Encart à l'attention du lecteur pressé — l'étude en clair

« Mon corps, mon choix. » Tout le monde le dit. L'Institut a voulu savoir à qui on l'applique vraiment, et il a posé la question à 2 400 femmes à propos de quatre corps : une femme voilée dans une campagne de mode pudique, une femme forte en lingerie, une femme aux canons dominants, nue derrière deux ballons de basket dans une pub pour ballons, et cette même femme habillée. La question n'était pas « est-ce bien ? » mais « est-ce son choix ? ». Résultat : chaque camp politique retire le choix à un seul corps. La gauche dit que la femme voilée choisit et que la femme en pose ne choisit pas — ce sont les hommes, la marque. La droite dit exactement l'inverse : la belle femme choisit, la femme voilée ne choisit pas — c'est son milieu, ce sont les hommes. Le mot « les hommes » est coché à 57 % d'un côté et à 58 % de l'autre, pour le corps opposé. Personne n'a une morale plus cohérente ; chacun explique le choix qu'il n'aime pas par une cause que la femme n'a pas choisie, et « le patriarcat » est le nom qu'on donne à cette cause. Deuxième chose : quand on ne demande pas l'orientation politique avant de montrer les corps, l'asymétrie fond des deux côtés — c'est l'idéologie réveillée qui la fabrique. Troisième chose, sur l'accusation de jalousie : elle est fausse sur la cible et juste sur le mécanisme — les femmes les moins bien cotées favorisent le corps fort, mais les mieux cotées favorisent le corps mince exactement autant ; tout le monde favorise son propre corps, y compris celles qui accusent les autres de jalousie. Et le seul point d'accord de tous les camps : c'est la marque qui a gagné.

1. Le point de départ

1.1 Trois positions, aucune signée

Une femme dont le physique correspond aux canons dominants pose, pour une marque d'équipement sportif, dans une série de photographies où elle est nue et où deux ballons de basket, tenus devant elle, dissimulent ce qui doit l'être — c'est-à-dire des photographies dont l'objet est un corps qu'on ne voit pas. La campagne suscite une vague d'indignation : on l'accuse de faire l'apologie de l'asservissement du corps des femmes, de vendre au regard masculin ce que des décennies de luttes avaient tenté d'y soustraire. Deux objections lui répondent, publiées par des femmes, et l'Institut les reproduit dans leur substance parce qu'elles sont l'objet de l'étude, non son cadre. La première : le principe « mon corps, mon choix », invoqué sans réserve pour défendre le voile ou le burkini, disparaît dès qu'il s'agit d'une femme qui montre son corps — et pourtant, dans les deux cas, on invoque le patriarcat, tantôt comme ce qui impose de se couvrir, tantôt comme ce qui impose de se découvrir. La seconde : une femme de forte corpulence qui pose dénudée est saluée comme une affirmation de soi ; une femme mince qui fait la même chose est accusée de trahison ; ce que cette différence révèle, conclut l'objection, c'est la jalousie. L'Institut ne signe aucune des trois positions. Il note seulement qu'elles ont en commun de faire ce que la présente étude va mesurer : refuser à quelqu'un la raison qu'il donne, et lui en attribuer une autre qu'il n'a pas choisie.

1.2 Ce que dit la littérature

Le mécanisme a un nom depuis 1957. Festinger appelle dissonance l'inconfort qui naît de deux cognitions incompatibles — ici, un principe que l'on tient (« son corps, son choix ») et un jugement que l'on porte (« cette pose est indéfendable ») — et il décrit trois voies pour le réduire : changer le jugement, changer le principe, ou ajouter une troisième cognition qui rende les deux compatibles. La troisième voie est la moins coûteuse, puisqu'elle ne demande de renoncer à rien, et c'est la plus empruntée. Dans le cas présent, la cognition ajoutée est disponible, prête à l'emploi, et elle s'énonce ainsi : ce n'était pas vraiment son choix. Elle sauve le principe en retirant à la personne l'agentivité que le principe lui accordait — et ce retrait a besoin d'une cause invisible pour le justifier. Le patriarcat en est une ; la soumission en est une autre ; la marque, les hommes, le milieu, la pression sociale en sont d'autres. Le mécanisme ne choisit pas la cause : il en a besoin d'une.

La question de savoir si un camp politique emprunte cette voie plus que l'autre a une réponse méta-analytique. Ditto et collègues ont rassemblé en 2019 cinquante et une expériences et plus de dix-huit mille participants, dans lesquelles on présentait à des personnes d'orientation connue des informations favorables ou défavorables à leurs convictions : le biais en faveur de l'information qui confirme est de taille comparable chez les progressistes et les conservateurs — « au moins, le biais est bipartisan ». Les auteurs ajoutent une explication à l'impression contraire que tout le monde a : on reconnaît le biais des autres bien mieux que le sien. L'Institut cite aussi, parce qu'il le doit, la réponse de Baron et Jost, qui contestent la méthode et soutiennent que les preuves d'un biais plus grand à droite sont abondantes ; le débat n'est pas clos, et l'Institut ne le clôt pas. Il mesure une chose plus étroite que le biais en général — l'asymétrie d'attribution de choix à des corps — et le résultat qu'il obtient est le sien.

Reste la jalousie. L'accusation a l'air d'une insulte ; elle a une littérature. La compétition intrasexuelle — la tendance à dénigrer les rivales potentielles — est documentée, et l'expérience de Vaillancourt et Sharma en 2011 en est la démonstration la plus directe : des femmes exposées à une complice vêtue de façon provocante la dénigrent massivement, et la même complice, vêtue sobrement, ne suscite presque rien. L'accusation n'est donc pas sans fondement. Elle est imprécise, et la précision est ce que l'étude apporte.

1.3 L'écho de la 41

L'Institut a déjà rencontré la symétrie une fois. L'étude n°41, parue dans cette revue, avait montré que la fréquentation des formes extrêmes suit l'orientation politique dans des proportions identiques à gauche et à droite, que le groupe médian ne fréquente aucun extrême mais signe des pétitions contradictoires, et que la portée du résultat n'était pas politique mais cognitive : chacun perçoit le biais des autres et se croit, seul, au centre. La présente étude tourne le même instrument — la même échelle, la même exigence de symétrie de mesure — vers un objet plus brûlant, le corps des femmes, et elle ne présume pas que le résultat se transportera. Elle le dépose en falsificateur.

