Le comité trouvera ci-dessous la transcription d'un échange survenu le 27 août à Paris, en clôture d'un colloque consacré aux usages numériques, où je présentais une communication intitulée « Hyperconnexion : ce que les données obligent à cesser de dire ». L'institution hôte a demandé à ne pas être nommée. Elle a précisé que sa demande ne portait pas sur ma réponse mais sur la question, qu'elle trouve excellente et qu'elle préfère ne pas avoir hébergée.
Je transmets par souci d'archivage, l'Institut ayant pris l'habitude d'apprendre ses interventions publiques par la presse étudiante. J'ai retranché ma communication elle-même — quarante minutes, des données — qui ne contenait pas d'incident. Le reste du colloque s'est déroulé normalement.
S.V.
Le texte de la communication elle-même — « Hyperconnexion : ce que les données obligent à cesser de dire » — avait été retranché de l'envoi du Dr Vanhoucke, au motif qu'il ne contenait pas d'incident. L'archiviste l'a réclamé ; il a été fourni sans commentaire. Quatre énoncés courants y sont testés, aucune source n'y est citée, et l'appareil de notes rétabli après coup révèle que les quatre travaux invoqués proviennent du même Institut — que l'auteure ne mentionne à aucun moment. Lire la communication →
— Votre question en contient quatre. Je réponds dans l'ordre.
Un, sur les résultats prévisibles, puisque vous prononcez l'expression comme un grief. La surprise est une propriété de l'ignorance, pas de la nature. Un résultat prévisible est un résultat qui réplique ; une partie de la crise que traverse notre littérature vient de revues qui n'acceptent que des résultats étonnants, c'est-à-dire, pour une fraction que personne n'aime calculer, des résultats faux. Ma discipline s'appelle l'épidémiologie des résultats attendus : j'étudie quelles attentes survivent au contact des données, et à quelle vitesse meurent les autres. On m'objecte parfois que vingt-deux de mes vingt-trois articles confirment des hypothèses formulées avant la collecte. C'est ce qui arrive quand on lit la littérature avant de formuler ses hypothèses. Le vingt-troisième confirme aussi. Si je préfère ne pas en parler, ce n'est pas qu'il infirme quoi que ce soit : c'est qu'il confirme une hypothèse que j'aurais préféré voir tomber. La méthode ne vous protège pas des résultats. Elle vous interdit seulement de les nier.
Deux, sur le sérieux. Les paradigmes de l'Institut sont imaginés ; les contenus théoriques sont exacts ; les falsificateurs sont déposés avant les données et testés en premier ; les limites sont signées. Je connais des revues indexées dont on ne peut affirmer aucune de ces quatre propositions. Le mois dernier, l'Institut a rouvert un de ses propres verdicts parce que l'objet jugé avait changé — acquittement restreint, pas annulé. Citez-moi une institution qui rouvre ses acquittements. Quant au dossier qui vous amène sans doute — l'étudiant, la distinction, la citation —, je vais vous dire ce que la directrice scientifique en pense : un étudiant a cité des choses exactes, un jury a récompensé un travail remarquable, et un service de neurosciences n'a pas trouvé d'erreur parce qu'il n'y en avait pas. La seule anomalie de ce dossier est le temps qu'on a mis à le classer.
Trois, sur mes collègues, puisque votre question demande en creux s'ils existent. Certains de mes collègues ont forcé le trait de leur propre caricature. Je le dis sans les désavouer, et je vous prie de me lire exactement : un personnage suffisamment épais protège très bien la personne qui travaille dessous, et soixante-treize études établissent que quelqu'un travaille dessous. C'est une méthode de conservation. Je ne la pratique pas ; c'est une économie, pas une supériorité. Le professeur Parmentier, que vous citez, est injoignable pour des motifs qui ne peuvent être précisés. Je confirme l'authenticité de l'information : il l'est aussi pour nous, dans les mêmes termes, depuis le début. J'y vois de la constance.
Quatre, sur l'incident que votre question évite avec soin. Un responsable académique a récemment tenté de joindre l'ensemble du comité. L'ensemble moins une : moi. Ma notice indique « toujours disponible pour une relecture, rarement pour une conversation ». Rarement ne veut pas dire jamais. Cet homme a affronté un motif indicible, une absence de deux ans et des roues de trottinette avant de renoncer — et il a renoncé devant la seule mention honnête d'une disponibilité limitée. Je range ce résultat parmi les attendus : dans une institution, l'aveu simple dissuade davantage que l'excuse invraisemblable, parce qu'il est le seul qu'on croit.
— Non.
Vous avez lu l'entretien, le journal, et vraisemblablement une part du corpus. Vous êtes ensuite venu poser la question du sérieux dans un colloque, devant témoins, à une épidémiologiste des résultats attendus — en dernière question, pour qu'elle ne puisse pas être suivie. Votre comportement contient ma réponse. Question suivante.
(Il n'y avait pas de question suivante. La séance a été levée.)
Note de l'archiviste. Il s'agit de la première intervention du Dr Vanhoucke dans les archives de l'Institut — soixante-treize études, un silence, une prise de parole. L'incident qu'elle évoque au point quatre est documenté dans la note 2026-08/F, où l'on vérifiera qu'elle est en effet la seule membre du comité que le correspondant n'a pas tenté de joindre. Le verdict rouvert du point deux est celui de l'étude n°45, L'Hyperconnexion Innocentée, révisé par l'étude n°73, L'Envoi — le sujet exact de sa communication parisienne. L'hypothèse que confirme son vingt-troisième article n'est documentée nulle part.
La question de savoir si l'Institut est sérieux reste, conformément à la réponse ci-dessus, ouverte.