé sur Kvällssoffan, l'émission de plateau du samedi soir de la chaîne suédoise STV, où le Dr Erik Rasmussen, Correspondant International de l'Institut, était invité à s'expliquer sur ses liens avec l'ICF et sur les épisodes ayant, selon la présentation de l'émission, « suscité des interrogations ».
Le Dr Rasmussen n'avait pas informé l'Institut de sa participation. Il n'en a pas davantage informé l'Institut après. La transcription ci-dessous a été établie à partir de la captation publique, traduite du suédois. Une version intégrale en langue originale existe ; on en trouvera la mention en fin de note.
Le service de veille précise qu'il ne partage aucune des conclusions du Dr Rasmussen, ni ne les conteste, n'étant pas mandaté pour cela.
P. — Docteur Rasmussen, vous êtes le Correspondant International d'un institut qui a, disons-le, fait parler de lui. Certains parlent de canular, d'autres de recherche. Vous êtes quoi, au juste ?
R. — Je mesure des choses. C'est ce que je fais depuis trente ans. Avant l'Institut, je mesurais des roues. Des diamètres de roues de trottinette, très précisément — mille deux cent quatre-vingt-quatre, au pied à coulisse. On ne me demande jamais pourquoi. On devrait.
P. — Restons sur l'Institut. Il y a eu cette affaire, l'an dernier — un dispositif automatisé, un clinicien qui a retiré son autorisation. Votre nom est revenu. On a dit que vous étiez à l'origine de la rencontre.
R. — J'ai présenté deux personnes l'une à l'autre. Lors d'un colloque. L'une cherchait à traduire un instrument, l'autre savait le faire. Cela m'a paru utile. (silence.) On m'a dit ensuite que cela avait eu des suites. Je ne les commenterai pas ; elles ne me regardent qu'en partie, et les personnes concernées ont droit à ce que je me taise.
P. — Vous regrettez ?
R. — J'ai dit à l'époque que je ne voyais pas à quel moment j'aurais dû m'y opposer. Je le pense toujours. Mais depuis, l'Institut a publié une étude qui m'a mis mal à l'aise, et je vais vous dire pourquoi, parce que personne ne me l'a demandé et que c'est précisément le genre de chose qu'il faut dire quand on ne vous le demande pas.
P. — Je vous en prie.
R. — L'étude porte sur l'attraction. Sur ce qui fait que deux personnes se choisissent. Et elle établit que ce choix n'est pas le hasard : il suit des régularités, une proximité de manière d'être, quelque chose qui se lit avant les mots. (il marque un temps.) Or présenter deux personnes l'une à l'autre, c'est mon métier accessoire depuis toujours. Dans les colloques, je fais cela sans y penser. « Vous devriez vous parler, tous les deux. » Et souvent, ils se parlent.
P. — Vous voulez dire que vous êtes doué pour ça ?
R. — Je veux dire que je ne sais pas. Et que les deux réponses possibles me déplaisent également. Ou bien je flaire cette proximité sans en avoir conscience — et alors je suis une sorte d'instrument de mesure qui s'ignore, ce qui, pour un homme qui a passé sa vie à réclamer des instruments précis, est une nouvelle désagréable. Ou bien mes présentations réussissent par hasard — et alors ce qui est arrivé après le colloque n'était pas de mon fait, ce qui devrait me soulager, mais me retire aussi le peu de sens que j'accordais à mon geste.
P. — (rires dans le public.) Vous n'avez pas l'air d'un homme soulagé.
R. — Je suis suédois. Nous nous méfions du soulagement. Il précède généralement une facture.
P. — Une dernière question. Vous allez continuer à présenter des gens les uns aux autres, dans vos colloques ?
R. — Non. J'ai cessé. Par prudence statistique. Quand on découvre que le geste qu'on croyait anodin obéit peut-être à des lois, la seule attitude prudente est de suspendre le geste jusqu'à ce qu'on ait compris les lois. Cela peut prendre des années. Je peux attendre.
P. — Et… vous avez déjà présenté deux personnes qui, ensuite, ont fondé quelque chose ensemble ?
R. — (long silence.) Ça, je préfère ne pas le calculer.
Le service note que le Dr Rasmussen n'a, à aucun moment, mentionné le nom de l'Institut de manière défavorable, ni divulgué d'information couverte par la confidentialité. Il note également que la dernière réponse a laissé le plateau silencieux pendant un temps que la régie a jugé bon d'écourter. L'Institut ne dispose d'aucun élément permettant d'établir qui, en son sein, aurait été présenté à qui, ni par qui. Le dossier reste ouvert, faute de raison de le fermer.
La présente note renvoie à l'étude n°49, « L'Appariement Résonant », dont le Dr Rasmussen commente les résultats sans les avoir, à notre connaissance, entièrement lus — ce qui, précise-t-il hors antenne, « ne l'a jamais empêché de mesurer quoi que ce soit ».
Pour le service de veille médiatique,
l'agent de permanence ce samedi-là