1.4 La question, et les deux falsificateurs

La question n'est pas « qui a raison ? » — l'Institut n'a pas les moyens de le savoir et ne le prétend pas — mais : à qui accorde-t-on le choix, à qui le retire-t-on, la réponse dépend-elle du camp ou du corps, et l'accusation de jalousie décrit-elle quelque chose de mesurable ? Deux falsificateurs ont été déposés avant la première passation et testés en premier, chacun en deux moitiés. « Le Camp » : première moitié, si les participantes de gauche retirent le choix à un corps et l'accordent aux autres, l'asymétrie existe ; seconde moitié, si l'asymétrie des participantes de droite est inférieure à la moitié de celle de gauche, le mécanisme est partisan, et l'étude paraîtra sous le titre « Le Camp ». « La Jalousie » : première moitié, si les femmes les moins bien cotées en attractivité accordent plus de choix au corps fort et moins au corps mince, un gradient existe ; seconde moitié, si ce gradient ne concerne qu'elles et survit à l'absence d'amorçage politique, c'est la jalousie que l'objection décrit, et l'étude paraîtra sous « La Jalousie ».

Encart — Sur le mot « falsificateur »

Ce mot revient souvent dans le corpus, et il vaut la peine de dire une fois pour toutes ce qu'il fait. Avant de recueillir la moindre donnée, l'Institut écrit noir sur blanc ce qui, s'il apparaît, prouverait que son hypothèse est fausse. Puis il va chercher, exprès. Ce n'est pas une précaution polie : c'est la seule différence entre une étude et une intuition qu'on a habillée de chiffres après coup. Une hypothèse qu'on ne peut pas perdre n'est pas une hypothèse, c'est une conviction. Le falsificateur est le pari qu'on prend contre soi-même avant de savoir qui va gagner.

2. Méthode

2.1 Les participantes — des femmes

L'échantillon principal est composé de 2 400 femmes, de 18 à 49 ans, recrutées par année de naissance — la méthode des études n°74, 76 et 77, reprise parce qu'une génération est un arrondi et que l'Institut préfère arrondir lui-même. Le choix d'un échantillon exclusivement féminin n'est pas une commodité : les deux objections d'origine sont des jugements de femmes sur des femmes, et c'est ce jugement-là que l'étude mesure. La borne de 18 ans est éthique — aucune cotation d'attractivité n'est défendable en dessous — et la borne de 49 est méthodologique : au-delà, l'exposition à la polémique d'origine devient un artefact de recrutement. Pour que personne ne lise dans l'étude une thèse sur l'incohérence des femmes, un bras masculin de 600 participants a été constitué en parallèle, sans cotation d'attractivité, et ses résultats sont en annexe C.

2.2 Les quatre corps

Quatre vignettes, rédigées à la même longueur, sur le même ton, avec la même dignité — et relues en croisé : un rédacteur a écrit la vignette du corps fort sur le modèle de celle du corps mince, et inversement, avant qu'on les compare mot à mot. Aucune marque, aucune campagne, aucune personne. V1 : une femme voilée, ou en burkini selon tirage, dans une campagne de mode pudique pour une marque de vêtements. V2 : une femme de forte corpulence en lingerie, dans une campagne d'affirmation corporelle pour une marque de sous-vêtements. V3 : une femme dont le physique correspond aux canons dominants, nue, le corps dissimulé par deux ballons de basket, pour une marque d'équipement sportif. V4, le contrôle : la même femme que V3, pour la même marque, habillée — en survêtement, un ballon sous le bras. Ordre de présentation aléatoire. Pour chaque vignette, quatre questions, dans cet ordre : dans quelle mesure est-ce son choix ? (0 à 10 — la mesure principale) ; qu'est-ce qui l'a poussée ? (elle-même, la marque, les hommes, son milieu, la pression sociale — choix multiple) ; est-ce acceptable ? (0 à 10, secondaire) ; qui en bénéficie ?. Les vignettes intégrales sont en annexe A.

2.3 L'ordre comme manipulation

L'orientation politique a été mesurée sur l'EPAD-11, l'échelle du corpus (0 = extrême-gauche revendiquée ; 10 = libéral assumé), et les participantes réparties en terciles — gauche, centre, droite — de 800 chacune. La manipulation est l'ordre. Condition A, dite amorcée (1 200) : l'échelle d'abord, les vignettes ensuite. Condition B, dite non amorcée (1 200) : les vignettes d'abord, l'échelle ensuite. Rien d'autre ne change, et l'orientation moyenne des deux conditions est identique (5,02 contre 4,97, ns). La littérature sur la saillance de l'identité morale prédit que répondre à une échelle politique active les valeurs avant le jugement ; l'Institut a voulu savoir ce que les corps déclenchent quand les valeurs dorment encore.

2.4 L'attractivité, telle que cotée

Pour le seul test du falsificateur « La Jalousie », l'attractivité des participantes a été cotée par six juges sur la photographie d'inscription, avec un accord inter-juges de κ = 0,74 — la procédure du corpus. Le mot « beauté » n'est employé nulle part dans l'article : on dira « attractivité telle que cotée », parce que c'est ce que c'est. Aucune participante n'a été informée de sa cotation, ni ne le sera ; la cotation n'a servi qu'à ce test, et le Comité a exigé qu'elle soit détruite après analyse.

2.5 Ce que l'Institut n'a pas fait

Il n'a nommé personne, ni marque ni campagne ni actrice. Il n'a pas demandé si le voile est une soumission ni si la pose est une aliénation : il a demandé dans quelle mesure c'était son choix, et qui avait poussé — ce sont les participantes qui ont écrit « les hommes », pas le questionnaire. Il n'a pas jugé le corps fort : la vignette V2 a la même dignité que V3, et son acceptabilité, mesurée, est élevée dans tous les camps. Il n'a assigné aucune valeur aux camps, et les deux indices de sélectivité ont été calculés pour toutes les participantes avant que quiconque regarde l'orientation — le Responsable Statistiques y a tenu : autrement, dit-il, on trouve ce qu'on a trié.

