Le comité trouvera ci-dessous la transcription d'un échange survenu hier soir sur le plateau d'une chaîne d'information en continu, qui m'avait invitée « pour parler de l'étude ». La formulation est exacte et volontairement plate ; c'est, au mot près, celle du consentement de nos 2 400 participantes, et j'ai considéré qu'elle m'engageait de la même manière. La chaîne n'est pas nommée. Elle ne l'a pas demandé ; je ne lui ai pas laissé le temps.
L'animateur n'est pas nommé non plus. Sa fonction, à l'évidence, si. Ses questions sont reproduites intégralement, dans l'ordre, y compris celles qui contiennent un nom propre, que la transcription retranche parce que l'étude l'a retranché avant elle, et celles qui contiennent un adjectif que l'Institut n'emploie pas, que la transcription conserve parce qu'il n'est pas de moi.
Je transmets par souci d'archivage, et parce que le service de presse de la chaîne a demandé ce matin que l'une des réponses soit retirée de toute reproduction. Elle est en note. La demande aussi.
S.V.
— Vous venez de nommer une personne. L'étude ne l'a pas fait : les quatre vignettes sont transposées, et je ne vais pas dé-transposer en direct une femme qui n'a pas participé.
Sur la question : le mot le plus simple, nous l'avons testé. Le gradient d'attractivité existe — 0,15 — et il tombe à 0,05 quand on ne rappelle pas aux participantes leur camp avant de leur montrer le corps. Un mot simple qui a besoin qu'on réveille les valeurs pour fonctionner n'est pas un mot simple. C'est un mot recruté.
— Je ne reprendrai pas votre deuxième adjectif ; l'Institut dit « forte corpulence », et c'est une clause du protocole, pas une coquetterie. La couleur de peau n'était pas une variable de l'étude, donc je n'ai rien à vous en dire, et je ne dirai rien que je n'ai pas mesuré.
Pour le reste, vous avez raison — et c'est écrit : la femme de forte corpulence reçoit 8,4 à gauche. Vous appelez ça un double standard. Nous l'avons appelé un indice de sélectivité, 4,4. Puis nous l'avons calculé à droite : 5,5. Le double standard existe. Il a deux propriétaires.
— Je ne mets pas les deux femmes sur le même plan. Je mets les deux juges sur le même instrument. Ce n'est pas la même chose, et c'est exactement la différence entre une étude et un plateau.
Vous me demandez si le voile et la pose sont équivalents ; je n'en sais rien, et l'étude ne le mesure pas. Elle mesure ce que vous faites, vous, quand on vous montre l'un ou l'autre. Et là, oui, c'est équivalent : 57 % et 58 %.
— Ce n'est pas interdit. C'est mesuré. Vous venez de produire, mot pour mot, la case « son milieu », cochée à 71 % par la droite pour le voile. Et la gauche produit la même phrase, avec « la marque » à la place de « son milieu », à 68 %, pour la pose.
Vous avez le droit de dire qu'un choix a une cause. Tout le monde le dit. L'étude observe simplement que chacun ne le dit que pour le corps qu'il n'aime pas.
— Je vous pose la question en retour, à froid : une femme voilée signe un contrat rémunéré, participe au choix des tenues, regarde l'objectif — où est l'oppression ?
Si votre réponse est différente de celle que vous venez de donner pour l'actrice, vous êtes dans la colonne de droite du tableau miroir. Si elle est identique, vous êtes le contrôle V4, et je vous en félicite : 8,1 partout.
— Non. Et l'étude ne le prétend pas ; c'est la section 4.3, qui commence par « il ne dit pas ».
Une symétrie statistique prouve une chose plus modeste et plus gênante : que le mécanisme par lequel vous arrivez à votre conclusion morale est le même que celui de votre adversaire. Vous pouvez avoir raison sur la morale. Vous y êtes arrivé comme lui.
— C'est un choix méthodologique, et il a un nom depuis 1957 : le groupe contrôle.
