Un membre du comité d'une institution universitaire — non fictive, et qui souhaite le rester — a pris contact avec l'Institut le 18 août au sujet d'un travail de fin d'études citant l'une de nos publications. N'ayant pu joindre aucun autre membre du comité éditorial, il a été reçu autour d'un café le 22 août. L'entretien qui en est résulté a été publié dans un journal étudiant, sous une maquette dont l'Institut décline toute responsabilité graphique.
Il est reproduit ci-dessous in extenso, avec l'accord des deux parties, dont aucune n'est identifiable. La lettre initiale figure en fin de document.
Un membre du comité de notre institution a accepté de témoigner à condition de n'être identifié ni par son nom, ni par sa fonction, ni par sa faculté — ce qui n'a pas facilité la rédaction de ce chapô. Son interlocuteur, Conseiller Clinique de l'Institut du Constat Fondamental, n'a pas de nom non plus et n'a jamais été photographié. Nous publions donc l'entretien de deux anonymes, dont l'un reproche à l'autre de ne pas exister. La rédaction estime que c'est le meilleur papier de l'année.
Il y a des évidences, ces choses que tout le monde sait et qui n'ont jamais été démontrées à travers le paradigme scientifique. Jadis ma démarche était intuitive ; désormais j'éprouve mon intuition à travers la recherche — à travers le paradigme que le monde académique m'a lui-même enseigné — et j'arrive souvent aux mêmes résultats, avec la crédibilité d'un Institut qui met dans son format une énergie proportionnelle aux évidences qu'il tend à démontrer.
Rien n'est faux. Le paradigme expérimental est fictif. Fictif, ça ne veut pas dire faux. Fictif, ça veut dire imaginé. Et si le contenu théorique est exact, c'est la moindre des politesses — pour reprendre une expression de l'Institut. Si les résultats sont cohérents, c'est parce qu'ils sont repris d'études existantes. Des études qui ont parfois trente ans d'âge, et les données contemporaines créent ce que l'Institut appelle « des incidents », qui sont en lien avec des travaux plus récents, et surtout avec du matériau clinique authentique.
Je vous confirme que rien n'est faux et que le paradigme est fictif. Les témoignages sont vrais, ils entrent dans le paradigme fictif pour produire quelque chose de vrai, ce qui permet de distinguer le vrai du faux — ce qui est précisément le rôle d'une revue scientifique, pas vrai ?
Vous venez de répondre à votre question.
(Visage circonspect de l'intéressé.)
L'expression « consacrer ma vie à la science » est beaucoup trop pompeuse. Je dirais donc : pour l'amour du don et de la transmission. Car comme vous, je crois, j'estime que le savoir doit être accessible en dehors des murs froids de nos institutions. Dans des formats accessibles sans payer huit cent trente-cinq euros de minerval, et consultables sur son smartphone dans des salles d'attente et dans les transports en commun.
« Rien n'est faux. Le paradigme expérimental est fictif. Fictif, ça ne veut pas dire faux. Fictif, ça veut dire imaginé. »
Excellente question. J'ai envie de dire les deux. Je n'aurais jamais pensé lire un jour une étude sur l'eau qui mouille, comme je n'aurais jamais imaginé devoir lire, à l'Université non fictive, un article établissant qu'une supplémentation en vitamine D augmente le taux de vitamine D par rapport à un groupe contrôle ayant reçu un placebo. Donc je confirme : c'est bien les deux. Un oxymore et un métier.