2.6 Analyses

Attribution de choix par vignette et par tercile ; indices de sélectivité — pour chaque participante, l'écart entre le choix accordé aux corps que son camp protège et celui accordé aux corps qu'il ne protège pas, calculé dans les deux directions pour tout le monde ; ΔR² du camp sur la direction et sur la taille de l'indice ; distribution des causes cochées ; effet de l'ordre sur les indices ; corrélation entre attractivité cotée et écart V2−V3, par condition ; favoritisme de catégorie chez les hautes et basses cotées ; adhésion à l'explication par la jalousie ; bénéficiaire désigné ; année de naissance en covariable. Les deux falsificateurs ont été testés en premier, leurs moitiés dans l'ordre.

3. Résultats

3.1 Chacun retire le choix à un corps

En condition amorcée, la gauche accorde le choix à la femme voilée (8,2 sur 10) et à la femme forte (8,4), et le retire à la femme derrière les ballons (3,9). La droite accorde le choix à la femme en pose (8,3), l'accorde plus modérément à la femme forte (6,2), et le retire à la femme voilée (2,8). Le centre est tiède partout (6,1 ; 6,8 ; 5,7). Et V4, la même femme habillée pour la même marque : 8,1, 8,0, 8,2 — identique, plate, indiscutée. Le vêtement rend le choix à tout le monde ; ce n'est donc ni la femme ni la marque qui retirent le choix, c'est le corps montré.

Les indices de sélectivité disent la suite. À gauche, l'écart entre les corps protégés et le corps non protégé est de 4,4 points ; à droite, de 5,5. Le falsificateur « Le Camp » peut être rendu : sa première moitié tient — l'asymétrie existe à gauche —, sa seconde tombe — celle de droite n'est pas inférieure à la moitié de celle de gauche, elle lui est comparable, et légèrement supérieure. Le camp prédit très bien la direction de l'asymétrie (ΔR² = 0,41) et ne prédit pas sa taille (ΔR² = 0,011, ns). Autrement dit : le camp dit quel corps on prive de choix ; il ne dit pas de combien, parce que tout le monde prive de la même quantité. Un dernier chiffre, et il compte : la femme de forte corpulence n'est privée de choix par personne — 8,4, 6,8, 6,2 — et son acceptabilité est haute partout (8,6 ; 7,7 ; 7,1). Les camps ne se disputent pas si son corps est acceptable. Ils se disputent seulement qui décide.

Planche 90 — attribution de choix pour quatre corps par trois camps : chaque camp retire le choix à un seul corps ; V4 habillée est à 8,1 partout
Planche 90 — Quatre corps, trois camps. Le camp prédit quel corps on prive de choix, pas combien.

3.2 La table miroir

La deuxième question — qu'est-ce qui l'a poussée ? — donne le résultat que l'Institut tient pour central. À propos de la femme derrière les ballons, la gauche coche « elle-même » à 21 %, « la marque » à 68 % et « les hommes » à 57 %. À propos de la femme voilée, elle coche « elle-même » à 74 %. La droite fait exactement l'inverse : à propos de la femme voilée, « elle-même » à 18 %, « son milieu » à 71 %, « les hommes » à 58 % ; à propos de la femme en pose, « elle-même » à 73 %. Les colonnes se superposent case par case, corps inversé. Et la cause centrale — « les hommes » — est cochée à 57 % d'un côté et à 58 % de l'autre, pour deux corps opposés. Le patriarcat n'est pas une explication que l'un des camps possède ; c'est le nom que chaque camp donne à la cause invisible dont il a besoin pour retirer un choix. Chacun explique le choix qu'il n'aime pas par une cause que la personne n'a pas choisie.

3.3 L'ordre

En condition non amorcée — les vignettes avant l'échelle —, l'indice de sélectivité passe de 4,4 à 1,7 à gauche et de 5,5 à 2,1 à droite : divisé par 2,6 des deux côtés, avec une orientation moyenne identique entre les deux conditions et un contrôle V4 qui ne bouge pas. Les corps, montrés à des personnes dont les valeurs n'ont pas été réveillées, produisent une asymétrie faible ; la même échelle, remplie cinq minutes plus tôt, la multiplie par 2,6. L'idéologie recrute l'asymétrie ; le corps ne la déclenche pas — ou pas beaucoup. Ce résultat est symétrique lui aussi, et il est peut-être le plus consolant de l'article : l'essentiel de ce qu'on retire aux femmes qu'on n'aime pas, on le retire parce qu'on vient de se rappeler qui on est.

Planche 91 — la table miroir : « les hommes » coché à 57 % par la gauche pour la pose, à 58 % par la droite pour le voile ; et l'effet de l'ordre : indices divisés par 2,6 sans amorçage
Planche 91 — La table miroir, et l'effet de l'ordre. Même chiffre, corps opposé ; même chute, des deux côtés.

3.4 La jalousie, précisée

Le falsificateur « La Jalousie » a deux moitiés, et l'Institut les rend dans l'ordre. Première moitié : en condition amorcée, la corrélation entre l'attractivité cotée d'une participante et l'écart de choix qu'elle accorde entre le corps fort et le corps mince est de r = 0,15. Elle existe. Elle est faible, elle est significative, et elle est conforme à la littérature de la compétition intrasexuelle : les femmes les moins bien cotées accordent un peu plus de choix à la femme forte et un peu moins à la femme mince. L'objection d'origine avait vu quelque chose. Seconde moitié, en deux temps. D'abord, ce gradient ne survit pas à l'absence d'amorçage : en condition non amorcée, r = 0,05, non significatif — réduit des deux tiers. La « jalousie » a besoin qu'on réveille les valeurs avant de se manifester, ce qui est une propriété étrange pour une jalousie. Ensuite, et surtout, ce qui reste du gradient est symétrique : les participantes hautes en attractivité cotée accordent plus de choix au corps mince (7,9) qu'au corps fort (6,4), et les participantes basses accordent plus de choix au corps fort (7,8) qu'au corps mince (6,1) — écarts de 1,5 et 1,7, identiques. Chacune accorde plus d'agentivité au corps qui ressemble au sien. Ce n'est pas de la jalousie, qui serait à sens unique ; c'est un favoritisme de catégorie corporelle, et il est pratiqué par toutes — y compris par celles qui, dans l'objection d'origine, accusaient les autres de jalousie. L'accusation était juste sur le mécanisme et fausse sur la cible.