Si je n'avais mesuré que la gauche, vous m'auriez invitée pour me féliciter. Si je n'avais mesuré que la droite, vous ne m'auriez pas invitée. J'ai mesuré les deux, et vous m'avez invitée pour me demander pourquoi. Voilà le choix politique, et il n'est pas le mien.1
— La critique sociale reste possible. Ce qui devient difficile, c'est la critique sociale à sens unique.
Vous avez raison : on peut vouloir ce qu'on a été conditionné à vouloir. L'étude vous demande seulement d'appliquer cette phrase aussi au corps que vous défendez. Si vous le faites, vous êtes cohérent. Si vous ne le faites que pour l'autre, vous êtes une donnée.
— La sociologie ne ferme pas ; elle ouvre une deuxième colonne.
Interrogez ce qui fabrique un choix, tant que vous voulez — mais tous les choix, pas un sur quatre. Nos participantes ont interrogé la fabrication d'un seul corps, chacune le sien à ne pas aimer, et ont accordé les trois autres sans y regarder. Ce n'est pas de la sociologie. C'est de la sociologie sélective, et elle a un indice : 4,4 et 5,5.
— J'ai changé le mot parce que le premier ne rendait pas compte des données. La jalousie, telle que vous l'entendez, va dans un sens : la moins bien cotée dévalue la mieux cotée. Nos données vont dans les deux : les hautes cotées accordent 7,9 au corps mince et 6,4 au corps fort — un point et demi de moins, pour le même geste.
Un mot qui ne décrit que la moitié d'un phénomène n'est pas politiquement incorrect. Il est incomplet.
— Dans la vraie vie, ça s'appelle « je préfère ce qui me ressemble ». Tout le monde le fait ; la littérature l'appelle favoritisme endogroupe depuis Tajfel. Ce que vous appelez jalousie, c'est ce favoritisme, observé uniquement chez celles qui ne vous ressemblent pas.
— C'est la seule bonne question de la soirée, et je vous la rends : pourquoi l'appelez-vous identification chez les unes et jalousie chez les autres, alors que l'écart est de 1,5 d'un côté et 1,7 de l'autre ?
Le comportement est le même. Le mot change avec la personne qui le fait. C'est précisément le résultat de l'étude, et vous venez de le répliquer en une phrase.
— Vous avez raison, et je suis d'accord avec vous pour la première fois : ce n'est pas une révélation, c'est une réplication. Ce qui est neuf, c'est la taille : divisé par 2,6, des deux côtés, et le contrôle qui ne bouge pas. Autrement dit, l'essentiel de ce qu'on retire aux femmes qu'on n'aime pas, on le leur retire parce qu'on vient de se rappeler qui on est.
Vous faites une émission entière à rappeler aux gens qui ils sont avant de leur montrer des images. Je ne dis pas que c'est une révélation. Je dis que c'est mesuré.
— Une chronique aurait dit « tout le monde est hypocrite ». L'étude dit quelque chose de plus précis et de moins agréable : personne n'est hypocrite, chacun est cohérent avec le principe et incohérent avec un seul corps, et il a une cause toute prête pour ne pas le voir.
Sur ce plateau, cette cause s'appelle « la gauche ». Sur un autre, elle s'appelle « le patriarcat ». C'est le titre.
— Parce qu'elle vient de remplir une échelle politique. Sans cela, c'est nettement moins difficile : 1,7 au lieu de 4,4.
— Pour la même raison, au dixième près : 2,1 au lieu de 5,5.
Vous venez de poser les deux questions dans le bon ordre, sans respirer entre les deux. C'est la première fois de la soirée que vous lisez le tableau en entier. Question suivante.
(Il n'y en avait pas. Le plateau est passé à la météo.)
Note de l'archiviste. Deuxième intervention publique du Dr Vanhoucke, trois semaines après la première. On remarquera qu'elle n'a contredit l'animateur sur aucun fait : elle a lu, à chaque fois, la colonne qu'il n'avait pas lue. La formule « Question suivante », employée pour la deuxième fois en clôture, est désormais considérée par le comité comme une signature ; l'intéressée n'a pas été consultée, et n'a pas relu cette note, ce qui est rare.
L'étude discutée est disponible dans son intégralité, annexe D comprise : « Le Nom du Patriarcat ». On y trouvera le tableau. En entier.