Ce n'est certainement pas à moi de vous dire ce que vous devez faire. Mais si cela devait m'arriver, je pense que je retournerais dans mes archives d'échanges avec l'institution académique et que j'adapterais une réponse type. Du style : « Nous accusons réception de votre demande. À ce stade, nous n'avons pas d'éléments nouveaux à vous fournir. L'institution reviendra vers vous lorsque des éléments nouveaux propres aux procédures en cours apparaîtront, et ce conformément aux processus délibératifs dans le cadre du suivi des dossiers (Art. 118 § 8 alinéa 3). »
« Retenu par des obligations dont la nature ne peut vous être précisée, dans un lieu qui ne peut l'être davantage, pour une durée qu'il n'est pas en mesure d'estimer. »
« Nous accusons réception de votre demande. À ce stade, nous n'avons pas d'éléments nouveaux à vous fournir… (Art. 118 § 8 alinéa 3). »
Si vous le souhaitez, j'ai une consœur psychanalyste qui serait en mesure d'être infiniment plus précise que moi. Mais en l'absence de contexte, aucun lecteur ne trouverait saugrenu que je vous propose cette réponse : vous avez sans doute réagi à la sensation de fraîcheur. Parfois, les choses les plus évidentes sont les plus difficiles à nommer. Si ma réponse ne vous satisfait pas, je peux vous donner le contact de ma consœur.
(Rires.)
Un ami chercheur me disait à l'époque : « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche. »
— Je crois que c'est de De Gaulle.
Mon ami ne me l'avait pas précisé.
Ni moi ni l'Institut n'avons la prétention d'avoir trouvé quelque chose. Nous en restons à démontrer les évidences. À vous de voir si ce que vous avez reconnu, et que vous nommez « effet secondaire », vous semble évident.
J'aime les mots, et mal nommer les choses est le premier crime de la science et du savoir. Nos études ne sont pas fausses : seul le paradigme est fictif. Et c'est justement pour qu'on ne puisse pas dire que c'est faux que nous nous imposons des contraintes que les études vraies n'ont pas le luxe de devoir s'imposer. Dans les deux cas de figure, nous parvenons à des résultats similaires. D'où l'importance d'évoquer les limites réelles du paradigme fictif, pour distinguer le vrai du faux. Mais surtout d'offrir des perspectives de réplication. Le paradigme fictif est déjà construit. Si vous avez le temps de mobiliser trois ou quatre mémorants pendant six mois pour éprouver — ou répliquer — ce que l'Institut fait en une soirée, parfois en moins d'une heure, faites-le. Il y a plein de sujets passionnants, et en récompense vous compterez de nouveaux diplômés.
Je suis désolé de ce rire nerveux, mais vous me faites penser à ces nombreux responsables académiques que j'ai tenté de joindre à l'époque où j'étais sur les bancs de l'Université, et qui étaient ou bien injoignables — pour des motifs indicibles, comme vous dites — ou bien occupés par des projets improbables, dont j'ai pris connaissance lors de certaines apparitions sur les programmes de la télévision publique.
Au fond, il est possible qu'il n'y ait pas de différence fondamentale entre un Institut fictif et une université portée par des murs.
Je me permets de vous reprendre : la revue n'est pas fausse, seul le paradigme est fictif. Sans doute vos questions étaient-elles préécrites, ce qui risque de soulever la suspicion sur la réalité de notre entretien.
Ce que cela dit des colloques ? Qu'on doit sans doute y faire des rencontres intéressantes. Car la brillante Bonnefoy-Tissot, jusqu'à preuve du contraire, je suis le seul à avoir eu la chance de la rencontrer.
C'est la limite du fictif : l'ocytocine.
Madame, Monsieur,
Je vous écris à titre personnel et vous demanderai, si vous publiez ces lignes, de ne pas me nommer. Je siège au comité d'une institution universitaire dont je préfère également taire le nom, non par coquetterie, mais parce que ce que j'ai à vous exposer risque de me faire passer pour quelqu'un qui ne comprend pas la situation. C'est d'ailleurs exactement mon cas, et c'est pourquoi je vous écris.
Un étudiant a défendu en juin un travail de fin d'études que le jury a couronné d'une distinction. J'ai reçu au début du mois un courriel m'avertissant que ce travail citait, en note et dans la bibliographie, un article publié par votre Institut.
J'ai relu le travail. Il est remarquable. J'ai ensuite lu l'article cité. Il l'est aussi.
C'est là que ma difficulté commence. Votre revue se présente comme satirique. Le mentionner suffirait, en principe, à clore le dossier. Sauf que je ne peux pas sanctionner un étudiant — dont le diplôme est du reste validé — pour avoir cité des choses exactes. J'ai fait relire trois de vos articles par notre service de neurosciences, en leur demandant de traquer l'erreur. Ils m'ont rendu une note d'une page et demie qui ne signale aucune erreur théorique. L'un d'eux m'a demandé où il pouvait s'abonner.