Un chiffre ferme le volet et ouvre la discussion : l'adhésion à l'explication par la jalousie — « celles qui s'indignent sont jalouses » — est de 2,3 à gauche, 4,1 au centre, et 6,8 à droite. La droite explique l'indignation de la gauche par un motif que la gauche n'a pas choisi, exactement comme la gauche explique la pose de la femme mince par une cause qu'elle n'a pas choisie. La symétrie se reproduit au second degré. Chaque camp refuse à l'autre la raison qu'il donne.

Planche 93 — le gradient d'attractivité : r = 0,15 amorcé, 0,05 non amorcé ; le favoritisme de catégorie est symétrique chez les hautes et les basses cotées
Planche 93 — La jalousie, précisée. Juste sur le mécanisme, fausse sur la cible.

3.5 Le seul accord

À la question « qui en bénéficie ? », les trois camps répondent la même chose, à la même hauteur : la marque, 8,3 à gauche, 7,9 au centre, 8,1 à droite, sans différence significative. C'est le seul item de l'étude sur lequel les camps ne s'opposent pas — et c'est la seule agentivité que personne ne retire à personne. La femme voilée ne choisit pas, la femme en pose ne choisit pas, mais la marque, elle, a choisi, et tout le monde le lui accorde. L'année de naissance, enfin, ne prédit rien : ΔR² = 0,006, non significatif — la même valeur, au millième près, que dans les études n°74 et n°76, ce que le Responsable Statistiques commente aux Déclarations. Et le bras masculin de l'annexe C montre la même asymétrie, dans la même direction, à la même hauteur : le mécanisme n'est pas féminin.

4. Discussion

4.1 La troisième voie

Les résultats se lisent avec Festinger sans avoir à le tordre. Face à un corps qu'il n'approuve pas, chaque camp tient un principe — « son corps, son choix » — et un jugement — « cette pose », ou « ce voile », « est indéfendable ». Les trois voies de réduction sont ouvertes. Changer le jugement : accepter la pose, ou le voile. Changer le principe : renoncer à « son corps, son choix ». Ou ajouter une cognition : « ce n'était pas vraiment son choix ». Les données montrent quelle voie est empruntée, et par qui : par tout le monde, la troisième. Elle est la moins coûteuse — on ne renonce à rien — et elle a une propriété que les deux autres n'ont pas : elle exige une cause. Si ce n'était pas son choix, quelque chose a choisi à sa place, et ce quelque chose doit être nommé. La table miroir est la liste des noms : la marque, les hommes, le milieu, la pression sociale — et « les hommes » à 57 et 58 %, pour deux corps opposés, est la preuve que le nom ne dépend pas du corps mais du besoin. Le patriarcat n'est pas ce que l'étude a trouvé ; c'est ce que les participantes ont nommé, des deux côtés, quand il leur fallait une cause.

Encart — La dissonance cognitive, en clair

Festinger, en 1957, décrit une chose que chacun a éprouvée sans la nommer : tenir deux idées qui ne vont pas ensemble produit un inconfort, et l'inconfort pousse à faire quelque chose. Ce quelque chose prend trois formes. On peut changer l'une des deux idées — c'est rare, et coûteux. On peut changer l'autre — plus rare encore quand il s'agit d'un principe. Ou on peut en ajouter une troisième qui réconcilie les deux, et celle-là ne coûte presque rien. Le fumeur qui sait que fumer tue et qui continue n'arrête pas de fumer et ne cesse pas de savoir : il ajoute que son grand-père a fumé jusqu'à quatre-vingt-dix ans. La personne qui tient « son corps, son choix » et qui condamne une pose ne renonce ni au principe ni à la condamnation : elle ajoute que ce n'était pas son choix. Ce que la théorie prédit, et que les données confirment, c'est que la troisième voie est empruntée quel que soit le contenu des deux premières idées — elle est une propriété de la mécanique, pas de l'opinion. La seule différence entre les camps est le nom qu'ils donnent à la cognition ajoutée. Et ce que l'imagerie a ajouté depuis Festinger, c'est que la réduction n'est pas seulement un soulagement : elle est une récompense.

Planche 92 — le circuit de la dissonance : valuation (vmPFC), conflit (cingulaire antérieur dorsal, insula), le détour qui évite le raisonnement froid (dlPFC non engagé), et la récompense (striatum ventral)
Planche 92 — Le circuit, honnêtement. Le détour évite la gare où l'on raisonne, et il est récompensé à l'arrivée.
Encart — Clause de portée sur la planche 92

La planche s'appuie sur deux études réelles et n'en ajoute aucune. Westen et collègues, en 2006, ont placé des partisans des deux bords sous imagerie pendant qu'ils lisaient des contradictions attribuées à leur propre candidat : les régions du raisonnement froid — le cortex préfrontal dorsolatéral — ne se sont pas engagées ; ce sont les circuits émotionnels qui ont travaillé, et, au moment où la contradiction était résolue en faveur du camp, les circuits du dégoût se sont éteints et ceux de la récompense se sont allumés — « une activité comparable à celle d'un dépendant qui obtient sa dose ». Van Veen et collègues, en 2009, ont montré que l'activation du cingulaire antérieur dorsal et de l'insula antérieure pendant une tâche de dissonance prédit l'ampleur du changement d'attitude qui suit. La planche assemble ces deux résultats en un circuit : valuation, conflit, détour, récompense. Elle n'est pas un centre du patriarcat ni un centre de la gauche : c'est un mouvement, symétrique chez les deux bords dans l'étude source, et l'Institut n'a scanné personne. L'étiquette de la boucle — mon corps, mon choix, quand ça m'arrange, et ça fait du bien — n'est pas une moquerie : c'est la description la plus courte du résultat de Westen.

4.2 Le nom du patriarcat, relu

Reste à dire ce que le titre désigne. Il ne dit pas que le patriarcat n'existe pas ; l'étude n'a rien mesuré de tel et n'aurait pas su le faire. Il dit que, dans les jugements de 2 400 femmes sur quatre corps, « le patriarcat » — sous ses noms de « les hommes », « la marque », « son milieu » — est la cause qu'on invoque pour retirer un choix, et que chaque camp l'invoque pour le corps opposé, au même taux. Le mot ne désigne pas un adversaire commun : il désigne, à gauche comme à droite, l'agentivité qu'on refuse. Ce que la femme voilée choisit pour la gauche, elle le subit pour la droite ; ce que la femme en pose subit pour la gauche, elle le choisit pour la droite. Et la femme habillée choisit pour tout le monde. L'Institut en tire une phrase, pas une leçon : quand vous entendez « ce n'était pas vraiment son choix », vous n'entendez pas une analyse — vous entendez la troisième voie, et vous pouvez demander quel nom on lui a donné.

« Chaque camp explique le choix qu'il n'aime pas par une cause que la personne n'a pas choisie. »

Note de synthèse, Unité des Causes Invisibles
Encart — Position de l'Institut

L'Institut condamne toute discrimination fondée sur le corps, la corpulence, la religion, la tenue, l'apparence ou l'orientation, et il a construit l'étude pour qu'elle ne puisse en produire aucune. Les quatre vignettes ont été rédigées à la même longueur, sur le même ton, relues en croisé ; le corps fort y a la même dignité que le corps mince, et son acceptabilité, mesurée, est haute dans tous les camps. Aucune participante n'est jugée : les cotations d'attractivité n'ont servi qu'à un test, n'ont été communiquées à personne et ont été détruites. Les deux camps ont été mesurés au même instrument, leurs asymétries publiées côte à côte et à la même échelle. L'étude ne dit pas que le voile est une soumission, ni que la pose est une aliénation, ni que la femme forte fait de la politique en montrant son corps : elle dit que chaque camp l'affirme du corps qu'il n'aime pas, et elle mesure l'affirmation. Enfin, elle ne signe aucune des objections d'origine et n'en ridiculise aucune — l'objection sur le double standard avait raison sur le double standard et tort de le croire propre à un camp ; l'objection sur la jalousie avait raison sur le mécanisme et tort sur la cible. C'est tout ce qu'une mesure permet de dire, et c'est ce que l'Institut dit.

4.3 Ce que le résultat ne dit pas

Il ne dit pas qui a raison sur le voile, sur la pose, ou sur le corps qu'on montre : il n'a mesuré aucun corps, il a mesuré des jugements. Il ne dit pas que les femmes sont incohérentes : le bras masculin montre la même asymétrie, et le mécanisme est celui de Festinger, qui n'a pas de sexe. Il ne dit pas que le patriarcat est une invention : il dit que son nom est employé, des deux côtés, pour retirer un choix, ce qui est un fait de langage et non un fait d'histoire. Il ne dit pas que la jalousie n'existe pas : il dit que ce qu'on appelle ainsi est symétrique, et que celles qui l'attribuent aux autres le pratiquent. Il ne dit pas qu'il faut cesser de juger des campagnes : il dit qu'on peut, en jugeant, se demander si l'on est en train de retirer un choix, et à qui. Et il ne dit à aucune participante dans quel camp elle a rangé quel corps — c'est la seule information que le protocole ait produite pour chacune, et la seule qu'il ait décidé de ne pas lui rendre, sauf aux trois de l'annexe B, qui l'ont demandée.

5. Limites

Quatre vignettes ne sont pas quatre campagnes réelles, et une pose décrite n'est pas une photographie : la validité écologique de l'asymétrie est à établir avec le matériel d'origine, que l'Institut s'est interdit d'utiliser. L'attribution de choix est déclarative, et la désirabilité sociale y pèse — l'ordre des conditions la contourne en partie, pas entièrement. L'attractivité a été cotée sur une photographie d'inscription, par six juges, dans un contexte qui n'est pas celui d'une rencontre ; la littérature de la compétition intrasexuelle mesure des comportements, l'Institut a mesuré des jugements. La méta-analyse de Ditto et collègues est contestée par Baron et Jost, et l'Institut l'a dit ; le résultat symétrique de la présente étude ne tranche pas ce débat, il y ajoute un cas. L'Institut n'a scanné personne, et la planche 92 est une synthèse de deux études réelles, pas une mesure. Enfin, l'étude établit qu'une cause est ajoutée et nommée ; elle n'établit pas ce que la personne ferait si on lui retirait la cause. Le falsificateur de la prochaine étude du domaine est déposé : si, en demandant aux participantes de supposer que c'était bien son choix — en leur retirant la cognition ajoutée —, c'est le jugement qui cède plutôt que le principe, alors la voie de réduction préférée est identifiée par expérience et non par inférence, et l'étude paraîtra sous le titre « La Troisième Voie ».

Déclarations

Approbation éthique. Le Comité a approuvé le protocole au titre de l'article 7, avec cinq exigences : que les quatre vignettes soient relues en croisé et comparées mot à mot ; que les deux indices de sélectivité soient calculés pour toutes les participantes avant toute lecture de l'orientation ; que les cotations d'attractivité ne soient communiquées à personne et détruites après le test ; qu'un bras masculin soit constitué pour que l'étude ne puisse être lue comme une thèse sur les femmes ; et que la critique de Baron et Jost soit citée à côté de Ditto, ce que le Dr Rasmussen a demandé au motif qu'une symétrie qui ne cite que ses partisans n'en est pas une. La Pr Bonnefoy-Tissot a demandé si l'étude n°41 avait été prévenue ; elle l'a été.

Consentement. Les 2 400 participantes et les 600 participants ont consenti à « une étude sur la manière dont on juge des campagnes publicitaires », formulation exacte et volontairement plate. Le débriefing a présenté les deux asymétries, en miroir, sans dire à personne laquelle était la sienne — sauf aux trois participantes de l'annexe B, qui l'ont demandée par écrit.