J'ai donc entrepris de lire l'ensemble du corpus. Soixante et onze études. Je vous épargne mes commentaires, sauf sur deux points.
Le premier est que j'ai été circonspect devant la présence d'un article consacré à la licéité religieuse d'un ventilateur électrique, avec examen de la fonction oscillante comme circonstance aggravante. Je précise, parce que la précision me paraît nécessaire par les temps qui courent, que je suis un défenseur convaincu de l'inclusion et qu'il ne m'appartient pas de commenter une méthodologie qui n'est pas de ma discipline. Ma circonspection portait sur autre chose, que je n'arrive toujours pas à formuler, et c'est peut-être là le cœur de ma demande.
Le second est que c'est brillant. J'ai appris des choses. Je continue d'en apprendre, chaque jour, ce qui est un aveu embarrassant pour un homme de mon âge et de ma fonction.
J'ai souhaité rencontrer votre rédacteur en chef. Je dois dire que la prise de contact a été instructive.
Le Pr Parmentier m'a fait répondre qu'il ne pouvait donner suite, étant retenu par des obligations dont la nature ne pouvait m'être précisée, dans un lieu qui ne pouvait l'être davantage, pour une durée qu'il n'était pas en mesure d'estimer. J'ai insisté poliment. On m'a répondu la même chose, avec les mêmes mots, ce qui m'a semblé être une réponse en soi. J'ai cessé d'insister.
La Pr Bonnefoy-Tissot est en déplacement depuis 2024. J'ai reçu d'elle une réponse automatique dont j'ai admiré la constance.
Le Dr Rasmussen travaille depuis Stockholm sur un projet de certification européenne des roues de trottinette. Sa secrétaire m'a demandé si mon sujet relevait de la biomécanique. J'ai répondu que non. Elle a paru soulagée.
Le Dr Osei-Mensah relit en ce moment les corrélations des derniers articles. On m'a laissé entendre qu'il les avait déjà relues et qu'il éprouvait, à chaque relecture, exactement le même étonnement. Je n'ai pas voulu l'interrompre.
Mme Beaumont-Schiavetti, elle, m'a répondu. Longuement. J'y reviens à la fin de cette lettre.
Il ne restait donc que votre Conseiller Clinique, qui m'a proposé un café Place de l'Étang. Je m'y suis rendu.
Ma demande, pour être claire, tient en deux questions. Qu'est-ce, exactement, que votre Institut ? Et que fait un clinicien en exercice au comité d'une revue qui se déclare fausse tout en publiant des choses vraies ?
Je vous prie d'agréer, etc.
P.-S. — Mme Beaumont-Schiavetti m'a demandé si sa thèse sur l'anthropologie du genre dans les sociétés sibériennes du XVIIe siècle pouvait m'intéresser. Elle a ensuite évoqué sa situation avec son directeur de thèse, dont je n'ai, je l'avoue, pas saisi tous les tenants. Si le sujet lui tient à cœur, sachez que nous venons précisément d'ouvrir une Faculté de la Fluidité Identitaire et de la Dénomination de Soi dans une Société Normée par la Construction. J'ai voté pour. Je n'ai pas encore compris ce qu'on y enseigne, mais le nom a fait l'unanimité au comité, ce qui, dans mon expérience, est un très mauvais signe.
Note de l'archiviste. La remarque du Conseiller sur la Pr Bonnefoy-Tissot est exacte et vérifiable : elle renvoie à la note 2026-08/B, seul document du corpus attestant une rencontre entre elle et lui. L'étude évoquée en neuvième question est la n°71, La Déclaration. L'article dont la lecture a rendu le correspondant circonspect n'est pas nommé dans ces pages, à sa demande.
L'Institut n'a exercé aucun droit de relecture sur la maquette.
Renvoi. La seule membre du comité que le correspondant n'a pas tentée de joindre a fini par s'exprimer — dans un colloque parisien, à une question près de la sienne : note 2026-08/G.