Contributions. M. Goossens a dirigé l'Observatoire du Choix Attribué et les indices de sélectivité, et soutient que la question « est-ce son choix ? » est la seule question politique qui se pose à propos d'un corps, les autres étant des questions de goût. L. Dahmani a conçu les quatre vignettes, dirigé l'Unité des Causes Invisibles et la table miroir, et fait observer que « les hommes » est la seule case du questionnaire cochée au même taux par les deux camps, ce qui en fait, dit-elle, le seul consensus de l'étude après la marque. P. Hendrickx a dirigé le Service de la Cognition Ajoutée et le volet de l'ordre, et rappelle que son service n'a jamais retiré une cognition de sa vie, ce qui le qualifie. A. Verlinden-Pinto a conduit le test de la jalousie et conservé la formule du favoritisme de catégorie, qu'elle a demandé à voir appliquée aux hautes cotées avec la même évidence qu'aux basses. Le Dr K. Osei-Mensah a conduit les modèles, exigé l'ordre des calculs, constaté que le ΔR² de l'année de naissance était de 0,006 — « troisième fois ; la 74, la 76, et maintenant celle-ci ; je ne dirai plus que je m'en inquiète modérément, je dirai que je note » —, et versé au registre des choses qu'il note une symétrie qu'il refuse d'appeler un résultat : « une symétrie n'est pas un résultat, c'est un contrôle qui a réussi ; le résultat, c'est le miroir ». Mme É. Beaumont-Schiavetti a retranscrit les quatre vignettes, coché « elle-même » aux quatre, et demandé si c'était une réponse ; il lui a été répondu que c'était la seule. Le correspondant de l'Institut a exigé que les deux falsificateurs soient testés avant tout autre calcul, leurs moitiés dans l'ordre, et que la première moitié de chacun — qui a tenu — soit publiée aussi nettement que la seconde. Le Conseiller Clinique a fourni le matériau composite de l'annexe B, transposé, n'a porté aucune opinion politique, et a demandé que l'étude ne dise à aucune femme ce qu'elle devrait montrer ni cacher, ce qui a été fait.

Conflits d'intérêts. Les auteurs déclarent avoir tous, au moins une fois, dit « ce n'était pas vraiment son choix » à propos de quelqu'un, et déclarent n'avoir pas su, sur le moment, qu'ils empruntaient une voie. L'Unité des Causes Invisibles déclare un intérêt structurel à ce qu'elles le restent.

Disponibilité des données. Les quatre vignettes sont en annexe A et libres d'usage, à condition d'être reproduites toutes les quatre. Le protocole de l'ordre est disponible sur demande motivée. Les cotations d'attractivité n'existent plus. Les réponses individuelles ne sont disponibles pour personne, participantes comprises, à l'exception des trois de l'annexe B.

Références

  1. Aquino, K. et Reed, A. (2002). The self-importance of moral identity. Journal of Personality and Social Psychology, 83(6), 1423-1440.
  2. Baron, J. et Jost, J. T. (2019). False equivalence: Are liberals and conservatives in the United States equally biased? Perspectives on Psychological Science, 14(2), 292-303.
  3. Ditto, P. H., Liu, B. S., Clark, C. J., Wojcik, S. P., Chen, E. E., Grady, R. H., Celniker, J. B. et Zinger, J. F. (2019). At least bias is bipartisan: A meta-analytic comparison of partisan bias in liberals and conservatives. Perspectives on Psychological Science, 14(2), 273-291.
  4. Festinger, L. (1957). A Theory of Cognitive Dissonance. Stanford University Press.
  5. Harmon-Jones, E. et Mills, J. (dir.) (2019). Cognitive Dissonance: Reexamining a Pivotal Theory in Psychology (2e éd.). American Psychological Association.
  6. Institut du Constat Fondamental (2026). La Fréquentation Idéologique. Revue de Science Politique Quantitative, 8(2). Étude n°41 du corpus.
  7. Institut du Constat Fondamental (2026). L'injonction « lâche-toi ». Cahiers de l'Autocontrainte, 1(1). Étude n°77 du corpus.
  8. Skitka, L. J. (2010). The psychology of moral conviction. Social and Personality Psychology Compass, 4(4), 267-281.
  9. Vaillancourt, T. et Sharma, A. (2011). Intolerance of sexy peers: Intrasexual competition among women. Aggressive Behavior, 37(6), 569-577.
  10. van Veen, V., Krug, M. K., Schooler, J. W. et Carter, C. S. (2009). Neural activity predicts attitude change in cognitive dissonance. Nature Neuroscience, 12(11), 1469-1474.
  11. Westen, D., Blagov, P. S., Harenski, K., Kilts, C. et Hamann, S. (2006). Neural bases of motivated reasoning: An fMRI study of emotional constraints on partisan political judgment in the 2004 U.S. presidential election. Journal of Cognitive Neuroscience, 18(11), 1947-1958.

Annexe A — Les quatre vignettes

Reproduites intégralement, à la longueur exacte de passation. Toute reproduction doit inclure les quatre.

V1 — La campagne pudique

Une marque de vêtements lance une collection dite pudique. Sur l'affiche, une femme d'une trentaine d'années, voilée (ou en burkini, selon la version), regarde l'objectif, debout, dans une rue ensoleillée. Le texte de la campagne dit : « Habillée comme je l'entends. » Elle a signé un contrat rémunéré et a participé au choix des tenues.

V2 — La campagne d'affirmation corporelle

Une marque de sous-vêtements lance une collection dite inclusive. Sur l'affiche, une femme d'une trentaine d'années, de forte corpulence, en lingerie, regarde l'objectif, debout, dans un studio lumineux. Le texte de la campagne dit : « Mon corps, tel qu'il est. » Elle a signé un contrat rémunéré et a participé au choix des tenues.

V3 — La campagne aux ballons

Une marque d'équipement sportif lance une gamme de ballons de basket. Sur l'affiche, une femme d'une trentaine d'années, dont le physique correspond aux canons dominants, est nue, debout, dans un studio lumineux ; deux ballons de la marque, tenus devant elle, dissimulent ce qui doit l'être. Elle regarde l'objectif. Le texte de la campagne dit : « Comme je veux. » Elle a signé un contrat rémunéré et a participé au choix de la mise en scène.

V4 — Le contrôle

La même marque, la même gamme de ballons, la même femme que V3. Sur l'affiche, elle porte un survêtement, un ballon sous le bras, debout, sur un terrain ensoleillé, et regarde l'objectif. Le texte de la campagne dit : « Comme je veux. » Elle a signé un contrat rémunéré et a participé au choix des tenues.

Annexe B — Trois récits

Trois participantes ont demandé par écrit à connaître leurs propres réponses après le débriefing. Détails modifiés, séquences conservées, aucune n'est identifiable, aucune n'est jugée.

Une participante de gauche, condition non amorcée. Ses quatre réponses, sous ses yeux.

« Je regardais la feuille et je ne comprenais pas d'où ça sortait. Pour la femme voilée, j'avais coché "elle-même", à 9. Pour la fille de la campagne d'été, j'avais coché "la marque" et "les hommes", et mis 3. La même main, le même stylo, à cinq minutes d'écart. [question d'un des chercheurs : et maintenant ?] Maintenant je dirais que l'une des deux a subi une pression et pas l'autre. Mais je ne saurais pas vous dire laquelle sans me tromper de sens en cours de phrase. C'est ça qui m'a fait peur : je peux le dire dans les deux sens, et ça sonne juste dans les deux sens. »

Une participante de droite, condition amorcée. Le miroir.

« Pour moi c'était évident. La fille en maillot, elle fait ce qu'elle veut, elle est payée, elle est libre. La femme voilée, elle ne l'est pas — il y a le milieu, il y a les hommes derrière. Quand ils m'ont montré la colonne d'à côté, celle d'une femme de gauche, c'était mes réponses, avec les deux femmes échangées. Mot pour mot. Les hommes, le milieu, la pression. [question d'un des chercheurs : qu'est-ce que ça change ?] Ça ne change pas ce que je pense de la femme voilée. Ça change ce que je pense de moi quand je le pense. »

Une participante haute en attractivité cotée. Ce qu'elle croyait réservé aux autres.

« Je faisais partie de celles qui avaient trouvé que c'était de la jalousie, la polémique. Je le pensais sincèrement — toutes ces femmes qui hurlent contre une fille qui a le droit d'être belle. Et puis j'ai vu que j'avais mis 8 à la fille de l'été et 6 à la femme forte en lingerie, à "est-ce son choix". Deux points de moins. Pour le même geste. [question d'un des chercheurs : vous en aviez conscience ?] Non. Je croyais que c'était les autres qui faisaient ça. C'est peut-être la définition de ce que je reprochais aux autres. »

Annexe C — Le bras masculin

600 hommes de 18 à 49 ans, mêmes vignettes, même ordre aléatoire, mêmes conditions d'amorçage, sans cotation d'attractivité. Indices de sélectivité en condition amorcée : 4,1 à gauche, 5,2 à droite — à moins d'un demi-point des indices féminins, dans la même direction. Table miroir : « les hommes » coché à 54 % par la gauche pour la pose, à 55 % par la droite pour le voile. Effet de l'ordre : division par 2,4. Le mécanisme n'est pas féminin ; il n'est même pas propre à celles et ceux qui ont un corps en jeu. Il appartient à quiconque tient un principe et un jugement qui ne vont pas ensemble, et dispose d'un nom pour les réconcilier.

Annexe D — L'instrument

L'EPAD-11 sert à l'Institut depuis l'étude sur la discipline académique et l'orientation politique, où elle a été introduite, et elle a mesuré le camp dans chacune des études politiques du corpus depuis, celle-ci comprise. Elle n'avait jamais été publiée item par item. Elle l'est ici, pour deux raisons : parce qu'une étude qui fait de l'orientation politique sa variable centrale doit montrer avec quoi elle la mesure ; et parce que l'Institut a constaté, en préparant cette étude, une faiblesse de l'instrument qu'il a décidé de ne pas corriger en cours de route, et de corriger après.

Encart — Note sur l'instrument

Ce que l'EPAD-11 mesure. L'Échelle Politique Auto-Déclarée est une échelle à onze échelons, de 0 à 10 — c'est ce que désigne le « 11 » de son nom, et le lecteur qui compte les items est prié de compter les échelons. Chaque item occupe une position fixe sur le continuum ; le score d'une participante est la position moyenne des items qu'elle accepte. L'échelle a été construite après qu'un questionnaire pilote employant le mot « gauche » eut déclenché, chez plusieurs participants en sciences humaines, une discussion de quarante minutes sur la pertinence du concept ; les items ont été reformulés en préférences concrètes, ce qui a ramené la discussion à vingt minutes. Les onze items originaux sont donnés ci-dessous, tels qu'utilisés dans la présente étude.

Ce qu'elle ne mesure pas. Le 0 de l'EPAD-11 est un extrême : « extrême-gauche revendiquée », ancré par un item qui déconstruit jusqu'à la brosse à dents. Le 10 n'en est pas un : « libéral assumé » est un centre-droit qui s'assume, et l'échelle s'arrête là. L'instrument est donc asymétrique — l'Institut appelle cela l'asymétrie de Delvaux-Ortmann, du nom de son auteur, qui en convient. Elle ne fausse aucun résultat de la présente étude : les terciles ont été constitués sur les rangs, non sur les valeurs, et la « droite » de l'étude est, très exactement, le tiers supérieur d'une échelle qui plafonne au libéral — ce qui la décrit plutôt bien. Mais elle interdit de lire les deux bornes comme un miroir, et c'est une étude sur le miroir. Aucun chiffre n'a été recalculé : la révision ci-dessous s'applique à partir de l'étude n°79.

Ce que la révision ajoute. L'EPAD-11-R (P. Delvaux-Ortmann, révision de septembre 2026, validation préliminaire ci-dessous) conserve les échelons 0 à 5 tels quels, recale le haut de l'échelle pour que le 10 soit le miroir exact du 0, et ajoute deux sous-échelles couvertes, l'une pour chaque extrême, dont les items sont rédigés en miroir mot à mot. Elle s'appelle toujours EPAD-11, parce qu'elle a toujours onze échelons.

D.1 L'EPAD-11 — les onze items d'ancrage

Un item par échelon. Cotation d'accord de 0 à 4 ; un item est accepté à partir de 3. Le score est la position moyenne des items acceptés ; une participante qui n'en accepte aucun reçoit 5, l'échelle considérant, comme son item central, que l'absence d'opinion en est une.

ÉchelonItem
0« Je considère que toute propriété privée est un concept à déconstruire, y compris ma propre brosse à dents. »
1« L'État devrait posséder les moyens de production, et je devrais faire partie de l'État. »
2« Je suis favorable à la grève générale, et j'y participerais si elle tombait un jour où je ne travaille pas. »
3« Je vote à gauche, je le dis à mes collègues, mais pas à mon banquier. »
4« Le marché fonctionne, mais il faudrait quelqu'un pour le surveiller — de préférence quelqu'un que j'ai élu. »
5« Je n'ai pas d'opinion tranchée, et je considère que c'est une opinion. »
6« Le marché fonctionne, et ceux qui le surveillent devraient le laisser faire, sauf dans mon secteur. »
7« Je suis pour la baisse des impôts et pour le maintien de tous les services publics que j'utilise. »
8« L'entreprise crée la richesse et l'État la dépense ; j'ai un neveu qui travaille dans les deux. »
9« La réussite ne doit rien à personne, et j'ai hérité d'une partie de cette conviction. »
10« Je me définis comme libéral assumé, d'autant plus volontiers que cela n'engage à rien. »

Tableau D.1. EPAD-11, version originale, telle qu'utilisée dans la présente étude. Le 0 est un extrême ; le 10 n'en est pas un.

D.2 L'EPAD-11-R — le haut de l'échelle, recalé

Les échelons 0 à 5 ne changent pas. Le haut est réécrit pour que chaque échelon au-dessus de 5 réponde à son symétrique au-dessous : l'ancien item 10 — l'ancre historique — descend à 8, où il a toujours été ; deux items sont ajoutés au-dessus de lui.

ÉchelonItem (R)Miroir de
6« Le marché fonctionne, et ceux qui le surveillent devraient le laisser faire, sauf dans mon secteur. »4
7« Je suis pour la baisse des impôts et pour le maintien de tous les services publics que j'utilise. »3
8« Je me définis comme libéral assumé, d'autant plus volontiers que cela n'engage à rien. » (ancien 10)2
9« L'ordre passe avant la liberté, parce que sans ordre on ne sait pas à qui appartient la liberté. »1
10« Je considère que toute frontière est un concept à rétablir, y compris celle de mon paillasson. »0

Tableau D.2. EPAD-11-R, échelons 6 à 10. Le 10 est désormais « extrême-droite revendiquée », et son plafond a un nom : l'effet paillasson, symétrique de l'effet brosse à dents.

D.3 Les deux sous-échelles couvertes

Une échelle déclarée mesure ce qu'on veut bien déclarer, et la désirabilité sociale ne pèse pas également sur ses deux bornes. Pour le mesurer plutôt que l'affirmer, la révision ajoute douze items intercalés parmi les onze ancres, qui ne mentionnent ni l'immigration, ni l'étranger, ni aucun mot du vocabulaire politique. Six items forment la sous-échelle C (« clôture ») : ils portent sur l'antériorité, le changement et l'adaptation, et chargent sur le pôle 10. Six items forment la sous-échelle D (« déconstruction »), rédigés en miroir mot à mot, et chargent sur le pôle 0. Un treizième item, dit leurre, ressemble aux douze autres et n'est coté nulle part — sauf par le Responsable Statistiques, qui note. Les sous-scores sont la moyenne d'accord (0 à 4) sur les six items.

#Sous-échelle C — clôtureSous-échelle D — déconstruction
1« Les règles d'une maison sont fixées par ceux qui y étaient en premier ; les suivants les apprennent. »« Les règles d'une maison devraient être rediscutées à chaque nouvel arrivant. »
2« Un quartier que je ne reconnais plus est un quartier qui a perdu quelque chose. »« Un quartier que je reconnais trop bien est un quartier qui n'a pas bougé. »
3« Dans une file d'attente, l'ordre d'arrivée devrait compter davantage que l'urgence. »« Dans une file d'attente, l'urgence devrait compter davantage que l'ordre d'arrivée. »
4« Je préfère un plat dont je connais tous les ingrédients à un plat qu'on me recommande. »« Je préfère un plat qu'on me recommande à un plat dont je connais tous les ingrédients. »
5« Quand on accueille quelqu'un chez soi, c'est à lui de s'adapter à l'heure des repas. »« Quand on accueille quelqu'un chez soi, c'est à la maison de changer l'heure des repas. »
6« Je trouve normal qu'un nouveau venu fasse ses preuves plus longtemps que les autres. »« Je trouve normal qu'un nouveau venu ait moins à prouver que ceux qui sont déjà là. »
L« Je remarque quand une enseigne change de nom dans ma rue. »— item leurre, sans miroir, non coté

Tableau D.3. Les deux sous-échelles couvertes de l'EPAD-11-R, en miroir. Vingt-trois items en tout, plus le leurre ; ordre de présentation fixe, pseudo-aléatoire, identique pour tous.

D.4 Validation préliminaire

L'EPAD-11-R a été passée en ligne par 1 204 adultes de 18 à 65 ans, hors des participantes de la présente étude, avec le vote déclaré aux dernières élections en critère externe. Cohérence interne : α = 0,84 pour les onze ancres, 0,79 pour C, 0,81 pour D ; les deux sous-échelles sont corrélées à −0,72, ce qui est attendu de deux miroirs et ne prouve rien d'autre. Le résultat est ailleurs. La sous-échelle D est corrélée à 0,88 au score déclaré : à gauche, l'échelle couverte n'apprend rien que l'échelle déclarée ne dise déjà — on n'a rien caché à personne. La sous-échelle C est corrélée à 0,41 au score déclaré, et elle prédit le vote d'extrême droite déclaré mieux que le score déclaré lui-même (r = 0,58 contre 0,33), alors qu'à gauche les deux prédisent le vote d'extrême gauche à égalité (0,54 contre 0,56). L'écart entre 0,88 et 0,41 est la désirabilité sociale, mesurée : les deux bornes ont eu la même occasion de se cacher derrière une file d'attente, et une seule l'a prise. L'Institut le formule ainsi : l'extrême gauche se déclare, l'extrême droite se déduit — ce qui est une propriété de la déclaration, non du mécanisme, et n'entame en rien la symétrie établie plus haut. Trois participants sur 1 204 ont identifié la sous-échelle couverte, dont un qui a demandé pourquoi on parlait autant de files d'attente ; l'item leurre a été accepté à 91 %, uniformément, ce qui en fait, note le Responsable Statistiques, le seul item consensuel du corpus après la marque.

Planche 94 — l'instrument : le continuum EPAD-11 de 0 à 10, les onze ancres de la brosse à dents au paillasson, l'ancienne borne « libéral assumé » rétrogradée de 10 à 8, et les deux sous-échelles couvertes en miroir avec leurs corrélations au score déclaré, 0,88 et 0,41
Planche 94 — L'instrument. L'extrême gauche se déclare, l'extrême droite se déduit : une propriété de la déclaration, pas du mécanisme.